Les massacres de Boutcha expliqués en cinq points

Les images de massacres de civils à Boutcha, une ville en banlieue nord-ouest de Kiev, font le tour de la planète depuis samedi. Explications de la situation en cinq questions.

Que s’est-il exactement passé à Boutcha?

Très rapidement après le début de la guerre, l’armée russe a effectué des avancées jusqu’en banlieue de Kiev, la capitale ukrainienne. Les semaines qui ont suivi ont donné lieu à de féroces combats, qui ont en partie dévasté les villes de la banlieue, dont Boutcha et Irpin. Pendant la dernière fin de semaine, la majorité des troupes présentes dans la région se sont toutefois retirées afin d’aller consolider leurs positions dans l’est du pays. Les journalistes sur le terrain ont donc pu entrer à Boutcha, petite ville de 40 000 habitants nouvellement affranchie de la présence russe. Ils y ont découvert des scènes d’horreur.

Des cadavres, dont au moins six avaient les poignets attachés dans le dos, jonchaient les rues. Les autorités ukrainiennes ont rapidement signalé que plus de 300 corps avaient été jetés dans des fosses communes, pour un bilan provisoire de plus de 400 civils tués. Bien qu’une enquête indépendante n’ait pas encore été effectuée, tout porte à croire que les forces russes ont commis ces atrocités.

Comment ont réagi la Russie et l’Ukraine ?

Vêtu d’un gilet pare-balles et accompagné de militaires, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est rendu à Boutcha lundi. Il a déclaré que des « crimes de guerre » qui seront « reconnus comme un génocide » y ont été commis. La veille, il avait annoncé qu’un « mécanisme spécial » serait créé pour enquêter sur « tous les crimes russes ».

La Russie, quant à elle, rejette « catégoriquement » les accusations liées à la découverte des cadavres à Boutcha, a déclaré lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Il a affirmé que les experts du ministère de la Défense russe avaient trouvé des preuves de « falsifications vidéo » et de « fausses » images. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a annoncé que son pays présenterait lundi soir au siège des Nations unies des « documents précis » sur la « vraie nature des événements ».

Quelle a été la réaction de la communauté internationale ?

Les Occidentaux se sont unanimement insurgés contre les meurtres de Boutcha. Lundi, le président américain, Joe Biden, a réclamé un « procès pour crimes de guerre » tout en traitant une nouvelle fois le président russe, Vladimir Poutine, de « criminel de guerre ». La Haute-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a appelé à préserver « toutes les preuves » de ces « possibles crimes de guerre » et « violations des droits de la personne ».

Des membres des gouvernements français, britannique, japonais, polonais, espagnol et allemand ont également dénoncé la violence des troupes russes à Boutcha.


 

Quelles sont les mesures envisageables pour punir la Russie ?

Une enquête doit être menée avant de conclure à des crimes de guerre en Ukraine. Un procès pourrait à terme avoir lieu à la Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, et qui a été créée dans le but de juger des individus poursuivis notamment pour crimes de guerre. La CPI enquête d’ailleurs sur des allégations de cette nature en Ukraine depuis le 2 mars.


 

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pour sa part annoncé que l’Union européenne était prête à envoyer des équipes d’enquêteurs en Ukraine pour aider au recueil de preuves. Cette démarche pourrait, selon elle, « soutenir les services ukrainiens chargés des poursuites ». Elle a également indiqué que « des pourparlers sont en cours » pour que la CPI se joigne à cette enquête commune.

Du côté de l’ONU, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a annoncé lundi qu’elle tenterait d’obtenir la « suspension » de la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il est prévu que la Russie siège à ce conseil jusqu’en 2023.


 

Que peut faire le Canada dans tout ça ?

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a fermement condamné la Russie lundi en marge d’une visite en Finlande. « Il s’agit clairement de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », a déclaré la cheffe de la diplomatie canadienne. Elle a également prévenu qu’il y aurait « plus de sanctions du Canada contre des entités et des personnes russes et biélorusses » et que celles-ci seraient « annoncées sous peu ». Elles devraient viser neuf Russes et neuf Biélorusses qui sont de « proches collaborateurs » du régime, selon un communiqué du gouvernement. Mme Joly a également émis le souhait que les pays du G7 en « fassent plus ».


 

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a qualifié ces meurtres de « choquants et horrifiants » et a ajouté que « les responsables de ces attaques […] seront amenés devant la justice ».


 

Certains pays occidentaux ont déjà mis de nouvelles sanctions en place. La France a annoncé lundi qu’elle expulsait 35 diplomates russes et l’Allemagne, 40. Le haut représentant de l’Union européenne Josep Borrell a annoncé que les 27 pays membres discutaient en urgence de nouvelles sanctions.

Avec l’Agence France-Presse

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