Nicolas Sarkozy apporte son soutien à Macron

Nicolas Sarkozy serait impliqué dans des négociations destinées à préserver une cinquantaine de sièges de députés LR lors des législatives de juin, selon «Le Monde».
Photo: Julien de Rosa Agence France-Presse Nicolas Sarkozy serait impliqué dans des négociations destinées à préserver une cinquantaine de sièges de députés LR lors des législatives de juin, selon «Le Monde».

C’était un secret de polichinelle, mais c’est maintenant officiel. L’ancien président et chef historique de la droite française Nicolas Sarkozy a fait savoir mardi qu’il voterait pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle, le 24 avril prochain. Ce soutien attendu depuis des semaines intervient à un moment où le président arpente depuis deux jours les quartiers populaires des Hauts-de-France et de la Moselle afin de convaincre les électeurs de gauche de voter pour lui.

« Je voterai pour Emmanuel Macron parce que je crois qu’il a l’expérience nécessaire face à une grave crise internationale plus complexe que jamais, parce que son projet économique met la valorisation du travail au centre de toutes ses priorités, parce que son engagement européen est clair et sans ambiguïté », a écrit mardi l’ancien président sur Twitter.

Comme on s’y attendait, celui qui conservait jusqu’à tout récemment à droite un certain magistère moral répondait ainsi par l’affirmative à l’appel lancé dimanche soir par le président, arrivé en tête (27,84 %) du premier tour devant la candidate d’extrême droite Marine Le Pen (23,15 %). Emmanuel Macron avait alors appelé « tous ceux qui veulent travailler pour la France » à se joindre à lui pour fonder « un grand mouvement politique d’unité et d’action ».

Un parti écartelé

 

Proche d’Emmanuel Macron depuis longtemps, l’ancien président fait ainsi éclater au grand jour la crise que traverse Les Républicains (LR). Une crise qui pousse le parti qu’il a lui-même fondé au bord de l’implosion depuis que sa candidate, Valérie Pécresse, n’a même pas franchi la barre des 5 % au premier tour, dimanche dernier. Le désaveu est cinglant puisque la veille, le bureau politique de LR avait plutôt décidé d’appeler la population à faire « barrage » à Marine Le Pen sans pour autant l’appeler à voter Macron. « On ne se trompe jamais en choisissant la clarté », clame Nicolas Sarkozy.

En visite à Mulhouse, Emmanuel Macron a aussitôt remercié l’ancien président de sa confiance et de son soutien. « Cela m’honore et m’oblige, dit-il. Il faut rassembler. » Des mots qui prenaient une signification étrange, car le président venait de passer plusieurs heures sur le terrain afin de séduire des électeurs de gauche, et particulièrement ceux de la gauche radicale qui ont soutenu Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième dimanche (21,95 %). Citant Jaurès, le président a d’ailleurs affirmé qu’il ne faisait plus « un dogme » de sa promesse de porter l’âge de la retraite de 62 à 65 ans.

Ce soutien de Nicolas Sarkozy pourrait néanmoins être crucial pour la suite des choses. Selon le quotidien Le Monde, l’ancien président serait impliqué dans des négociations destinées à préserver une cinquantaine de sièges de députés LR lors des législatives de juin en échange de leur soutien à la majorité présidentielle. Dimanche, l’ancien président de LR Jean-François Copé a ouvertement souhaité que la droite soit associée à un « pacte gouvernemental ».

Mais chez LR, tous ne l’entendent pas ainsi. Le député du Vaucluse Julien Aubert n’a pas hésité à comparer l’ancien président Sarkozy au dieu Cronos qui mange ses enfants.

Le parti est littéralement écartelé. D’un côté, ceux qui voteront Macron, comme Valérie Pécresse, le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, et le sénateur Gérard Larcher. De l’autre, ceux qui veulent préserver l’indépendance du parti, comme le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti et le sénateur Bruno Retailleau. « Nous ne reconstruirons pas la droite en nous diluant dans le macronisme », a déclaré ce dernier.

« Faire gagner des voix »

En conférence de presse, Marine Le Pen a ironisé sur un ralliement qui, dit-elle, peut lui « faire gagner des voix ». « J’ai été étonnée qu’il [Sarkozy] ne le fasse qu’au second tour, dit-elle. Je m’attendais à ce qu’il le fasse au premier », a-t-elle ajouté, évoquant même la possibilité d’en faire des affiches électorales.

Si l’ancien président garde une certaine aura à droite, il n’est pas certain que dans les régions où la population a largement voté pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le nom de Sarkozy suscite beaucoup d’adhésion. Même à droite, l’ancien président a été hué par des militants de Valérie Pécresse lors de sa dernière assemblée, il y a une semaine, à Paris. Lorsqu’il a été condamné à un an ferme de prison pour financement illégal de sa campagne de 2012, une condamnation dont il a fait appel, seuls 27 % des Français gardaient de lui une image positive, alors que 59 % en avaient une négative.

Comme s’ils s’étaient donné le mot, le même jour, l’ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin a lui aussi annoncé qu’il voterait pour Emmanuel Macron. De quoi conforter Marine Le Pen, qui aime se présenter comme la candidate « antisystème ».

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