La journaliste russe qui a protesté contre la guerre en Ukraine condamnée à payer une amende

La journaliste russe Marina Ovsiannikova, qui a fait irruption au journal télévisé lundi soir pour dénoncer l’invasion de l’Ukraine, est condamnée à une amende de 30 000 roubles (environ 350 dollars). Elle a été reconnue coupable mardi d’avoir commis une « infraction administrative », rapporte une journaliste de l’Agence France-Presse présente à l’audience.

Une photo de Marina Ovsiannikova au tribunal, aux côtés de son avocat, circulait ce mardi matin sur les réseaux sociaux. La journaliste aurait été auparavant introuvable, « emprisonnée depuis plus de douze heures » selon l’un de ses avocats, Pavel Chikov.

Même si Mme Ovsiannikova a été remise en liberté, elle risque encore de lourdes poursuites. La manifestante pourrait être passible de 15 ans de prison, en vertu de la nouvelle loi du Kremlin interdisant de qualifier l’action militaire de la Russie en Ukraine d’« invasion » ou de publier des « informations mensongères » sur le conflit.

Lundi, l’employée de la principale chaîne nationale russe Pervi Kanal a surgi en plein direct, brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Non à la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ils vous mentent ici. »

Son passage au journal télévisé, le plus regardé en Russie, n’a duré que quelques secondes. Scandant « Non à la guerre ! Arrêtez la guerre ! », Marina Ovsiannikova a rapidement été coupée par le lancement hâtif d’un reportage, avant d’être arrêtée par la police.

Qualifiant l’acte de « hooliganisme », le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait indiqué mardi matin que « la chaîne et ceux qui doivent s’en occuper, s’en occupent ».

« N’ayez peur de rien »

Dans une vidéo préenregistrée, celle qui est la fille d’un père Ukrainien et d’une mère Russe, a expliqué qu’elle ne supporte plus la diffusion de « mensonges » qui « zombifient » les Russes. Elle a ensuite partagé sa « honte » d’avoir participé à la « propagande du Kremlin ».

La journaliste a également appelé le peuple à protester contre la guerre, affirmant que lui seul pouvait « arrêter cette folie ». « N’ayez peur de rien, ils ne peuvent pas tous nous emprisonner », a-t-elle déclaré.

Mme Ovsiannikova a travaillé pendant plusieurs années comme éditrice pour la chaîne d’État. Son travail consistait à traduire en russe les discours étrangers, explique la journaliste russe Farida Rustamova, qui a pu s’entretenir avec une connaissance de Marina Ovsiannikova.

Brèves mais marquantes, car rarissimes dans un pays où l’information est strictement contrôlée, ces quelques secondes de protestation ont rapidement fait le tour du monde.

Sur sa page Facebook, Mme Ovsiannikova a reçu des milliers de messages de soutien en anglais, français, allemand et russe, la remerciant pour son acte « héroïque » et son « courage ».

Mardi matin, le président français Emmanuel Macron a annoncé être prêt à lui offrir la protection consulaire à son ambassade à Moscou, une mesure qui nécessiterait l’accord de la Russie.

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