Sombre portrait de Kherson sous occupation russe

Une attaque par les forces ukrainiennes sur la base occupée de Kherson, le 15 mars dernier
Photo: Planet Labs PBC via Agence France-Presse Une attaque par les forces ukrainiennes sur la base occupée de Kherson, le 15 mars dernier

À Kherson, le quotidien est désormais marqué par la pénurie de médicaments et par des soldats fouillant les maisons : les habitants de cette ville du sud de l’Ukraine racontent la vie pénible sous l’occupation russe.

Kherson, qui comptait environ 283 000 habitants avant la guerre lancée le 24 février, se trouve à l’embouchure du Dniepr, non loin de la Crimée annexée. Elle est la seule ville d’importance dont l’armée russe a, à ce jour, revendiqué la prise, le 3 mars.

L’AFP a pu recueillir par téléphone les témoignages de six habitants de Kherson, où aucun média étranger n’est présent. Ceux-ci ont demandé que leur nom de famille ne soit pas publié par crainte de représailles.

Selon ces habitants, les forces russes ont bloqué les livraisons de nourriture et d’aide humanitaire vers Kherson, et les médicaments viennent aussi à manquer. « Un autre mois comme ça, et ils n’auront même pas à nous bombarder. La faim et la maladie vont faire le travail », s’inquiète Kyryllo, un ambulancier.

Tous les résidents interrogés par l’AFP ont aussi dit avoir vu ou avoir entendu parler de visites de soldats russes dans les appartements. « Ils cherchaient des gens dont les noms sont sur des sortes de liste. Ils entrent dans les maisons et sont armés, c’est impossible de leur résister », explique Tetyana, une employée d’université.

Un autre mois comme ça, et ils n’auront même pas à nous bombarder. La faim et la maladie vont faire le travail.

 

Une habitante de la ville voisine de Kakhovka, également sous contrôle russe, a dit que les forces de Moscou « emmenaient des gens », principalement des militants locaux et d’anciens militaires. « Nous ne savons pas où ils les emmènent », souffle-t-elle.

Pharmacies vides

 

Les États-Unis ont assuré la semaine dernière que Kherson était une « ville contestée » et que Kiev avait lancé une offensive pour en reprendre le contrôle. Les habitants assurent, eux, que si des combats se déroulent encore en périphérie de la ville, Kherson est bien sous le contrôle de Moscou.

Kherson n’a toutefois pas connu les destructions massives et le lourd bilan humain des combats subis par d’autres villes ukrainiennes telles que Marioupol au sud-est et Tchernihiv au nord.

Et malgré la présence des forces russes, les habitants ont pu organiser des manifestations de protestation sur la place centrale. « Nous sommes sous occupation, mais nous sommes toujours pour l’Ukraine », résume Maria, une vendeuse de 24 ans.

Les habitants interrogés par l’AFP ont indiqué que leur principale préoccupation depuis l’arrivée des tanks russes était la crise sanitaire qui empire.

L’insuline et d’autres médicaments essentiels ont commencé à manquer dès les premières semaines de l’occupation. « Les étagères des pharmacies sont vides. Il n’y a que de l’eau », témoigne l’ambulancier Kyryllo.

Des bénévoles font le tour des appartements pour les médicaments, tandis que les ambulances ne sont appelées qu’en cas d’extrême urgence, car « il n’y a pas d’essence », ajoute-t-il.

Les réserves de nourriture, elles aussi, sont au plus bas. Si l’on trouve toujours de la viande et des légumes, les prix ont doublé, et les pâtes et l’orge se font rares. « Ils ne laissent pas l’aide humanitaire arriver. Depuis un mois, il n’y a pas eu de livraison de nourriture », accuse Aliona, qui travaille dans la communication.

Maria, qui habite à Kakhovka, en amont du fleuve Dniepr, dit ne plus pouvoir se rendre à son travail dans un magasin de meubles dans une ville à proximité. La route passe par un point de contrôle de l’armée russe.

« Ils fouillent tout. Ils regardent ton téléphone, tes messages privés, il faut supprimer tout », témoigne-t-elle. Dès lors, les habitants ne voyagent qu’en cas « d’absolue nécessité ».

Selon elle, Kherson n’était pas prête à l’attaque russe venue de la Crimée voisine. Les forces de Moscou ont immédiatement pris le contrôle de la centrale hydroélectrique, située à Kakhovka.

Maria, elle, est encore sous le choc d’une attaque d’une telle ampleur de la part d’un pays où vit son père. « Mon père est en Russie et me dit que tout est faux », se lamente-t-elle. Elle a arrêté de l’appeler.

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