La Russie déterminée à atteindre ses objectifs

Moscou concentre sa puissance de feu sur le réduit ukrainien de la région de Louhansk, à l’est du pays. Dans le sud de l’Ukraine, la ville de Mykolaïv (photo) est aussi victime des tirs de l’artillerie de l’armée russe.
Photo: Genya Savilov Agence France-Presse Moscou concentre sa puissance de feu sur le réduit ukrainien de la région de Louhansk, à l’est du pays. Dans le sud de l’Ukraine, la ville de Mykolaïv (photo) est aussi victime des tirs de l’artillerie de l’armée russe.

Les combats ont fait rage mardi dans l’est de l’Ukraine, la Russie y intensifiant son offensive contre la dernière poche de résistance de la région de Louhansk, où la situation « empire d’heure en heure », selon les autorités ukrainiennes.

La Russie s’est dite déterminée à atteindre « tous ses objectifs » en Ukraine, et en particulier la conquête du Donbass (est), formé des provinces de Louhansk et de Donetsk, que les Ukrainiens peinent à défendre, après avoir éloigné les forces russes des deux plus grandes villes du pays, Kiev et Kharkiv (nord-est).

« Nous continuons l’opération militaire spéciale jusqu’à la réalisation de tous les objectifs », a souligné mardi le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

« La situation dans le Donbass est extrêmement difficile », a ensuite reconnu mardi soir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. « En fait, toutes les forces que l’armée russe a encore ont été jetées là pour l’offensive. »

Deux villes en ligne de mire

 

De fait, Moscou concentre sa puissance de feu sur la région de Louhansk, cherchant à cerner les villes de Severodonetsk et de Lyssytchansk.

Des combats sont en cours pour le contrôle de la ville de Lyman, un important nœud ferroviaire dont la prise constituerait un progrès important dans ces tentatives d’encerclement, a affirmé le chef des séparatistes prorusses de Donetsk, Denis Pouchiline.

« Des unités russes et de la milice populaire (l’armée séparatiste prorusse) sont entrées dans la ville », a-t-il affirmé lors d’une émission pro-Kremlin diffusée sur YouTube, ces informations étant impossibles à vérifier dans l’immédiat.

Le ministère ukrainien de la Défense a aussi évoqué d’intenses combats dans les environs des localités de Popasna et de Bakhmout, dont la chute donnerait aux Russes le contrôle d’un carrefour important pour l’effort de guerre ukrainien.

Dans ce secteur, « l’ennemi a amélioré sa position tactique », a admis mardi matin l’état-major de l’armée ukrainienne, selon qui « la plus grande activité hostile » est observée « près de Lyssytchansk et de Severodonetsk ».

« Très violents combats »

« La situation est très difficile et, malheureusement, elle ne fait que s’aggraver. Elle empire de jour en jour, d’heure en heure », a ensuite déclaré dans la soirée le gouverneur de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï.

« Les bombardements sont de plus en plus intenses » et « l’armée russe a décidé de détruire complètement Severodonetsk », ville stratégique qui « est en train d’être éliminée de la surface de la Terre », a-t-il ajouté.

Le gouverneur a comparé Severodonetsk à Marioupol, grande cité portuaire du sud-est pratiquement rasée après plusieurs semaines de siège et de bombardements.

« À partir d’aujourd’hui, nous pouvons dire que [les Russes] essaient de réaliser une attaque à grande échelle », a-t-il conclu.

Deux républiques séparatistes prorusses ont été proclamées en 2014 dans le Donbass. C’est notamment pour les défendre d’un prétendu « génocide » que le président russe, Vladimir Poutine, avait déclenché le 24 février l’invasion de l’Ukraine.

Retour progressif à la normale en revanche à Kharkiv (nord-est), où le métro, qui a des mois durant servi d’abri contre les bombes, a été remis en service mardi.

« État terroriste »

Le front méridional semble quant à lui stable, bien que les Ukrainiens y revendiquent des gains territoriaux.

Le commandement sud de l’armée ukrainienne a fait état, dans la nuit de lundi à mardi, d’une « avancée » de ses divisions « à travers la région de Mykolaïv en direction de la région de Kherson », contrôlée par les Russes. Il a accusé les « occupants » d’avoir tué des civils cherchant à fuir en voiture.

Les forces ukrainiennes pilonnent dorénavant les positions russes avec des systèmes d’artillerie occidentaux acheminés tout récemment, en particulier des obusiers américains, a expliqué à l’AFP un porte-parole de l’armée ukrainienne.

De son côté, le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a accusé, dans une communication vidéo avec la conférence économique de Davos (Suisse), « les forces d’occupation russes » de se comporter en « État terroriste ».

À l’inverse, le ministère russe de la Défense a affirmé dans son point de presse quotidien que l’aire marine du port de Marioupol a été déminée et que des opérations sont en cours pour « rétablir les infrastructures portuaires ». Il a ajouté qu’un « couloir humanitaire » sera ouvert mercredi matin vers la mer Noire pour permettre « la sortie sécurisée des navires étrangers » toujours présents dans le port.

Lourd bilan

 

En trois mois de conflit armé, 234 enfants ont été tués et 433 blessés, a dénoncé mardi le bureau de la procureure générale d’Ukraine Iryna Venediktova.

Au total, des milliers de civils et de militaires ont péri, sans qu’il existe un bilan chiffré. Pour la seule ville de Marioupol, les autorités ukrainiennes parlent de 20 000 morts.

Plus de huit millions d’Ukrainiens ont été déplacés à l’intérieur de leur pays, selon l’ONU. S’y ajoutent 6,5 millions qui ont fui à l’étranger, dont plus de la moitié (3,4 millions) en Pologne.

Les médias étrangers visés par la Douma

Les députés russes ont adopté mardi en première lecture une proposition de loi qui doit permettre de fermer en Russie, sur simple décision du Parquet, les médias étrangers taxés de diffuser des informations jugées mensongères sur le conflit en Ukraine. La chambre basse du Parlement russe, la Douma, a indiqué que ces médias pourront être interdits « en cas de diffusion d’informations visant à discréditer les forces armées russes ou liées à l’introduction de sanctions » contre la Russie. Selon ce projet de loi, le Procureur général ou ses adjoints auront le droit de retirer une licence de diffusion d’un média s’il publie des informations jugées « illégales » ou « dangereuses ». Les accréditations de journalistes travaillant pour des médias étrangers pourront aussi être annulées, selon ce texte qui sera adopté après trois lectures à la Douma et une ultime à la chambre haute.


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