L’instabilité politique s’invite en France

La France est entrée dimanche soir dans une zone de turbulences politiques après le désaveu infligé au président Emmanuel Macron, qui perd sa majorité absolue à l’Assemblée nationale au terme du second tour des élections législatives, alors que l’extrême droite fait une arrivée en force.

Le président, réélu en avril pour un second mandat, devra trouver des alliances pour mettre en oeuvre son programme de réformes dans les cinq prochaines années face à des oppositions déterminées à ne lui faire aucun cadeau.

Ce qui pourrait, selon les observateurs, plonger la France, peu habituée aux compromis parlementaires, à l’inverse de ses partenaires européens, dans une instabilité politique chronique.

« Ce sera beaucoup plus difficile de gouverner, surtout s’il y a une alliance de toutes les oppositions », a confié à l’Agence France-Presse (AFP) Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’Université Panthéon-Sorbonne. Il a souligné que « le rôle du Parlement sera réhabilité », à l’image de ce qui se passe dans « tous les autres pays européens ».

Ce sera beaucoup plus difficile de gouverner, surtout s’il y a une alliance de toutes les oppositions 

« Nous travaillerons dès demain à construire une majorité d’action, il n’y a pas d’alternative », a assuré la première ministre, Élisabeth Borne, elle-même élue de peu en Normandie, en affirmant que cette « situation inédite constitue un risque pour notre pays ».

La France ne sera pas « ingouvernable », mais il « va falloir faire preuve de beaucoup d’imagination », a concédé le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, tandis que le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, un proche du président, reconnaissait qu’il leur faudrait « dépasser [leurs] certitudes, [leurs] clivages ».

« Gifle »

Pour la majorité présidentielle, la soirée électorale a pris la forme d’une « gifle », comme le décrivait le journal Libération, malgré le fait que la coalition présidentielle Ensemble ! est arrivée en tête du scrutin, avec 246 sièges.

Pour sa part, l’alliance de gauche NUPES menée par Jean-Luc Mélenchon obtient 142 sièges, et devient la première force d’opposition à l’Assemblée, en lieu et place de la droite. Pour la gauche unie — une première depuis des décennies —, c’est une victoire avec un léger goût amer puisqu’elle échoue à imposer une cohabitation au président Macron comme elle l’avait pronostiqué.

Mais le tribun Jean-Luc Mélenchon n’en a pas moins parlé de « déroute du parti présidentiel », se félicitant du « grand jaillissement » de la gauche.

Dans la dernière ligne droite, Emmanuel Macron avait dramatisé l’enjeu et appelé les Français à lui donner une « majorité solide ». Ces derniers semblent ne pas l’avoir entendu, préférant ne lui accorder qu’une majorité relative.

Le parti d’extrême droite Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen obtient pour sa part 89 députés, ce qui représente une formidable percée.

Mme Le Pen, elle-même largement réélue dimanche soir, a promis d’incarner une opposition « ferme », « sans connivence », mais « responsable et respectueuse » des institutions. « C’est une vague “bleu Marine” partout dans le pays », s’est réjoui le président par intérim du parti, Jordan Bardella, allant jusqu’à parler d’un « tsunami ».

La formation de Marine Le Pen franchit le seuil nécessaire pour former un groupe à la chambre basse du Parlement, une première depuis plus de 35 ans.

Quant à la droite classique (LR), elle sauve les meubles en revendiquant 69 députés, et pourrait se retrouver en position d’arbitre dans la future Assemblée, même si elle perd son statut de premier groupe d’opposition.

L’un de ses responsables, Jean-François Copé, a appelé dimanche soir à un pacte face aux « extrêmes » entre son parti et la majorité.

Ministres battus

 

Sans surprise, ce scrutin, le 4e en deux mois après la présidentielle, a été boudé par les Français en un dimanche où une partie du pays subissait une vague de chaleur inédite.

Au moment où ces lignes étaient écrites, les instituts de sondage prédisaient un taux d’abstention entre 53,5 % et 54 %, sans battre le record de 2017 (57,36 %).

Ce scrutin parachève un long cycle électoral, qui aura confirmé une vaste recomposition politique en France autour de trois blocs, au détriment des partis traditionnels de droite et de gauche, entamée avec l’élection de M. Macron en 2017.

Les Français se seront rendus aux urnes pas moins de quatre fois en deux ans, dans un contexte de crises successives, de la pandémie de COVID-19 à la guerre en Ukraine en passant par la hausse de l’inflation et des menaces sur l’économie.

Avec le pôle politique de l’AFP

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