Présidentielle française: Marine Le Pen croit que cette fois sera la bonne

Depuis des semaines, Marine Le Pen a fait le pari risqué de mener une campagne de second tour, désignant Emmanuel Macron comme son seul adversaire.
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Depuis des semaines, Marine Le Pen a fait le pari risqué de mener une campagne de second tour, désignant Emmanuel Macron comme son seul adversaire.

« Je pense qu’elle est prête. Elle a beaucoup mûri. Elle donne confiance. Et puis, je ne serais pas malheureuse de voir une femme à la présidence. »

Pour le premier rassemblement politique de sa vie, Christine a choisi de venir soutenir Marine Le Pen dans le grand hall des expositions de Perpignan. À trois jours du premier tour de l’élection présidentielle, cette ancienne secrétaire aujourd’hui à la retraite veut croire que cette fois sera la bonne. Comme la plupart des 3000 partisans enthousiastes, souvent venus en famille avec les grands-parents, les enfants et même le chien, Christine est sur un nuage depuis que certains sondages accordent à sa candidate jusqu’à 47,5 % des voix au second tour.

Pour clore sa campagne de premier tour, sa troisième en 10 ans, Marine Le Pen a choisi la capitale de la Catalogne française, sise au pied des Pyrénées. Symbole du pas enfin franchi, Perpignan a été la première ville de plus de 100 000 habitants à élire en 2020 un maire du Rassemblement national (RN), Louis Aliot. Avec Béziers, située à 100 km de là, elle représente la dédiabolisation du parti tant souhaitée par Marine Le Pen.

Il faut dire que depuis le début de cette campagne, la candidate de la droite populiste a choisi de fuir les assemblées monstres des grandes villes, qu’elle laisse à Emmanuel Macron et, surtout, à son nouveau rival venu chasser sur ses terres, Éric Zemmour. Avec son affiche où son sourire affable tranche au-dessus des mots « Femme d’État », elle court depuis des mois les marchés des petites villes, où elle rassemble à chaque fois quelques milliers de personnes. Une campagne à bas bruit, comme celle de Jacques Chirac en 1995, qui avait été qualifiée de « remontada » et qui lui avait permis de supplanter au premier tour Édouard Balladur et de l’emporter contre Lionel Jospin.

Le « V » de la victoire

Est-ce un hasard si, comme dans les assemblées de la socialiste Ségolène Royal en 2007, celles de Marine Le Pen sont pratiquement les seules où on entend encore des chansons en français ? À Perpignan, après avoir fait patienter ses partisans sur les notes de J’habite en France de Michel Sardou, elle apparaît enfin sur un fond de scène bleu où se détache un grand « M » qui se transforme sous les éclairages en « V » de la victoire. Son message est simple : soit la nation se ressaisit, soit elle se « dilue dans le grand magma mondialiste ».

Pour la première fois de sa carrière, Marine Le Pen ne répugne pas à jouer la carte féministe : « Je serai fière d’être la première femme présidente […], notre pays est prêt ». Et peut-être les femmes « sont-elles plus sensibles aux valeurs de protection », à celles de la « liberté dans l’espace public » et aux « harcèlements de rue », dit-elle.

Depuis des semaines, Marine Le Pen a fait le pari risqué de mener une campagne de second tour, désignant Emmanuel Macron comme son seul adversaire. Ce soir-là, elle n’a pas hésité à l’écorcher en évoquant le scandale du cabinet américain McKinsey qui, selon un récent rapport du Sénat, a vu ses contrats exploser depuis cinq ans et ne paie pas un sou d’impôt en France. Une façon de faire dans laquelle elle voit la « prémisse inquiétante d’une privatisation de la fonction publique, et même de la décision publique ». Aux fonctionnaires que remplacent cescabinets-conseils, elle dit sa confiance : « Fini les McKinsey qui décident pour vous à vos frais et à vos dépens ! »

Même si elle en a peu parlé dans cette campagne — contrairement à Éric Zemmour —, sa politique sur l’immigration n’a pas changé. « C’est aux Français qu’il revient de dire qui entre et qui doit quitter le pays. […] C’est aux Français de dire quelle loi s’applique chez eux. Avec moi, ce ne sera ni celle des caïds, ni celle des islamistes, ni celle d’un État financier », dit-elle.

Marine Le Pen est la seule candidate de cette élection à évoquer la Francophonie. Une « Francophonie, dit-elle, dont nous n’entendons plus parler » depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Elle s’engage aussi, si elle est élue, à défendre la langue française, « notre si belle langue, tellement malmenée par ceux qui ne la défendent jamais ».

Le danger de l’abstention

Mais pour en arriver là, elle devra surtout convaincre ses électeurs d’aller voter, ce qu’ils n’ont pas toujours fait lors des dernières élections régionales et municipales. Le risque de l’abstention, qu’on annonce élevée, est en effet théoriquement plus grand pour Marine Le Pen que pour les autres candidats, puisque son électorat est souvent jeune et issu des milieux populaires.

Dylan, lui, ira voter dimanche. À 22 ans, ce travailleur d’une grande surface qui gagne à peine plus que le salaire minimum parvient difficilement à faire vivre sa femme et sa fille de trois ans. « Le président a beau me dire de traverser la rue pour trouver du travail, je n’y arrive pas », dit son épouse, Pauline, évoquant une célèbre réplique par laquelle Emmanuel Macron avait laissé entendre à un chômeur que trouver du travail était aisé. Le couple est particulièrement sensible à la promesse de Marine Le Pen d’exonérer d’impôt sur le revenu les moins de 30 ans et d’augmenter le salaire minimum.

En centrant depuis le début sa campagne sur le pouvoir d’achat et la lutte contre la vie chère, la présidente du RN a ciblé la question qui préoccupait le plus les Français, et ce, même avant la guerre en Ukraine. Un choix qui donne d’elle, pour la première fois, une image moins clivante, plus rassembleuse. C’est ce que Christine reproche au candidat de la droite nationaliste Éric Zemmour : « Il est trop rude. Il nous fait trop penser au père Le Pen. Marine, elle, a appris de l’expérience ».

Selon les sondeurs, c’est la première fois que Marine Le Pen ne connaît pas un « coup de mou » dans ses dernières semaines de campagne, comme ce fut le cas en 2012 et 2017. C’est aussi la première fois qu’elle disposerait d’autant de réserves de voix au second tour, que ce soit chez les partisans d’Éric Zemmour, chez certains électeurs de Valérie Pécresse (LR) ou même chez ceux du candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.

En applaudissant à tout rompre leur candidate, la foule voulait croire que Perpignan lui portera chance. Le grand peintre surréaliste Salvador Dali n’avait-il pas dit de la gare de cette ville qu’elle était « le centre du monde » ?


Une version précédente de ce texte, qui mentionnait les assemblées de Ségolène Royal en 2012, a été corrigée. Elle était candidate à l'élection présidentielle en 2007, mais pas en 2012.

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