L’évacuation de Sloviansk se poursuit en Ukraine

Les habitants de Sloviansk quitte la cité bombardée depuis plusieurs semaines.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Les habitants de Sloviansk quitte la cité bombardée depuis plusieurs semaines.

Les civils ont continué mercredi d’évacuer la ville bombardée de Sloviansk, dans l’est de l’Ukraine, prochain objectif et priorité des forces russes dans leur plan de conquête totale du bassin du Donbass, après quatre mois et demi de conflit.

« L’évacuation est en cours », a déclaré le maire, Vadim Liakh. « Il reste en ce moment 23 000 habitants » à Sloviansk, qui en comptait environ 110 000 avant le conflit, a-t-il ajouté dans une vidéo. Et « 17 sont morts et 67 ont été blessés » depuis le début des hostilités.

Dans cette cité bombardée depuis plusieurs semaines, « les infrastructures essentielles fonctionnent toujours, mais il n’y a plus de réseau central d’approvisionnement en eau depuis un mois, et un tiers de la ville se retrouve régulièrement sans électricité », a souligné M. Liakh.

« Mon principal conseil : évacuez ! » a lancé le gouverneur de la région de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, soulignant que, « pendant la semaine, il n’y a pas eu un jour sans bombardement » à Sloviansk. Mardi, ce dernier avait déclaré que les dernières frappes russes avaient fait deux morts et sept blessés.

Comme d’autres responsables locaux, M. Liakh a affirmé que les forces ukrainiennes repoussaient les tentatives de percée russes vers Sloviansk et sa ville jumelle de Kramatorsk, le centre administratif de la partie du Donbass contrôlée par Kiev. Selon lui, « les Russes n’arrivent pas à s’approcher » de Sloviansk ou à l’« encercler », car ils sont bloqués par les soldats ukrainiens à une quarantaine de kilomètres de là.

« Il y a en ce moment le plus brutal des affrontements entre Sloviansk et Bakhmout », a résumé dans son adresse du soir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Le Donbass au coeur des combats

 

Après sa prise dimanche de Lyssytchansk, l’armée russe clame que la quasi-totalité de la province de Louhansk est entre ses mains, ce que les Ukrainiens continuent de nier. « Il y a toujours des combats dans deux villages », a assuré mercredi son gouverneur, Serguiï Gaïdaï.

Moscou cherche maintenant à conquérir la deuxième province du Donbass, celle de Donetsk, pour ainsi occuper l’intégralité du bassin minier contrôlé partiellement depuis 2014 par des séparatistes prorusses. Mais il leur faut pour cela prendre Sloviansk et Kramatorsk, ses deux plus grandes cités, conservées par les Ukrainiens.

Selon M. Gaïdaï, les militaires russes « essaient constamment de construire des passages pour transférer encore plus de matériel » vers la région de Donetsk. Mardi, ils se trouvaient à une dizaine de kilomètres de Siversk, qu’ils pilonnent depuis plusieurs jours, et donc à une cinquantaine de kilomètres de Sloviansk.

Mercredi soir, les autorités séparatistes de la République populaire de Donetsk ont annoncé sur Telegram que deux enfants avaient été tués et trois autres blessés, ainsi que trois adultes, par des bombardements ukrainiens qui ont visé Makeïevka, près de Donetsk. Le ministère russe de la Défense a aussi accusé mardi soir des « nationalistes ukrainiens » de préparer dans la région de Donetsk « une provocation avec l’utilisation de substances toxiques ».

L’ex-président russe Dmitri Medvedev a aussi évoqué mercredi le recours à l’arme nucléaire pour mieux exclure toute éventualité de sanctions contre Moscou par la justice internationale, à l’heure où la Cour pénale internationale (CPI) enquête sur des crimes de guerre présumés commis en Ukraine.

« L’idée même de châtier un pays qui a le plus grand arsenal nucléaire du monde est absurde en soi. Et cela crée potentiellement une menace pour l’existence de l’humanité », a écrit sur son compte Telegram l’actuel vice-président du puissant Conseil de sécurité russe.

Appel aux renforts

 

De son côté, le président ukrainien a de nouveau lancé un appel à la solidarité et aux renforts internationaux.

Le président ne cesse de réclamer plus d’armes aux pays qui le soutiennent depuis le début de l’invasion russe. La petite Lituanie a annoncé mercredi qu’elle s’apprêtait à envoyer à l’Ukraine un drone turc, après une collecte de 5,9 millions d’euros pour son achat et une mobilisation populaire.

La Russie « ne ressent pas la pression des sanctions pour le moment puisque certains alliés hésitent à les activer », a déploré Volodymyr Zelensky, qui recevait mercredi à Kiev le premier ministre irlandais, Micheál Martin. « Notre priorité est la sécurité de l’espace aérien. Nous comptons sur l’arrivée de puissants systèmes de défense antiaérienne », a-t-il encore dit.

Le premier ministre Micheál Martin a visité Borodyanka et Boutcha, deux localités de la banlieue de la capitale en partie détruites par les combats en mars, lorsque les forces russes étaient aux portes de Kiev, avant de se retirer pour concentrer leur offensive sur l’est et le sud de l’Ukraine.

Ces deux villes sont devenues des symboles des crimes de guerre présumés commis par les soldats russes dans ce conflit, sur lesquels la justice internationale a dit vouloir enquêter.

Le Congrès ukrainien canadien demande l’expulsion de la Russie du G20

Le plus important organisme de la diaspora ukrainienne au Canada demande que la Russie soit exclue du G20.

La présidente du Congrès ukrainien canadien, Alexandra Chyczij, a écrit au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de mener une campagne mondiale pour l’expulsion de la Russie du forum des plus grandes économies mondiales.

Moscou utilise le G20 comme plateforme pour mentir sur les raisons de son invasion de l’Ukraine, affirme Mme Chyczij. Le maintien de la Russie à la table de discussions rendra aussi difficile la participation — en tant qu’invité — du président ukrainien Volodymyr Zelensky au sommet du G20 prévu à Bali, en Indonésie, en novembre prochain.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, participera à une réunion préparatoire en Indonésie cette semaine, et son homologue russe Sergueï Lavrov devrait également être là. Lorsqu’on lui a demandé si elle lui serrerait la main, Mme Joly a répondu que non, et qu’elle profitera de l’occasion pour dénoncer les mensonges de Moscou quant au conflit.

La Presse canadienne


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