Meurtris par les bombes, les Ukrainiens reprennent du terrain

Des militaires ukrainiens se tiennent à un point de contrôle à Kiev, mardi, pendant que les Russes renforcent leurs positions autour de la capitale.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse Des militaires ukrainiens se tiennent à un point de contrôle à Kiev, mardi, pendant que les Russes renforcent leurs positions autour de la capitale.

Devant l’impasse sur plusieurs plans, y compris celui de la diplomatie, l’Ukraine passe à l’offensive. Les forces ukrainiennes sont parvenues à reconquérir certains pans de territoire perdus aux mains des Russes, selon le renseignement américain.

Le Pentagone a assuré mardi que l’armée ukrainienne menait des contre-offensives qui lui permettaient de reprendre du terrain. « Nous voyons indéniablement des faits anecdotiques qui prouvent que non seulement les Ukrainiens se défendent bien […], mais aussi qu’ils font des efforts pour reprendre le territoire que les Russes ont gagné ces derniers jours », a confirmé un haut gradé américain en point de presse.

Il a noté que « pour la première fois » depuis le début de la guerre, la capacité de combat dont dispose encore l’armée russe déployée en Ukraine est passée sous la barre des 90 %. « Certains de ses soldats souffrent d’engelures parce qu’il manque d’équipements appropriés contre le froid, a décrit ce responsable sous le couvert de l’anonymat, pour des raisons de sécurité. Les forces ont aussi des problèmes d’approvisionnement en nourriture, en carburant et même en équipements personnels. »

Les militaires ukrainiens « sont désormais, dans certaines situations, à l’offensive », a par ailleurs attesté le porte-parole de la Défense américaine, John Kirby, sur CNN. « Nous savons qu’ils ont mené des contre-attaques […], notamment ces derniers jours à Mykolaïv », ville clé du sud de l’Ukraine. « Nous avons vu [ces gains territoriaux] augmenter ces derniers jours » au profit de l’Ukraine, a-t-il ajouté.

L’armée ukrainienne a également lancé une contre-attaque à Izium, une petite ville au sud-est de Kharkiv, que les forces russes avaient prise pour tenter de faire jonction avec les zones prorusses de Louhansk et Donetsk.

Des sources du renseignement américain, citées par le quotidien américain The New York Times, estimaient la semaine dernière que plus de 7000 Russes ont été tués depuis le début de la guerre.

Par ailleurs, l’état-major ukrainien a affirmé mardi que près de 300 soldats russes avaient fait défection dans la région de Soumy, dans le nord-est du pays.

« Enfer glacial »

Ces gains militaires ont été acquis alors que les tirs d’artillerie se poursuivent sur nombre de villes ukrainiennes : Kiev, Kharkiv, Marioupol, Odessa, Mykolaïv, Tchernihiv, etc.

Dans le sud, la municipalité assiégée de Marioupol a indiqué que la ville avait été bombardée mardi par deux « bombes superpuissantes », sans pouvoir donner de bilan. « Les occupants ne s’intéressent pas à la ville, […] ils veulent la raser », a déclaré la mairie.

Les habitants ayant fui cette catastrophe ont décrit à l’ONG Human Rights Watch « un enfer glacial, avec des rues jonchées de cadavres et de décombres d’immeubles détruits », et « des milliers de personnes coupées du monde », terrées dans des sous-sols, sans eau, sans nourriture, sans électricité, sans communications. Plus de 200 000 personnes sont toujours dans Marioupol, selon Petro Andryushchenko, adjoint du maire cité par Human Rights Watch. D’après lui, plus de 3000 civils y ont péri, mais le bilan exact reste inconnu.

À l’est, dans le Donbass, au moins 124 civils ont été tués dans la région de Louhansk depuis le début de l’invasion, a indiqué l’administration régionale sur Facebook. Le ministère russe de la Défense a fait état mardi de la prise d’une dizaine de villages de la région par les séparatistes prorusses.

