Le centre de Severodonetsk tombe aux mains des Russes

Les villes de Severodonetsk et de Lyssytchansk, qui sont séparées par une rivière, sont visées depuis des semaines parce qu’elles seraient les dernières zones encore sous contrôle ukrainien dans la région orientale de Louhansk. Sur la photo, un homme se tient dans la cour de sa maison endommagée, à Lyssytchansk, après que sa mère et son beau-père ont été tués lors d’un bombardement russe, lundi.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse Les villes de Severodonetsk et de Lyssytchansk, qui sont séparées par une rivière, sont visées depuis des semaines parce qu’elles seraient les dernières zones encore sous contrôle ukrainien dans la région orientale de Louhansk. Sur la photo, un homme se tient dans la cour de sa maison endommagée, à Lyssytchansk, après que sa mère et son beau-père ont été tués lors d’un bombardement russe, lundi.

Les forces ukrainiennes ont reconnu lundi avoir abandonné le centre de Severodonetsk, à la suite d’une nouvelle offensive russe sur cette ville clé de l’est de l’Ukraine, que les deux belligérants se disputent depuis des semaines.

« Avec le soutien de l’artillerie, l’ennemi a mené un assaut à Severodonetsk, a enregistré un succès partiel et repoussé nos unités du centre-ville. Les hostilités se poursuivent », a indiqué lundi matin l’état-major ukrainien.

Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région de Louhansk — dont Severodonetsk est le centre administratif pour la partie contrôlée par les autorités ukrainiennes — a confirmé que les forces ukrainiennes avaient été repoussées du centre.

« Les combats de rue se poursuivent […], les Russes continuent de détruire la ville », a-t-il écrit sur Facebook, publiant des photos d’immeubles dévastés en flammes.

Selon les séparatistes prorusses combattant avec les Russes dans cette région, les dernières divisions ukrainiennes à Severodonetsk sont désormais « bloquées », après la destruction du dernier pont qui permettait de gagner la ville voisine de Lyssytchansk. « Elles ont deux possibilités […], se rendre ou mourir », a affirmé Edouard Bassourine, porte-parole des séparatistes.

M. Gaïdaï a estimé que 70 à 80 % de la ville était contrôlés par les forces russes. Mais « c’est un mensonge de dire qu’ils encerclent toute la ville », a-t-il déclaré à Radio Free Europe.

« Coût humain terrifiant »

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans son allocution quotidienne lundi soir, a estimé que le « coût humain » de la bataille de Severodonetsk était « terrifiant ». « La bataille du Donbass restera sûrement dans l’histoire militaire comme l’une des batailles les plus violentes en Europe », a soutenu le président ukrainien.

La prise de cette cité donnerait à Moscou le contrôle de la région de Louhansk et lui ouvrirait la route d’une autre grande ville, Kramatorsk, capitale de la région voisine de Donetsk. Une étape indispensable pour conquérir l’intégralité du bassin du Donbass, région essentiellement russophone en partie tenue par des séparatistes prorusses depuis 2014.

Selon le gouverneur Gaïdaï, des bombardements russes ont notamment visé l’usine chimique Azot, où ont trouvé refuge, selon lui, près de 500 civils, dont 40 enfants, et touché des stations d’épuration de la ville. « On essaie de négocier un couloir humanitaire » pour les civils, « pour l’instant sans succès », a-t-il dit sur son compte Telegram.

À Lyssytchansk, trois civils, dont un garçon de six ans, ont péri dans des bombardements au cours des dernières 24 heures, selon lui.

Et à Donetsk, les autorités séparatistes prorusses ont déclaré que 4 personnes avaient été tuées et 22 blessées dans des bombardements « massifs » des forces de Kiev.

Charnier près de Boutcha

 

Dans le nord de l’Ukraine, trois missiles russes ont touché la ville de Prylouky, et quatre villages ont reçu l’ordre d’évacuer par crainte des incendies déclenchés par les bombardements, ont annoncé lundi les autorités ukrainiennes.

« L’information concernant les destructions est en cours de clarification », a ajouté sur Telegram le gouverneur de la région de Tchernihiv, Viatcheslav Tchaous. Aucun détail n’a été fourni sur l’infrastructure visée à Prylouky, qui abrite un aérodrome militaire.

