Le Sinn Féin presse les unionistes de participer à un gouvernement

La cheffe du Sinn Féin nord-irlandais, Michelle O’Neill (au centre), en conférence de presse, le 9 mai
Photo: Paul Faith Agence France-Presse La cheffe du Sinn Féin nord-irlandais, Michelle O’Neill (au centre), en conférence de presse, le 9 mai

Après leur victoire historique à l’Assemblée d’Irlande du Nord, les républicains du Sinn Féin ont appelé lundi les unionistes à « respecter l’issue démocratique » des élections et à former un gouvernement, refusant d’être « pris en otages » par les tensions liées au Brexit.

La première place obtenue jeudi par le parti favorable à une réunification de la province britannique avec la République d’Irlande, autrefois aile politique des paramilitaires de l’IRA, le met en position de diriger l’exécutif local, censé être partagé avec les unionistes attachés au maintien au sein de la couronne britannique, en vertu de l’accord de paix de 1998.

Mais le Democratic Unionist Party (DUP), jusqu’alors dominant, a conditionné sa participation à la résolution de l’épineuse question du statut spécial post-Brexit, qui coupe selon lui la province du reste du Royaume-Uni. C’est la paralysie qui menace désormais, comme le risque que vole en éclats la fragile gouvernance de la nation endeuillée par trois décennies de « Troubles » entre républicains, surtout catholiques, et unionistes, majoritairement protestants.

« Mon message est clair : en tant que démocrates, le [parti unioniste] DUP mais aussi le gouvernement britannique doivent accepter et respecter l’issue démocratique de cette élection », a souligné Michelle O’Neill, la cheffe du Sinn Féin nord-irlandais, censée devenir première ministre.

« Je crois en la formation d’un exécutif effectif dès aujourd’hui », a-t-elle martelé. « Il ne doit pas y avoir de report. Il n’y a pas de raison pour un report. »

Au cœur des tensions politiques dans la province depuis le Brexit, en vigueur depuis l’an dernier : le protocole nord-irlandais négocié entre Londres et Bruxelles, qui introduit des contrôles sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne est dénoncé par les unionistes comme une menace sur la place de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni.

Le DUP craint également que la frontière en mer d’Irlande qu’elle introduit de fait selon eux aille dans le sens d’une réunification de l’île d’Irlande.

« Baisser le ton »

« Il y a des choses dans le protocole qui pourraient être assouplies pour permettre une mise en place plus fluide. Nous avons toujours été pour. Mais je ne soutiens pas l’approche du DUP qui consiste à prendre la société en otage », a dénoncé Michelle O’Neill.

Envoyé à Belfast, le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis, a appelé les partis politiques de la province à « remplir leurs responsabilités » et à former un gouvernement « dès que possible », sans convaincre le DUP.

« C’est la position que nous avions avant l’élection, pendant la campagne et que nous continuons d’avoir : tant que le gouvernement britannique ne prend pas de mesures concernant le protocole nord-irlandais, nous ne nommerons pas de ministres au gouvernement », a répété lundi le chef des unionistes, Jeffrey Donaldson.

Londres cherche depuis des mois à renégocier le protocole avec Bruxelles, sans avancée significative pour l’instant, et a menacé à plusieurs reprises de suspendre unilatéralement certaines dispositions faute d’accord.

« Nous devons nous occuper des questions en suspens relatives au protocole nord-irlandais et voulons le faire via un accord avec l’Union européenne, mais nous avons toujours été clairs, nous n’hésiterons pas à prendre d’autres mesures si nécessaires », a répété M. Lewis.

À Dublin, le premier ministre irlandais, Micheal Martin, a apporté son soutien à Bruxelles dans les discussions sur l’application du protocole. « Je crois que l’Union européenne a fait preuve de flexibilité », mais « chaque fois » qu’elle a agi ainsi jusqu’à présent, « cela n’a pas été réciproque », a-t-il déclaré à la chaîne publique RTE.

Le vice-président de la Commission européenne chargé du dossier, Maros Sefcovic, a demandé au gouvernement britannique de « baisser le ton, d’être honnête au sujet de l’accord qu’il a signé et d’accepter des solutions dans ce cadre ».

En février, le DUP avait fait chuter la tête de l’exécutif nord-irlandais avec la démission du premier ministre Paul Givan, pour marquer l’opposition du parti — favorable au Brexit dans une province qui a voté contre — face au protocole.

Le dispositif douanier introduit par le protocole vise à éviter le retour d’une frontière physique entre la province et la République d’Irlande, membre de l’Union européenne.

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