Avancée russe dans l'est-ukrainien

Mercredi, un jeune garçon était assis devant un bâtiment endommagé par un bombardement à Kramatorsk, une ville située à quelques heures de la région de Louhansk, où les Russes tentent de resserrer leur étau.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse Mercredi, un jeune garçon était assis devant un bâtiment endommagé par un bombardement à Kramatorsk, une ville située à quelques heures de la région de Louhansk, où les Russes tentent de resserrer leur étau.

L’armée russe continuait de progresser mercredi dans l’est de l’Ukraine, où elle est aux portes de la ville de Severodonetsk. Kiev, qui admet que la situation est « extrêmement difficile » pour ses troupes après trois mois de guerre, a reproché à l’OTAN de ne « strictement rien faire » contre l’invasion russe.

L’Ukraine, qui ne cesse de réclamer que lui soient fournies plus rapidement par les Occidentaux les armes lourdes qui lui manquent pour faire face à la machine de guerre russe, a aussi appelé la communauté internationale réunie à Davos, en Suisse, à « tuer les exportations russes ».

Il faut que Moscou cesse de « gagner de l’argent et de l’investir dans une machine de guerre qui tue, viole et torture des Ukrainiens », a lancé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, au Forum économique mondial, alors qu’un embargo européen sur le pétrole russe peine à se réaliser.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a de son côté réclamé le « soutien d’une Europe unie », déplorant, lors d’une allocution en visioconférence au Forum de Davos, le manque de cohésion des Occidentaux face à cette guerre qui vient d’entrer dans son quatrième mois. « Notre point fort était l’unité au sein du pays, et maintenant, ça dépend de l’unité de l’Occident, pour qu’elle soit forte et soutienne fermement l’Ukraine » face à la Russie, a-t-il enchaîné.

Au même moment, le président russe, Vladimir Poutine, était filmé en blouse blanche auprès de soldats blessés sur le front ukrainien. Ces hommes « qui risquent leur santé, leur vie pour la population et les enfants du Donbass [est de l’Ukraine], pour le bien de la Russie, tous sont des héros », a-t-il assuré.

Un nouveau Marioupol ?

Dans le Donbass, précisément, les Russes tentent coûte que coûte de resserrer leur étau sur la région de Louhansk. Moscou a recentré son offensive sur ce bassin industriel de l’est de l’Ukraine, après avoir échoué à prendre Kiev et à faire tomber le pouvoir du président Volodymyr Zelensky.

Les forces russes ont atteint la périphérie de Severodonetsk, ville de 100 000 habitants où la situation est « très difficile », a annoncé mercredi le gouverneur de la région. Les forces russes sont « si proches qu’elles peuvent tirer au mortier » sur Severodonetsk, a indiqué sur Telegram Serguiï Gaïdaï, ajoutant que la ville était « tout simplement en train d’être détruite ».

Il a accusé l’armée russe de bombarder la ville à l’aide de lance-roquettes multiples, des armes imprécises et dévastatrices. Selon lui, les bombes visent également l’usine Azot, où des civils sont réfugiés, dans une situation qui rappelle le siège de Marioupol, le grand port du sud-est pratiquement détruit par les bombes.

Un représentant non nommé des séparatistes prorusses, cité par l’agence de presse Interfax, a affirmé que Severodonetsk était « encerclée » de trois côtés et que le seul pont permettant la sortie de la ville était désormais sous contrôle russe. L’AFP n’a pas pu vérifier ces affirmations.

Le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motouzianyk, a toutefois rejeté toute interprétation défaitiste. « Dans certaines zones, les forces russes ont des succès tactiques temporaires, ce n’est pas un secret. Mais dire que les troupes ukrainiennes reculent est une interprétation totalement fausse », a-t-il dit aux journalistes, évoquant des « manœuvres de défense » dans une situation « très évolutive ».

« Octroi forcé » de passeports

Sur le front méridional, Moscou s’affaire à consolider son emprise sur les territoires conquis depuis trois mois.

À Marioupol, le déminage et la « démilitarisation » du port sont terminés, et il a commencé « à fonctionner de manière normale », a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

La Russie a par ailleurs annoncé qu’elle allait permettre aux habitants des régions de Zaporijjia et de Kherson de demander un passeport russe par « une procédure simplifiée ».

L’Ukraine a aussitôt dénoncé une mesure démontrant la volonté de Moscou de mener une annexion pure et simple de ces territoires.

« L’octroi forcé de passeports aux Ukrainiens à Kherson et Zaporijjia est une nouvelle preuve de l’objectif criminel de la guerre de la Russie contre l’Ukraine », a déclaré dans un communiqué le ministère ukrainien des Affaires étrangères.

« Arrêtez de voler les céréales » !

Accentuant leur pression sur la Russie, les États-Unis ont annoncé mettre fin à une exemption autorisant Moscou à payer ses dettes en dollars. Cette décision pourrait précipiter la Russie dans le défaut de paiement. Moscou remboursera sa dette en roubles, a répliqué le ministère russe des Finances.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a de son côté déclaré qu’il restait « confiant » en la possibilité qu’un accord imposant un embargo de l’Union européenne (UE) sur le pétrole russe intervienne d’ici au début du Conseil européen lundi, malgré le blocage hongrois.

La Commission européenne a par ailleurs présenté des propositions législatives qui faciliteraient la confiscation des avoirs d’oligarques russes présents sur la liste noire, précisant que 10 milliards d’euros d’avoirs de personnalités sanctionnées avaient été gelés dans l’UE.

Le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a appelé mercredi la Russie à « arrêter de voler » les céréales produites par l’Ukraine et à laisser ce pays les exporter, et a écarté toute levée des sanctions demandée par Moscou pour éviter une crise alimentaire mondiale.



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