La police de Kiev a annoncé la découverte de sept corps lundi dans un nouveau charnier, près de Boutcha, une localité proche de la capitale où des cadavres de civils avaient été retrouvés après le retrait de l’armée russe fin mars. « Sept civils ont été torturés par les Russes puis lâchement exécutés d’une balle dans la tête », a indiqué sur Facebook le chef de la police de Kiev, Andriï Nebytov, précisant que « plusieurs victimes avaient les mains liées et les genoux attachés ».

À Mykolaïv, grand port de l’estuaire du Dniepr, dans le sud, l’avancée russe a été stoppée aux abords de la ville, et l’armée ukrainienne y a creusé des tranchées, a constaté une équipe de l’Agence France-Presse.

« Les Russes bluffent. Ils sont nombreux, ils ont beaucoup d’armes, anciennes et nouvelles, mais ce ne sont pas des soldats », assurait dimanche Serguiï, 54 ans, un capitaine de brigade ukrainien, tandis que ses compagnons d’armes tiraient vers les positions ennemies.

Crimes de guerre

 

Dans un rapport publié lundi, Amnesty International a accusé la Russie de crimes de guerre en Ukraine, affirmant que des centaines de civils avaient péri dans des attaques incessantes sur Kharkiv (nord-est), menées notamment avec des bombes à sous-munitions.

Après une enquête approfondie, l’ONG dit avoir trouvé des preuves de l’utilisation par les forces russes, dans sept attaques sur des quartiers de la deuxième ville d’Ukraine, de bombes à sous-munitions de type 9N210 et 9N235 et de mines à dispersion, deux catégories interdites par des traités internationaux.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a, elle, évoqué lundi le cas d’une enseignante ukrainienne, Viktoria Androucha, 25 ans, que les forces russes, qui l’accusent de renseigner l’armée ukrainienne, ont fait disparaître après son arrestation fin mars.

Mme Androucha est, comme d’autres citoyens ukrainiens, aujourd’hui emprisonnée en Russie, et son avocat n’a pas accès à elle, a déploré HRW dans un communiqué, rappelant que les disparitions forcées relèvent du crime contre l’humanité.

Du 24 février au 10 mai, l’ONU a documenté en Ukraine « 204 cas apparents de disparitions forcées concernant 169 hommes, 34 femmes et un garçon, en très grande majorité imputés aux forces russes » et prorusses, selon HRW.

La justice ukrainienne a ouvert plus de 12 000 enquêtes pour crimes de guerre dans le pays depuis le début de l’invasion russe, selon le parquet.

Alors que les négociations entre les belligérants sont dans l’impasse, Mikhaïl Kassianov, l’ancien premier chef de gouvernement (nommé en 2000 et limogé en 2004) du président russe, Vladimir Poutine, a prévenu que le chef du Kremlin avait d’autres pays dans son viseur. « Si l’Ukraine tombe, alors les pays baltes seront les prochains » sur la liste, a assuré à l’Agence France-Presse celui qui est désormais un opposant de Poutine.

Moins de terres cultivables

 

Sur le plan diplomatique, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reconnu dimanche que les Vingt-Sept restaient divisés sur la question de l’octroi à l’Ukraine du statut de candidat à une adhésion à l’Union européenne.

« Le défi [sera] de sortir du Conseil européen (prévu les 23 et 24 juin) avec une position unie qui reflète l’importance de ces décisions historiques », a-t-elle déclaré, alors que la Commission doit rendre un premier avis sur cette question d’ici la fin de la semaine.

De leur côté, les États membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se sont réunis dimanche à Genève avec l’espoir d’aider à trouver une solution face au risque de grave crise alimentaire que fait planer sur la planète l’invasion de l’Ukraine, dont les terres fertiles nourrissent traditionnellement des centaines de millions de personnes dans le monde.

L’Ukraine a perdu un quart de ses terres cultivables du fait de l’occupation russe de certaines régions, dans le sud et l’est, a annoncé lundi son ministère de l’Agriculture. Mais « la structure des cultures semées cette année est plus que suffisante pour assurer la consommation » de la population ukrainienne, a affirmé le ministre adjoint de l’Agriculture, Taras Vysotskiï, lors d’une conférence de presse.

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