Que retenir du 36e jour de guerre en Ukraine?

Les forces russes ont quitté jeudi Tchernobyl.
Photo: ©2022 Maxar Technologies / Agence France-Presse Les forces russes ont quitté jeudi Tchernobyl.

Le Pentagone table désormais sur un conflit « prolongé »

Le recentrage de l’effort de guerre russe sur le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, laisse présager un conflit « prolongé » qui pourrait durer des mois, a affirmé jeudi un haut responsable du Pentagone.

Les forces russes ont quitté Tchernobyl et « abandonné » leurs positions à proximité de Kiev jeudi. « Ce que nous continuons à penser, c’est que ces forces seront rééquipées et renvoyées en Ukraine […] pour continuer le combat conformément à ce que nous pensons être leur objectif, c’est-à-dire, globalement, l’est » du pays, notamment les régions séparatistes de Louhansk et de Donetsk, a déclaré à la presse ce responsable, qui a requis l’anonymat.

« Mais ce n’est pas parce qu’elles lui donnent la priorité, qu’elles y renforcent leurs effectifs et qu’elles y mettent plus d’énergie que ce sera facile pour eux. »

Berlin et Paris se « préparent » à un arrêt des livraisons de gaz

L’Allemagne et la France se « préparent » à un éventuel arrêt des importations de gaz russe, ont indiqué jeudi les gouvernements des deux pays, qui ont également réitéré leur opposition à tout paiement en roubles des livraisons.

Contrairement à ce qu’avait déclaré son porte-parole la veille, Vladimir Poutine a exigé jeudi que les paiements internationaux soient réglés dans la monnaie russe, sans quoi il mettrait un frein aux exportations de gaz « dès demain ».

« Il peut y avoir une situation dans laquelle demain […], il n’y aura plus de gaz russe », et « c’est à nous de préparer ces scénarios-là, et nous les préparons », a déclaré à Berlin le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse tenue avec son homologue allemand, Robert Habeck.

Washington puise dans ses réserves

 

Joe Biden a ordonné à son gouvernement de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole américaines afin de soulager le marché sous haute tension, une initiative sans précédent. Un million de barils seront ainsi distribués chaque jour durant six mois.

La perspective de ce déversement record d’or noir américain faisait déjà baisser les cours du pétrole jeudi, à Londres comme à New York.

Enfouies dans d’immenses cavernes de sel le long de la côte du golfe du Mexique, ces réserves comptent actuellement 568 millions de barils.

Toujours dans l’idée de renforcer l’indépendance énergétique du pays, le président a invoqué le Defense Production Act — un texte hérité de la guerre froide qui lui permet de prendre des décisions économiques par décret — pour encourager le développement des énergies vertes.

Une récolte de céréales divisée par deux

 

L’invasion russe risque de diviser par deux la récolte de céréales en Ukraine, cruciale pour l’alimentation de plusieurs pays du monde, a indiqué jeudi le ministre ukrainien de l’Agriculture. Si l’Ukraine a récolté l’année dernière 106 millions de tonnes de céréales, un record absolu, cette année le chiffre sera « de 25 % à 50 % » inférieur, prédit le ministre Mykola Solsky. « Et encore, c’est un pronostic optimiste. »

Car l’invasion russe a bouleversé l’industrie agricole de l’Ukraine, au moment où le pays était le quatrième exportateur mondial de maïs, et en passe de devenir le troisième exportateur de blé. Une partie des régions productrices, notamment dans le sud, sont en proie aux hostilités et inaccessibles. Autre problème : nombre d’agriculteurs ont « rejoint l’armée ou la défense territoriale », ce qui crée une pénurie de main-d’œuvre.

Sur le terrain

 

Au 36e jour du conflit russo-ukrainien, les bombardements se sont poursuivis notamment à Kharkiv, dans le nord du pays, et à Marioupol, dans le sud. Les forces russes continuent de tenir leurs positions à l’est et à l’ouest de Kiev « malgré le retrait d’un nombre limité de troupes », a écrit le ministère britannique de la Défense sur Twitter.

Elles « maintiennent leurs positions » et continuent de se défendre face à des contre-attaques ukrainiennes qualifiées de « limitées » par l’Institute for the Study of War.

De nombreux bombardements ont eu lieu durant la première partie de la nuit à Kharkiv, une grande ville située proche de la frontière russe. L’armée de Moscou « ne vise aucun objectif militaire, [jeudi] soir, ce n’étaient que des bombardements d’artillerie de toutes sortes sur des zones résidentielles », a raconté une source de la 92e brigade, l’une des unités qui défendent la ville.

L’armée russe a de nouveau bombardé dans la nuit la région de Donetsk, dans le Donbass, parfois avec des bombes au phosphore, a dénoncé le chef de l’administration militaire du secteur, Pavel Kyrylenko. Deux enfants sont morts à la suite de frappes dans la région voisine de Louhansk, selon les services d’urgence.

La Russie « essaie de regrouper [ses forces] et de renforcer son offensive sur la région du Donbass, et, en même temps, elle maintient la pression sur Kiev et d’autres villes », a expliqué pour sa part jeudi le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

Avec l’Agence France-Presse

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