Macron à la barre d’une France fortement divisée

Malgré ses 58,5% du second tour, Emmanuel Macron, 44 ans, n’apparaît pas en bonne position pour remporter une majorité parlementaire et avoir les mains libres pour mener sa politique.
Photo: Thomas Coex Agence France-Presse Malgré ses 58,5% du second tour, Emmanuel Macron, 44 ans, n’apparaît pas en bonne position pour remporter une majorité parlementaire et avoir les mains libres pour mener sa politique.

Au lendemain d’une présidentielle ayant révélé une France fracturée et une extrême droite au plus haut, Emmanuel Macron est confronté à des défis majeurs pour convaincre des électeurs désabusés et remporter une majorité aux législatives de juin, dont la bataille s’annonce acharnée.

Une « réélection sans état de grâce », résumait lundi le journal Le Monde, du fait notamment d’une « abstention proche des records et une extrême droite qui dépasse pour la première fois la barre des 40 % ».

De son côté, le quotidien La Croix juge que la victoire d’Emmanuel Macron, premier président français à être réélu pour un second mandat depuis Jacques Chirac en 2002, sonne aussi comme un « avertissement ». Le journal évoque une démocratie « plus que jamais en équilibre instable, du fait d’un régime présidentiel qui a montré ses limites ».

La bataille pour les législatives, les 12 et 19 juin, s’annonce très disputée. La candidate d’extrême droite Marine Le Pen, qui a gagné environ huit points depuis la présidentielle de 2017, a atteint un score historique avec 41,45 % des suffrages.

Malgré ses 58,5 % du second tour, Emmanuel Macron, 44 ans, n’apparaît pas en bonne position pour remporter une majorité parlementaire et avoir les mains libres pour mener sa politique. Il s’est imposé, il y a cinq ans, dans l’arène politique en surfant sur le délitement des grandes formations traditionnelles. Son parti, La République en marche (LREM), n’est pas bien implanté sur tout le territoire, même s’il a conquis la majorité à l’Assemblée nationale en 2017.

Répondre « à la colère »

Une partie des électeurs a voté dimanche pour ce centriste libéral uniquement pour faire barrage à l’extrême droite. Et dès dimanche soir, M. Macron s’est adressé à eux, soulignant avoir « conscience que ce vote [l’]oblige pour les années à venir ». S’adressant aussi aux électeurs d’extrême droite, M. Macron s’est engagé à trouver « une réponse » à leur « colère et [à leur] désaccord ».

Le dernier quinquennat a été jalonné de crises et de manifestations antisystèmes du mouvement des Gilets jaunes à la pandémie de COVID-19. Et la campagne, marquée par la pandémie et la guerre en Ukraine, a montré une forte lassitude démocratique.

« Emmanuel Macron est conscient de devoir apaiser », a déclaré sur la radio RTL la ministre du Travail, Élisabeth Borne, dont le nom circule pour remplacer l’actuel premier ministre, Jean Castex. Il faut « répondre au message de colère et d’inquiétude de millions de Français qui disent “je ne m’en sors pas” », a affirmé le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sur franceinfo.

Interrogé sur le futur gouvernement, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, n’a donné aucune précision, soulignant que les décisions « ne dépendent pas de lui ».

M. Macron, souvent qualifié de « président des riches », doit innover dans la pratique démocratique pour « éviter une “giletjaunisation” de son quinquennat », juge Jean-Marcel Bouguereau, dans le journal La République des Pyrénées.

Car il s’agit là d’une France « polytraumatisée », observe Dominique Diogon, du quotidien La Montagne.

Les deux France

 

La carte des résultats dessine en effet deux France. L’une a voté Emmanuel Macron : les grandes métropoles, les classes moyennes supérieures et les retraités. Et l’autre a choisi Marine Le Pen : plus populaire, se sentant souvent exclue, particulièrement dans le Nord-Est et le pourtour méditerranéen. Avec plus de 60 % des voix, Marine Le Pen a par ailleurs réalisé des scores historiques en outre-mer. Face à ces profondes divisions, Emmanuel Macron a promis dimanche soir une « méthode refondée » pour gouverner la France.

« Emmanuel Macron va être confronté à un choix qui est de savoir jusqu’où il doit amoindrir son projet originel et en direction de quel électorat : plutôt de gauche ou plutôt de droite, qu’il a considérablement digérée et intégrée déjà ? » estime Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos France.

Face à M. Macron, les deux autres gros blocs politiques se sont déjà lancés dans la bataille. Dimanche soir, Mme Le Pen a vu dans son score inédit « une éclatante victoire » et la manifestation du « souhait » des Français d’« un contre-pouvoir fort à Emmanuel Macron ». À l’opposé de l’échiquier politique, le dirigeant de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième au premier tour, a fait des prochaines législatives un « troisième tour ».

La réélection d’Emmanuel Macron a été saluée par plusieurs dirigeants dans le monde. Le président américain Joe Biden a affirmé que leurs deux pays continueraient à coopérer pour « défendre la démocratie ». Le président russe Vladimir Poutine a souhaité à M. Macron du « succès » pour son nouveau mandat, en dépit des vives tensions liées à l’Ukraine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est réjouie « de pouvoir continuer [leur] excellente coopération » pour faire « avancer la France et l’Europe ».

Avec le pôle politique de l’AFP

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