À huit jours du premier tour, Macron appelle à la mobilisation contre les extrêmes

Le président et candidat français a affirmé avoir «l’égalité hommes femmes» et «l’éducation de nos enfants» comme priorités.
Thomas Coex Agence France-Presse Le président et candidat français a affirmé avoir «l’égalité hommes femmes» et «l’éducation de nos enfants» comme priorités.

« Vous allez au meeting ? Dites bonjour à Manu ! » À la sortie du métro de La Défense, une dame bien mise et séduisante semblait regretter de ne pouvoir se joindre à cette foule paisible qui se dirigeait vers la grande salle Arena où se déroulent habituellement des matchs sportifs. Entre les tours rutilantes qui abritent le gratin de la haute finance française, la France qui va bien était au rendez-vous. Étudiants d’écoles de commerce, cadres d’entreprises, retraités ne voulaient surtout pas rater l’occasion de participer à la première et dernière assemblée électorale d’un président qui n’est entré en campagne qu’il y a une semaine à peine.

À huit jours du premier tour de l’élection, alors qu’Emmanuel Macron mène dans les sondages, ces 30 000 partisans ont assisté sagement et en bon ordre à un discours fleuve de plus de deux heures, interrompu par un seul clip vidéo. Le président, qui craint l’abstention au second tour alors que son adversaire Marine Le Pen pourrait le talonner avec 47,5 % des voix, selon les derniers sondages, s’adressait visiblement à son électorat de gauche.

Sans jamais se départir de son aura présidentielle et devant un public conquis d’avance, Emmanuel Macron a énuméré pendant plus d’une heure les nouvelles mesures sociales qu’il propose pour les cinq ans à venir afin de maintenir le pouvoir d’achat des Français, réformer l’hôpital, combattre la pauvreté et améliorer l’école. Sans oublier de marteler à chaque fois « Nous l’avons fait » ou « Nous le ferons ».

Contrairement à toutes les assemblées qui se sont déroulées dans cette campagne, le président avait choisi d’être seul au milieu d’une scène immense. Seul un meneur de claque, Éric Dragant, qui officie généralement pour les matchs des Girondins de Bordeaux et du XV de France, l’a précédé pour faire faire la vague aux militants comme aux officiels et membres du gouvernement assis au premier rang.

Dans ce vrai « meeting à l’américaine », comme disait un participant, des enfants en bord de scène brandissaient une pancarte affichant « Daddy président ». Une sorte de grande messe électorale avec feu de Bengale et défilé de rock star. Toute la macronie était là. Du premier ministre Jean Castex à son prédécesseur Édouard Philippe, sans oublier l’ancien premier ministre socialiste Manuel Vall. À la manière Obama, le président se déplaçait d’une tribune à l’autre. Comme s’il voulait montrer qu’il avait la même énergie qu’en 2017.

Des promesses et des bilans

 

« À une heure de Paris, on bombarde la démocratie », a-t-il lancé pour planter le décor avant d’affirmer qu’il porte « un projet de progrès, d’indépendance et d’avenir pour notre France et notre Europe. » Au moment où Marine Le Pen monte dans les sondages en faisant campagne sur le pouvoir d’achat des Français, Emmanuel Macron soutient que, dans son quinquennat, « le pouvoir d’achat a augmenté de manière historique, et notamment pour les plus modestes ». Dans la salle, la mesure la plus applaudie, à au moins à deux reprises, sera l’ouverture de la procréation assistée pour les couples de femmes.

De manière un peu académique, le président a détaillé les 20 milliards d’euros qu’il a dépensés pour bloquer les prix du gaz et de l’essence avant d’affirmer que la première grande cause de son prochain quinquennat, dont il ne doute pas le moins du monde, sera « l’égalité hommes femmes », suivie de « la protection de nos enfants » et de l’éducation et de la santé.

« Le système nous dira à chaque fois que c’est impossible. Mais, nous le ferons ! », martèle-t-il à chaque proposition comme s’il voulait se poser comme le candidat antisystème. Seules quelques phrases seront consacrées à la dette abyssale de la France qu’il promet de baisser « à partir de 2026 », dit-il. À ceux qui avaient cru qu’il voulait obliger les assistés sociaux (qui touchent le Revenu de solidarité active) à fournir des heures de travail gratuites comme le propose la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, il précise qu’il ne s’agit pas de travaux d’intérêt général, mais bien d’activités volontaires de formations et de réinsertion.

Alors que depuis deux semaines, le pays est secoué par les révélations d’un rapport du sénat selon lequel les sommes consacrées aux cabinets conseils privés ont explosé durant le quinquennat d’Emmanuel Macron, le président n’a fait qu’effleurer le sujet en affirmant que ceux qui le lui reprochent ont fait de même. Pour un grand nombre d’analystes, ces révélations concernant notamment le cabinet américain McKinsey, dont des membres ont travaillé gratuitement à la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, pourrait fortement influencer les électeurs. Dans la presse, les comparaisons vont bon train avec l’affaire des « bijoux de Bokassa » qui, en 1981, avait favorisé l’élection de François Mitterrand et plombé Valéry Giscard d’Estaing.

Comme le font les présidents américains, Emmanuel Macron a longuement remercié sur scène sa famille et surtout « celle qui m’apporte le plus », son épouse, Brigitte Macron. Revendiquant son positionnement ni à droite ni à gauche, il a appelé « toutes celles et ceux qui, aujourd’hui — de la social-démocratie aux gaullistes, en passant par les écologistes — ne nous ont pas encore rejoints à le faire, car depuis le début, nous n’avons qu’un parti, c’est notre pays ! »

Il aura fallu attendre presque deux longues heures avant que le candidat appelle à la mobilisation générale contre l’extrême droite. Sans jamais citer le nom du candidat de la droite nationaliste, Éric Zemmour, qui soutient qu’avec les taux actuels d’immigration, la France est confrontée à un « grand remplacement », Emmanuel Macron a ironisé sur ce qu’il appelle plutôt le « grand rabougrissement ». Un « grand repli » auquel il dit opposer « une France indépendante dans une Europe forte ».

Comme s’il était déjà dans la campagne du second tour contre Marine Le Pen, le président affirme que « le danger extrémiste aujourd’hui est d’autant plus grand que depuis plusieurs années, la haine, les vérités alternatives, se sont banalisées dans le débat public. Nous nous sommes habitués à voir défiler, sur certains plateaux de télévision, des auteurs antisémites, d’autres racistes », a-t-il affirmé avant de conclure « non au politiquement correct, non au politiquement abject ».

Des phrases qui donnent une petite idée de ce que sera la campagne du second tour si Marine Le Pen arrive en seconde place le 10 avril comme l’annoncent tous les sondages.

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