Portraits des pompiers de Mykolaïv

Dimitri (à gauche), 31 ans, est pompier depuis 9 ans. Sveltana (à droite), 47 ans, travaille depuis 28 ans dans cette station.
Photo: Adrienne Surprenant /MYOP Dimitri (à gauche), 31 ans, est pompier depuis 9 ans. Sveltana (à droite), 47 ans, travaille depuis 28 ans dans cette station.

Yuri, Valery, Dimitri, Yevgeni et Sveltana composent l’unité des pompiers d’un des quartiers de Mykolaïv, une ville portuaire du sud de l’Ukraine située à proximité de la ligne de front, sur la route de Kherson, et désormais sous le feu des bombardements russes.

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Organisés, disciplinés et professionnels, les pompiers de Mykolaïv n’ont pas eu d’entraînement supplémentaire pour faire face aux nouveaux défis que cette guerre de haute intensité pose. « Nous devons faire le travail. Il faut simplement nous habituer et nous adapter à ce genre de situation », explique Yuri, le capitaine de l’unité. Selon lui, la guerre a changé leur façon de travailler. « Nous devons dégager en permanence des décombres, et il y a souvent des explosifs qui ne se sont pas déclenchés. » En plus d’agir sur le terrain, les pompiers essaient d’éduquer la population. « Par exemple, un homme avait mis un missile non explosé dans le coffre de sa voiture… et il a explosé. » Pendant l’entretien, des vrombissements d’explosions retentissent non loin. « C’est vers l’extérieur », affirme calmement Yuri. « J’ai confiance en notre armée. Bien sûr, les bombardements nous alertent et nous perturbent. Mais je ne pense pas que les Russes pourront arriver jusqu’ici et prendre cette ville. Je suis sûr qu’ils ne pourront pas. »

Photo: Adrienne Surprenant / MYOP Yuri (à gauche) a 15 ans d’expérience, mais il a dû s’adapter aux nouvelles règles liées à la guerre. De son côté, Valery (à droite), 33 ans, est pompier depuis 13 ans.
  

Yuri, 32 ans, capitaine de l’unité. Il a 15 ans d’expérience, mais Yuri a dû s’adapter aux nouvelles règles liées à la guerre. « Après un bombardement, nous attendons toujours 10-15 minutes avant que la salle de commandement nous donne l’ordre de nous rendre sur les lieux, explique Yuri. On évite le risque d’un second bombardement si on se trouve sur place. » Sombre, le chef des pompiers retrouve le sourire lorsqu’il évoque sa famille qu’il a réussi à mettre en sécurité dans la région de Lviv, la grande ville de l’ouest du pays, encore préservée des combats. Mais aussi plusieurs personnes de Mykolaïv et de sa région qu’il a réussi à faire évacuer vers l’ouest. « Même si le nombre d’appels augmente, et que le travail est de plus en plus angoissant, il ne faut pas ressasser les conséquences de la guerre, sinon on deviendrait fous. Il faut laisser derrière soi les sentiments », conclut-il.

Valery, 33 ans, pompier depuis 13 ans. « Nous aidons à apaiser les esprits des résidents », dit-il. Avant d’ajouter : « Je sens que j’aide. S’ils ont besoin de nourriture ou d’eau, je participe aux distributions. Nous les informons des conséquences des bombardements, ou des possibles effondrements de leurs édifices. Nous leur disons que c’est indispensable de ne pas toucher les mines ou les missiles non explosés. Nous les aidons à savoir quoi faire dans ce genre de situation, car les gens n’ont jamais vécu ça. Parfois, ils touchent des décombres qu’ils ne devraient pas approcher. Nous devons répéter sans cesse des choses toutes simples, comme le fait qu’il faut fermer l’électricité ou le gaz quand ils ont été touchés [par un bombardement]. »

Dimitri, 31 ans, est pompier depuis 9 ans. Il est lieutenant de cette unité de Mykolaïv, située non loin de la ligne de front. « Depuis le début de la guerre, il y a plus de feux et des maisons qui s’effondrent, explique-t-il. Nous travaillons aux mêmes horaires, mais nous sommes plus nombreux. On est passés de 2-3 appels par jour à 4 ou plus. »

Yevgeni, 25 ans, est pompier depuis 8 ans. C’est une tradition familiale qu’il perpétue : son père, aujourd’hui à la retraite, travaillait dans la même station. « Depuis le début de la guerre, je ressens encore plus que les gens ont besoin de moi. Leurs vies dépendent de mon travail de qualité. »

Sveltana, 47 ans, travaille depuis 28 ans dans cette station. C’est elle qui reçoit les appels de la centrale et qui envoie les pompiers sur les lieux. Elles sont en tout quatre femmes à travailler dans cette base. Mais Sveltana est la seule sur cette garde — il y en a une par garde. « Mon travail a énormément changé, comme nous recevons beaucoup plus d’appels. Il y a ceux qui appellent quand ils ont trouvé un missile non explosé, ceux qui appellent parce qu’ils n’arrivent pas à joindre une ambulance. Je me sens tellement responsable envers le peuple. C’est un attachement mutuel, je ne peux pas en partir, parce que mon travail est auprès des gens, c’est un engagement. »



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