Conflit sur le partage du pouvoir après la victoire du Sinn Féin

La victoire du Sinn Fein, à même de refaçonner le Royaume-Uni, permet à l’ex-vitrine politique du groupe paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA) de nommer une Première ministre locale, Michelle O’Neill, pour la première fois en 100 ans d’histoire d’une province où le Brexit a ravivé les tensions.
Paul Faith Agence France-Presse La victoire du Sinn Fein, à même de refaçonner le Royaume-Uni, permet à l’ex-vitrine politique du groupe paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA) de nommer une Première ministre locale, Michelle O’Neill, pour la première fois en 100 ans d’histoire d’une province où le Brexit a ravivé les tensions.

Après la victoire historique du Sinn Féin en Irlande du Nord, Londres a appelé dimanche nationalistes et unionistes à s’unir dans un exécutif local pour assurer la « stabilité » de la province britannique, le risque de paralysie politique planant sur fond de Brexit.

Partisan d’une réunification avec la République d’Irlande, le Sinn Féin a obtenu samedi 27 sièges à l’Assemblée locale de Stormont, où étaient renouvelés les 90 élus lors d’un scrutin organisé jeudi, contre 25 pour son rival unioniste DUP, viscéralement attachés à l’union avec la Grande-Bretagne. L’autre grand vainqueur est le parti centriste Alliance qui progresse fortement, avec 17 sièges.

La victoire du Sinn Féin, à même de refaçonner le Royaume-Uni, permet à l’ex-vitrine politique du groupe paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA) de nommer une première ministre locale, Michelle O’Neill, pour la première fois en cent ans d’histoire d’une province où le Brexit a ravivé les tensions.

Le DUP menace toutefois de boycotter un nouvel exécutif, qui doit être codirigé par les nationalistes et unionistes en vertu de l’accord de paix du Vendredi saint conclu en 1998, si ses exigences sur le Brexit ne sont pas satisfaites.

« Avant tout, ce que nous voulons voir […], c’est de la stabilité », a déclaré dimanche le vice-premier ministre britannique, Dominic Raab, sur Sky News. « Nous voulons voir un exécutif être formé » et « les partis s’unir pour fournir cette stabilité aux gens ».

Avant de rencontrer les dirigeants des partis locaux lundi, le ministre britannique chargé de la province, Brandon Lewis, a aussi estimé sur la BBC qu’il s’agissait d’un « moment important pour montrer que tout le monde peut travailler ensemble ».

Stabilité « en péril »

Alors que se profilait la victoire de son parti samedi, Michelle O’Neill avait salué l’entrée dans « une nouvelle ère » pour l’Irlande du Nord, marquée par l’instabilité politique, promettant de la diriger en dépassant les divisions. « J’offrirai un leadership inclusif, qui célèbre la diversité, qui garantit les droits et l’égalité pour ceux qui ont été exclus, discriminés ou ignorés dans le passé. »

Mais les négociations en vue de la formation d’un gouvernement s’annoncent ardues. Car arrivé deuxième après des décennies de domination unioniste, le DUP — à qui revient le poste de vice-premier ministre — refuse de rejoindre un gouvernement tant que resteront en place les contrôles douaniers post-Brexit, qui menacent selon lui l’intégrité du Royaume-Uni. Il a pressé Londres d’agir pour les supprimer. « Je veux un gouvernement en Irlande du Nord, mais il doit être basé sur des fondations stables », a déclaré le chef du DUP, Jeffrey Donaldson.

« Il est clair aussi que cette stabilité est mise en péril par les problèmes [générés par] le protocole nord-irlandais », a déclaré Dominic Raab.

Il a réitéré la volonté de son gouvernement de renégocier ce texte approuvé par Londres et l’Union européenne, qui confère un statut spécial à la province en la maintenant dans le marché unique et l’union douanière européens. Il s’agit d’éviter le retour d’une frontière dure avec l’Irlande pour réserver la paix.

Alors que Bruxelles refuse, ne proposant que des aménagements, le vice-premier ministre a dit privilégier la négociation, mais n’a pas exclu que Londres agisse unilatéralement pour protéger les échanges commerciaux entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne ainsi que « l’intégrité constitutionnelle » du Royaume-Uni.

Dublin et Washington ont également appelé les responsables politiques nord-irlandais à partager le pouvoir.

« Balle dans le pied »

Même si Michelle O’Neill a appelé à un « débat sain » sur l’avenir de l’Irlande du Nord et que son parti ambitionne un référendum sur la réunification dans les cinq ans, elle a estimé que le nouvel exécutif devait s’attaquer en priorité à l’envolée du coût de la vie, après avoir fait campagne en ce sens.

Dans les rues de Belfast, des Nord-Irlandais interrogés par l’Agence France-Presse (AFP) approuvent. Pour Lorraine Kane, 58 ans, fonctionnaire, le DUP s’est « tiré une balle dans le pied » en parlant surtout du Brexit. « Ce n’est pas ce que les gens attendaient de cette élection, car ils sont plus préoccupés » par la hausse des prix.

Le Sinn Fein et le DUP ont 24 semaines pour trouver un terrain d’entente. À défaut, une nouvelle élection devra être organisée.

« Mais vu l’urgence des crises du coût de la vie et du système de santé, il faut qu’un exécutif soit formé, et on pourra penser après à de plus grands changements à l’accord du Vendredi saint », estime Katy Hayward, politologue à la Queen’s University de Belfast, interrogée par l’AFP.

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