Le ton monte entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

À la veille du premier tour, personne ne semble être en mesure d’exclure une victoire de la droite populiste.
Photo: Bob Edme Associated Press À la veille du premier tour, personne ne semble être en mesure d’exclure une victoire de la droite populiste.

À 24 heures du premier tour de l’élection présidentielle française, qui se tiendra dimanche, les sondages annoncent une réédition du match de 2017 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais tous les indicateurs annoncent une lutte beaucoup plus serrée. À la veille du premier tour, personne ne semble être en mesure d’exclure une victoire de la candidate de la droite populiste, même si elle semble improbable pour la plupart, impossible pour certains.

À quelques heures de la trêve électorale entrée en vigueur vendredi à minuit, le ton est soudainement monté entre les deux protagonistes. Marine Le Pen a accusé le président de « faire preuve de violence dans le débat démocratique ». Selon elle, « une compétition électorale, c’est un échange, c’est une confrontation des idées, des projets ». « Les termes qui sont utilisés par le président ne sont pas dignes de sa fonction, ne sont même pas dignes de sa qualité de candidat. »

Dans une entrevue accordée au Parisien, Emmanuel Macron avait plus tôt accusé Mme Le Pen d’avoir « un programme raciste, qui vise à cliver la société », et de « mentir aux gens » en proposant d’augmenter les petites retraites. La veille, il avait accusé d’« antisémitisme » et de « xénophobie » le Rassemblement national, qu’il persiste ironiquement à nommer de son ancien nom, le Front national.

Depuis une semaine, l’inquiétude semble avoir gagné l’entourage du président, pourtant entré tardivement en campagne. Simple stratégie pour mobiliser les troupes ? Toujours est-il que les écarts n’ont cessé de se resserrer entre les principaux candidats. Depuis une semaine, Emmanuel Macron (26 %) a perdu deux points, alors que sa rivale Marine Le Pen (22 %) en a gagné autant. Cela fait au moins deux semaines que la dynamique est du côté de Marine Le Pen, disent les sondeurs. Au second tour, les projections laissent penser que le président ne l’emporterait que par une faible marge, 53 % contre 47 %.

L’irruption en toute fin de campagne du scandale de l’« affaire McKinsey » rend les résultats de dimanche encore plus difficiles à prévoir, estiment les analystes. McKinsey est le nom de ce cabinet-conseil américain dont les contrats avec l’État ont explosé sous Emmanuel Macron, mais qui ne paie pas un sou d’impôts en France depuis 10 ans, et dont plusieurs dirigeants avaient travaillé gratuitement à la campagne du futur président en 2017.

Le vote utile

 

Alors que, selon les sondages, près de 30 % des électeurs déclarent encore pouvoir changer d’avis en ce dernier jour de campagne, tous les candidats ont incité leurs militants à ne rien lâcher. C’est particulièrement vrai des partisans du candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, qui, par un effet de « vote utile », est devenu le troisième homme de cette course, avec un résultat estimé à 17,5 %.

Selon le dernier sondage BVA, aucun autre candidat ne franchirait la barre des 10 %. Si le candidat de la droite nationaliste Éric Zemmour (Reconquête) se maintient à 9,5 %, celle de la droite traditionnelle, Valérie Pécresse (LR), s’effondre à 8,5 %. Derrière, l’écologiste Yannick Jadot est à 4,5 %  et la socialiste Anne Hidalgo à 2,5 %, à égalité avec le communiste Fabien Roussel et le candidat régionaliste Jean Lasalle.

Même si tous les candidats se disent évidemment convaincus de l’emporter, certains semblent avoir en partie décroché. Cette semaine, Éric Zemmour, qui patauge autour de 10 % après avoir frôlé les 16 %, a avoué qu’il serait candidat aux élections législatives de juin. L’ancien journaliste avait évoqué des « meetings communs » entre les deux tours avec Marine Le Pen, mais cette dernière ne l’entendrait pas ainsi : « Mon objectif n’est pas d’être au second tour, encore moins de contribuer à je ne sais quelle recomposition des droites », a-t-elle déclaré au Figaro.

Valérie Pécresse, dont le parti, Les Républicains, pourrait littéralement imploser après une campagne décevante, a déjà annoncé qu’elle ne donnerait aucune consigne de vote au second tour, contrairement à l’appel lancé en 2017 à voter Macron pour faire barrage à l’extrême droite. Elle a aussitôt été félicitée par Marine Le Pen.

Le sort de LR pourrait être différent selon que le parti arrive devant ou derrière Éric Zemmour dimanche. Selon l’hebdomadaire Le Point, un certain nombre de députés LR seraient déjà en discussion avec le représentant d’Emmanuel Macron pour sauver leur siège.

Chez les socialistes, dont les résultats s’annoncent cataclysmiques, les règlements de comptes sont déjà commencés. L’organisation par la candidate Anne Hidalgo d’un dîner destiné, dit-on, à préparer l’après-présidentielle a mis le feu aux poudres. Alors que plusieurs caciques étaient présents, dont l’ancien président François Hollande et l’ancienne ministre Martine Aubry, le secrétaire général du PS, Olivier Faure, n’y a pas été convié. Sur Twitter, des militants excédés ont déclaré avoir jeté leurs tracts dans les poubelles.

L’ombre de l’abstention

Coincée entre la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, cette élection où sont conviés 48,7 millions d’électeurs ne ressemble à aucune autre.

Alors que, depuis un an, toutes les enquêtes avaient révélé qu’une nette majorité de Français ne voulait pas d’une nouvelle confrontation Macron-Le Pen, l’abstention pourrait atteindre un record. Selon les enquêtes, elle atteindrait 27 %, un chiffre nettement plus élevé qu’en 2017 (22 %). L’élection présidentielle est traditionnellement en France le scrutin qui enregistre les taux de participation les plus élevés. Cette participation a d’ailleurs tendance à augmenter au second tour.

Ce fort taux d’abstention introduit une variable dont les sondeurs ont beaucoup de difficulté à mesurer les conséquences. « Une abstention massive peut avoir des effets totalement dévastateurs sur les résultats. Ça peut être la bérézina totale », déclarait au Figaro le directeur général de l’IFOP, Frédéric Dabi.

Nombre d’analystes et d’éditorialistes demeurent amers à propos de cette campagne, qui a tour à tour été qualifiée d’« atone », de « décevante » ou de « campagne Tefal » à laquelle rien n’adhère. Dans le quotidien libéral L’Opinion, Nathalie Ségaunes soulignait que malgré les similitudes avec 2017, cette élection se déroulait cette année sous un nouveau clivage. « En 2017, venu à bout de l’opposition droite-gauche, Emmanuel Macron devait recomposer le système politique. Mais il a été rattrapé par un autre clivage, celui entre peuple et élites. »

Jamais, sous la Ve République, un président qui n’était pas en cohabitation n’est parvenu à se faire réélire. Cette élection infirmera-t-elle la règle ? Dès dimanche soir, la campagne du second tour sera lancée. Elle s’achèvera le 24 avril.

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