Des tentatives russes d'annexion à prévoir bientôt en Ukraine, selon Washington

Un Ukrainien et sa famille sont évacués de la ville de Lyman, dans l’est de l’Ukraine, qui a subi de lourds bombardements russes. Ils sont envoyés à Zaporijjia, où aucun véhicule provenant de Marioupol n’est arrivé lundi.
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse Un Ukrainien et sa famille sont évacués de la ville de Lyman, dans l’est de l’Ukraine, qui a subi de lourds bombardements russes. Ils sont envoyés à Zaporijjia, où aucun véhicule provenant de Marioupol n’est arrivé lundi.

La Russie a repris lundi ses frappes sur Odessa, dans le sud de l’Ukraine, avec un tir de missile qui a fait au moins un mort. Les États-Unis craignent que la ville portuaire ne soit qu’un des prochains objectifs de Moscou, qu’ils accusent aussi de vouloir « annexer » deux territoires séparatistes prorusses dans l’est.

À Marioupol, ville martyre quasiment conquise par les Russes après des semaines de siège, les évacuations de civils entamées ce week-end et attendues toute la journée semblaient marquer le pas, lundi.

À Odessa, « une frappe de missile » a « endommagé un immeuble dans lequel se trouvaient cinq personnes », a annoncé en début de soirée le conseil municipal d’Odessa sur Telegram. « Un garçon de quinze ans est mort, un autre enfant mineur a été transporté à l’hôpital », a-t-il ajouté.

Odessa, ville russophone considérée comme un centre culturel majeur tant pour les Ukrainiens que pour les Russes, a été plusieurs fois attaquée ces dernières semaines. Samedi, l’aéroport a été visé par des missiles russes, qui ont détruit sa piste, selon les autorités ukrainiennes. Le 23 avril, des frappes ayant notamment touché un immeuble y avaient fait au moins huit morts, dont un bébé de trois mois, sa mère et sa grand-mère.

Tentatives d’annexion

Selon les États-Unis, il semble aussi de plus en plus probable que l’armée russe mette bientôt en œuvre une stratégie d’annexion, comme ce fut le cas pour la Crimée en 2014. À Washington, l’ambassadeur américain auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Michael Carpenter, a fait état d’informations « très crédibles » selon lesquelles la Russie entend organiser « vers la mi-mai » des référendums pour « tenter d’annexer » les « républiques » séparatistes prorusses de Donetsk et Louhansk, dans le Donbass.

« Moscou envisage un projet similaire pour Kherson », ville côtière ukrainienne, dont l’administration russe a pris le contrôle, a-t-il ajouté devant la presse.

« De tels simulacres de référendum, des votes fabriqués de toutes pièces, ne seront pas considérés comme légitimes, pas plus que toute tentative d’annexer d’autres territoires ukrainiens », a-t-il insisté.

Lundi, le ministère ukrainien de la Défense a estimé possible que Moscou profite des célébrations du 9 mai, date où la Russie commémore la victoire sur l’Allemagne nazie en 1945, pour « soulever la question » de l’intégration à la Fédération de Russie des « républiques » prorusses du Donbass, dont Moscou a reconnu l’indépendance juste avant d’envahir l’Ukraine.

Évacuation interrompue

Toute la journée de lundi, les autorités ukrainiennes ont espéré pouvoir reprendre les évacuations de civils depuis Marioupol, entamées ce week-end avec la sortie d’une centaine de personnes de l’immense aciérie Azovstal, dernière poche de résistance ukrainienne de ce port stratégique du sud du Donbass presque entièrement sous contrôle russe.

La logistique pour les accueillir avait été mise en place à Zaporijjia, ville située à quelque 200 km au nord-ouest, avec des véhicules de l’UNICEF et d’ONG internationales qui les attendaient sur un stationnement transformé en point d’accueil pour les réfugiés.

Mais aucun convoi n’est arrivé à Zaporijjia lundi.

Dans une vidéo publiée sur la chaîne du régiment Azov de Marioupol, le commandant adjoint du groupe ultranationaliste qui participe à la défense de l’aciérie, Sviatoslav Palamar, a expliqué que la fin du cessez-le-feu avait été retardée dans la journée de lundi, et que les véhicules chargés d’évacuer les civils n’étaient arrivés qu’en toute fin d’après-midi.

Les évacuations, qui avaient commencé samedi en coordination entre l’Ukraine, la Russie, l’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge, avaient permis, pour la première fois en deux mois de siège et de bombardements de la ville, d’évacuer « plus de 100 civils » terrés dans les caves de l’aciérie, selon le président Volodymyr Zelensky.

Les Ukrainiens estiment qu’au moins 20 000 personnes ont trouvé la mort à Marioupol depuis le début du siège russe début mars.

Dans le reste du Donbass, les forces russes poursuivent leur offensive, avec des combats particulièrement intenses autour d’Izioum, de Lyman et de Roubijné, dont les Russes tentent de « prendre le contrôle pour préparer leur attaque sur Severodonetsk », l’une des grandes villes du Donbass encore contrôlées par Kiev, a indiqué lundi l’état-major ukrainien.

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