7000
C’est le nombre de Russes qui auraient été tués depuis le début de la guerre, selon des sources du renseignement américain, citées par le New York Times.

À Kiev, soumise à un nouveau couvre-feu jusqu’à mercredi, sirènes de bombardements et détonations dans le lointain ont résonné à intervalles réguliers toute la journée. Au moins une personne a péri mardi dans une attaque contre un immeuble de l’Académie nationale des sciences, dans le nord-ouest de la ville, a constaté l’AFP. Sur place, un officier du renseignement militaire ukrainien a annoncé trois victimes, tuées par des drones « kamikazes » russes.

Dans l’ouest, le nord et l’est de la capitale, pas un carrefour n’est dépourvu d’une muraille de sacs de sable ou d’obstacles antichars. Tranchées et postes de combat ont été aménagés au hasard du moindre axe de tir potentiel, au pied des tours d’immeubles ou sur des terrains vagues.

Les bombardements étaient particulièrement intenses mardi en périphérie de Kiev. Des combats étaient en cours à Irpin et à Gostomel, selon le gouverneur de la région, Oleksandr Pavlyuk. Les forces russes tentent depuis le début de leur offensive d’encercler la capitale, sans succès. « Dans le pire des cas, nous mourrons, mais jamais nous ne nous rendrons », s’est exclamé mardi le maire de Kiev, Vitali Klitschko, en visioconférence devant le Conseil de l’Europe.

Impasses diplomatiques

 

Pour la première fois depuis le début de la guerre, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est dit prêt mardi à discuter d’un « compromis » à propos de la Crimée et du Donbass — deux régions revendiquées par Moscou.

Dans une entrevue avec plusieurs médias, M. Zelensky a toutefois indiqué qu’un tel accord devrait être ratifié par les Ukrainiens par référendum. « La question de la Crimée et du Donbass est une histoire très difficile pour tout le monde », a affirmé M. Zelensky, qui a dit vouloir parler directement à son homologue russe. Il faut « des garanties de sécurité » et la fin des hostilités, et « une fois que ce blocage sera levé, parlons », a-t-il souligné.

Mais, mardi matin, le Kremlin a jugé que les pourparlers en cours n’étaient pas assez « substantiels ». Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a refusé de dire sur quoi les délégations russe et ukrainienne travaillaient, « car actuellement, rendre [ces sujets] publics ne peut que gêner le processus de négociation, qui se déroule déjà de manière plus lente et moins substantielle que nous le voudrions ».

« L’arrêt de la guerre, maintenant, c’est ça la question », selon M. Zelensky.

Par ailleurs, le président français, Emmanuel Macron, s’est entretenu une nouvelle fois mardi avec Vladimir Poutine, sans que se dégage un accord pour le cessez-le-feu réclamé par les Occidentaux. Après ce huitième échange téléphonique avec le dirigeant russe depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février, « il n’y a pour l’heure pas d’accord, mais le président [Macron] reste convaincu de la nécessité de poursuivre ses efforts », a expliqué l’Élysée. Emmanuel Macron a aussi de nouveau appelé mardi son homologue ukrainien pour l’assurer de son soutien. Le président Zelensky offrira un discours par vidéo mercredi aux élus français afin de leur demander leur appui. Il a fait de même ces derniers jours devant les élus italiens, américains, canadiens, britanniques, allemands et israéliens.

La fin de semaine prochaine sera marquée par une intense activité diplomatique. Le président américain, Joe Biden, participera jeudi à Bruxelles à un sommet extraordinaire de l’OTAN, à une réunion du G7 et à un sommet de l’Union européenne, avant de séjourner vendredi et samedi en Pologne, principal pays d’arrivée des réfugiés ukrainiens.

Près de 3,5 millions de personnes, essentiellement des femmes et des enfants, ont fui l’Ukraine depuis le 24 février, selon les Nations unies.

Avec l’Agence France-Presse



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