La Finlande fait un grand pas vers l’OTAN, la tension monte avec la Russie

La Russie a menacé jeudi la Finlande d’une riposte « militaro-technique » après que ses dirigeants eurent annoncé leur volonté d’adhérer « sans délai » à l’OTAN sous l’influence de la guerre en Ukraine, tandis que la tension montait ailleurs en Europe autour des livraisons de gaz, perturbées pour un deuxième jour de suite.

Le président et la première ministre de la Finlande, Sauli Niinistö et Sanna Marin, se sont dits favorables jeudi à une adhésion « sans délai » à l’OTAN, prélude à une candidature formelle dimanche de ce pays nordique, qui partage 1300 km de frontière avec la Russie et fut longtemps contraint à une neutralité forcée à l’égard de Moscou.

Si l’adhésion se concrétise, la Russie sera « obligée de prendre des mesures réciproques, militaro-techniques et autres, pour mettre fin aux menaces à sa sécurité nationale », a répliqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué, appelant Helsinki à « prendre conscience de ses responsabilités ».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait auparavant estimé que la réponse de Moscou dépendrait de « l’avancée des infrastructures militaires » vers les frontières russes.

Côté occidental, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le président français, Emmanuel Macron, ont assuré la Finlande de leur soutien, tout comme des élus clés du Sénat américain. Si elle postulait, « elle sera chaleureusement accueillie au sein de l’OTAN et le processus d’adhésion se déroulera sans heurts et rapidement », a déclaré M. Stoltenberg.

Inquiètes de la réaction de Moscou à leurs probables demandes d’adhésion à l’OTAN, Helsinki et Stockholm, qui l’envisage aussi, ont signé dès mercredi des déclarations de protection mutuelle avec le Royaume-Uni.

Tensions énergétiques

La tension montait aussi autour des questions énergétiques.

L’Allemagne, l’un des principaux clients européens du gaz russe, a vu ses livraisons via l’Ukraine baisser de près de 40 % en deux jours, selon les opérateurs. Le ministre allemand de l’Énergie, Robert Habeck, a d’ailleurs accusé la Russie d’utiliser l’énergie « comme une arme ».

Cette question devrait être au menu de la visite du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, en Allemagne, où il participera vendredi et samedi à une réunion avec ses homologues du G7. « L’Europe doit couper l’oxygène énergétique » à la Russie et « se débarrasser de sa dépendance du gaz russe », a-t-il déclaré jeudi.

Les 27 pays de l’UE s’efforcent de réduire leur dépendance aux hydrocarbures russes depuis le début du conflit, mais n’ont pas réussi pour l’instant à s’entendre sur un embargo progressif sur le pétrole russe.

Plus tôt jeudi, M. Kouleba avait à nouveau plaidé pour une adhésion de son pays à l’UE. « On entend très souvent que l’Ukraine appartient à la famille européenne. À présent, il importe de [lui] réserver cette place », a-t-il déclaré à la télévision allemande.

Kiev a présenté une demande d’adhésion à l’UE le 28 février, mais certains des 27 pays membres sont sceptiques, y compris sur l’octroi du simple statut de candidat, question sur laquelle une décision est attendue en juin.

En parallèle du G7, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN se réuniront aussi vendredi et samedi pour discuter de leur soutien militaire à l’Ukraine — et peut-être aussi à la Moldavie.

On entend très souvent que l’Ukraine appartient à la famille européenne. À présent, il importe de [lui] réserver cette place.

La cheffe du renseignement américain, Avril Haines, avait estimé mardi que Vladimir Poutine n’avait pas l’intention de se limiter au Donbass et au sud de l’Ukraine, et qu’il voulait étendre son emprise au sud-ouest jusqu’en Transnistrie, région séparatiste prorusse de la Moldavie.

Combats dans le Donbass

Sur le terrain, les combats se poursuivent dans l’est et le sud du pays. L’armée russe poursuit son offensive dans le Donbass, où elle ne progresse que lentement, et essaie notamment de prendre « le contrôle total » des localités de Roubijné et de Severodonetsk, selon la présidence ukrainienne.

Les habitants de la région qui ont refusé d’évacuer la zone sont souvent favorables à Moscou. « Ils donnent aux Russes nos coordonnées, c’est certain », a indiqué à l’AFP un soldat, qui utilise le nom de guerre « Zastava », rencontré sur la ligne de front à Novomykolaïvka.

Des frappes aériennes russes ont aussi fait au moins trois morts et 12 blessés dans la nuit de mercredi à jeudi près de Tchernihiv, dans le nord-est de l’Ukraine, selon des responsables locaux.

À la gare de Kiev, les retours d’Ukrainiens partis à l’étranger se multiplient depuis le 9 mai, lorsque l’Ukraine redoutait une action militaire d’éclat de la Russie pour l’anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie.

Lorsqu’un train venant de Pologne entre en gare, des cris de joie retentissent. « On s’habitue à la guerre, à la menace. Les craintes qu’on avait il y a deux mois sont différentes de celles d’aujourd’hui », explique Dana Pervalska, 27 ans, en accueillant sa cousine sur le quai.



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