Un ex-ambassadeur chinois en Ukraine prédit la défaite de la Russie

Dans une rupture inhabituelle avec la ligne du parti, l’ancien ambassadeur chinois en Ukraine, Gao Yusheng, a admis mardi que la défaite de la Russie face à l’ex-république soviétique n’était qu’« une question de temps ».

Invité à une conférence en ligne de l’Académie chinoise des sciences sociales sous contrôle du régime autocratique chinois, l’ex-ambassadeur, en poste en Ukraine entre 2005 et 2007, a également critiqué le projet de « renaissance » et la « revitalisation » de l’empire soviétique piloté par Vladimir Poutine, qui, selon lui, contribue surtout à entretenir le « déclin » de la Russie. Un déclin soutenu aussi, dit-il, par les « erreurs de la clique dirigeante russe dans les politiques intérieures et étrangères ».

Ses propos ont été rapportés par le réseau Phoenix de Hong Kong, un média sous influence du Parti communiste chinois, avant d’être censurés.

« La Russie est en train d’échouer, a résumé le diplomate, à en croire la version archivée de l’article en ligne que Pékin a décidé de faire disparaître. Sur le champ de bataille, la défaite de l’armée russe est visible à bien des endroits. La supériorité de la Russie sur l’Ukraine en matière de puissance militaire et économique a été déjouée par la résistance déterminée et ferme de l’Ukraine ainsi que par l’aide massive, continue et efficace reçue des pays occidentaux. »

« La Russie n’est pas seulement passive et appauvrie sur le champ de bataille, mais elle a perdu aussi dans d’autres domaines : militaire, économique, politique, diplomatique, celui de l’opinion publique, de la propagande, du renseignement et de l’information. Dans les circonstances, ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne soit finalement vaincue. »

Dans son analyse sans concession, l’ex-ambassadeur chinois de 75 ans reconnaît d’ailleurs que le régime autocratique de Vladimir Poutine n’a jamais vraiment reconnu l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale des anciens pays du bloc soviétique et qu’il « viole fréquemment leurs territoires et leur souveraineté », a-t-il dit. « C’est la plus grande menace pour la paix, la sécurité et la stabilité dans la région eurasienne. »

Un pays affaibli

Il prédit par ailleurs que cette guerre va laisser la Russie « considérablement affaiblie, isolée et punie sur les plans politique, économique, militaire et diplomatique » avec un « statut international réduit ».

« Chaque jour qui s’ajoute à la guerre devient un fardeau de plus en plus lourd à porter pour la Russie », a-t-il dit.

L’Ukraine, elle, devrait se détacher davantage de « l’orbite et de la sphère d’influence de la Russie [ou du moins de ce qu’il va en rester] », résume le diplomate, pour devenir « un membre de la famille européenne ». « D’autres ex-républiques soviétiques pourraient connaître à des degrés nouveaux et variés une dérussification », ajoute-t-il.

Chaque jour qui s’ajoute à la guerre devient un fardeau de plus en plus lourd à porter pour la Russie

 

Depuis le déclenchement de l’agression russe en Ukraine, la Chine s’est gardée de critiquer la Russie, son plus proche partenaire diplomatique. Moscou compte par ailleurs sur Pékin pour compenser les pertes en revenus de vente d’hydrocarbures que les embargos européens pourraient engendrer. L’économie russe repose principalement sur cette ressource.

La dictature de Xi Jinping refuse d’ailleurs de qualifier d’invasion l’agression russe contre l’ex-république soviétique et estime que les États-Unis et l’OTAN ont été les principaux responsables du déclenchement de ce conflit.

À voir en vidéo