Boris Johnson s’accroche au pouvoir envers et contre tous

Boris Johnson a affirmé que le « mandat colossal » qui lui avait été confié par les électeurs en 2019 lui conférait le devoir de « continuer ».
Daniel Leal Agence France-Presse Boris Johnson a affirmé que le « mandat colossal » qui lui avait été confié par les électeurs en 2019 lui conférait le devoir de « continuer ».

Malgré une avalanche de départs au sein de son gouvernement en raison d’une succession de scandales, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a rejeté mercredi les appels à la démission venant notamment de ses fidèles, et a limogé l’un de ses ministres.

Loin du triomphe de ses débuts à Downing Street en 2019 sous la promesse de réaliser le Brexit, le chef du gouvernement conservateur a affronté mercredi la journée la plus difficile de son mandat, cerné par les affaires embarrassantes et un flot d’accusations de mensonge.

Plusieurs ministres de premier plan — fidèles y compris — lui ont demandé de démissionner tant la situation est devenue intenable, selon des médias britanniques. Parmi les noms cités, la ministre de l’Intérieur, Priti Patel, ainsi que son homologue des Finances, Nadhim Zahawi, nommé cette semaine.

Selon l’un de ses conseillers, Boris Johnson a par ailleurs limogé son ministre Michael Gove, chargé du rééquilibrage territorial — l’une des grandes promesses de son gouvernement —, qui l’aurait appelé à partir.

Boris Johnson a rétorqué en matinée face aux députés qu’il voulait rester pour se consacrer « aux problèmes extrêmement importants » auxquels le pays est aux prises. « Nous allons continuer avec le gouvernement de ce pays », a affirmé le premier ministre britannique mercredi après-midi aux chefs des commissions parlementaires, quelques instants après avoir affirmé qu’il passait une semaine « formidable ».

Départs soudains

 

Mardi soir, sans crier gare, les ministres de la Santé et des Finances, Sajid Javid et Rishi Sunak, ont claqué la porte, déclenchant l’hémorragie. D’autres membres du gouvernement ont à leur tour jeté l’éponge.

Vingt-quatre heures plus tard, le nombre de départs s’élevait à une quarantaine.

Boris Johnson est resté combatif. Il a jugé qu’il ne serait pas « responsable » de quitter le pouvoir dans le contexte actuel, entre crise du pouvoir d’achat et guerre en Ukraine. Un peu plus tôt, lors de la séance hebdomadaire de questions devant les députés, ponctuée de rires et de moqueries, le chef du gouvernement avait affirmé que le « mandat colossal » qui lui avait été confié par les électeurs en 2019 lui conférait le devoir de « continuer ».

Le chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, a fustigé un « spectacle pathétique » de fin de règne, tandis que le leader du parti nationaliste écossais SNP à la Chambre des communes, Ian Blackford, a exigé la tenue d’élections anticipées. Une idée que Boris Johnson a rejetée du revers de main.

« Bye Boris »

Les ministres démissionnaires ont eu des mots durs pour le chef du gouvernement, mettant en cause son honnêteté.

 

Devant les députés, Sajid Javid a détaillé les raisons de son départ, convaincu que Boris Johnson ne changerait pas. « Ça suffit », a-t-il lancé, avant que certains de ses collègues ne reprennent un « bye Boris » moqueur lancé par l’un d’eux.

La démission de M. Javid et celle de son collègue des Finances ont été annoncées mardi soir alors que Boris Johnson venait de présenter des excuses après un nouveau scandale. Le premier ministre a reconnu avoir fait une « erreur » en nommant Chris Pincher whip en chef adjoint des députés conservateurs en février dernier. Ce dernier a démissionné la semaine dernière après avoir été accusé d’attouchements sur deux hommes. Après avoir affirmé l’inverse, Downing Street a reconnu mardi que le premier ministre avait été informé dès 2019 d’anciennes accusations à l’encontre de M. Pincher, mais qu’il les avait « oubliées ».

« Intégrité » en question

Pour M. Javid, 52 ans, les Britanniques sont en droit d’attendre « de l’intégrité de la part de leur gouvernement ».

Boris Johnson a rapidement remplacé les deux démissionnaires en nommant son ministre de l’Éducation, Nadhim Zahawi, aux Finances et Steve Barclay, jusque-là chargé de la coordination gouvernementale, à la Santé.

Selon un sondage Savanta ComRes publié mercredi, 72 % des Britanniques estiment que le premier ministre devrait démissionner.

Déjà considérablement affaibli par le scandale des fêtes illégales organisées à Downing Street pendant la pandémie de COVID-19, M. Johnson a survécu il y a quelques semaines à un vote de défiance de son propre camp.

Mais selon la presse britannique, en coulisses, les anti-Johnson sont à la manoeuvre pour permettre un nouveau vote rapidement, en changeant la règle actuelle qui protège le chef du gouvernement pour encore 11 mois. L’élection du bureau exécutif du puissant « Comité du 1922 », compétent pour trancher la question, doit se tenir lundi.

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