Offensive russe dans l’ouest de l'Ukraine

Des résidents de Lviv se sont réunis à l’église des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul de Lviv, dimanche, dans les heures suivant une frappe aérienne qui a touché une base militaire de la ville ukrainienne.
Photo: Yuriy Dyachyshyn Agence France-Presse Des résidents de Lviv se sont réunis à l’église des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul de Lviv, dimanche, dans les heures suivant une frappe aérienne qui a touché une base militaire de la ville ukrainienne.

Signe que l’ouest du pays est de moins en moins épargné, une base militaire ukrainienne à proximité de la Pologne a été bombardée dimanche par l’armée russe tandis que les assauts se sont poursuivis sur plusieurs villes. Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, les négociations ont malgré tout pris un ton plus optimiste, un négociateur russe faisant notamment état de « progrès significatifs ». Mais il ne faut pas penser que cela signifie que la fin du conflit approche, croit un expert.

Des frappes menées depuis les mers Noire et d’Azov ont fait 35 morts et 134 blessés à la base militaire de Yavoriv. Celle-ci est dangereusement proche de la Pologne, pays membre de l’OTAN, et à une quarantaine de kilomètres de Lviv, point de ralliement d’un bon nombre de déplacés ukrainiens.

Selon les autorités, la base rassemble des volontaires qui arrivent de l’étranger pour combattre en Ukraine et reçoit une partie de l’aide militaire livrée par les pays occidentaux. Les pays d’origine des victimes n’ont pas été dévoilés. « C’est maintenant la troisième installation militaire ou aérodrome que les Russes frappent en Ukraine occidentale ces deux derniers jours, a déclaré sur ABC le porte-parole du Pentagone, John Kirby. Donc clairement, au moins du point de vue des frappes aériennes, ils élargissent leurs cibles. »

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a de nouveau exhorté l’OTAN à instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de son pays, prévenant qu’à défaut l’organisation risquait de voir des « roquettes russes » tomber sur ses États membres. « Si vous ne verrouillez pas notre ciel, ce n’est qu’une question de temps avant que les roquettes russes tombent sur votre territoire, sur le territoire de l’OTAN, sur les maisons des citoyens de l’OTAN », a-t-il déclaré dans une allocution vidéo diffusée dimanche, peu après minuit.

Pourparlers

Si les combats se poursuivent, les deux parties notent des progrès dans les pourparlers qui ont cours périodiquement depuis le début de l’invasion. De nouvelles discussions sont prévues lundi.

« Si nous comparons la position des deux délégations entre le début des négociations et maintenant, alors nous constatons des progrès significatifs », a déclaré dimanche Leonid Sloutski, un député faisant partie de la délégation russe.

« Mon attente personnelle est que ces progrès aboutissent très prochainement à une position commune entre les deux délégations et à des documents à signer », a-t-il ajouté, cité par les agences de presse russes.

Moscou a cessé de lancer « des ultimatums » à Kiev et a commencé à « écouter attentivement nos propositions », a de son côté écrit sur Twitter Mykhailo Podolya, l’un des conseillers du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

« Nos propositions sont sur la table et elles sont très fermes, a-t-il déclaré dans une vidéo mise en ligne sur le réseau social. Tout d’abord, elles concernent le retrait des troupes et le cessez-le-feu. En principe, nous ne renoncerons à aucune de nos positions. La Russie le comprend déjà. La Russie commence à discuter de manière constructive ». Il s’attend à des résultats dans « quelques jours ».

Peu de détails ont toutefois filtré. Ce ton optimiste est accueilli avec scepticisme par Dominique Arel, professeur et titulaire de la Chaire en études ukrainiennes à l’Université d’Ottawa. « Il faut vivre d’espoir, mais il faut rester réaliste. C’est très bien qu’il y ait ce canal de négociation, cela dit la délégation russe est menée par un représentant qui n’a aucun prestige dans l’entourage de Poutine », dit-il.

« Si ça mène à des progrès concrets sur des questions humanitaires ou des cessez-le-feu, même temporaires, c’est déjà un gain. Il ne faut pas s’attendre à ce que, dans deux ou trois jours, un accord de paix survienne et que la Russie se retire de l’Ukraine pour rentrer chez elle », ajoute-t-il. Selon lui, il n’y a pas d’indication que la position de Poutine ait changé, et le clivage reste profond sur les questions de fond.

L’étau se resserre sur Kiev

Kiev, dont seules les routes vers le sud restent dégagées, est de son côté de plus en plus cernée par les soldats russes, qui ont détruit samedi l’aéroport avoisinant de Vassylkiv, selon les Ukrainiens. L’armée russe est toutefois enlisée au nord, note Richard Giguère, brigadier général à la retraite et expert en résidence à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval.

« Avec le printemps qui arrive, les véhicules lourds russes vont avoir énormément de difficultés à se déplacer, dit-il. Le convoi de 60 kilomètres proche de Kiev s’est dispersé et il est beaucoup plus difficile à ravitailler pour les Russes. » Il a de gros doutes sur la capacité de la Russie à garder une mainmise sur Kiev advenant une capture de la capitale.

Au sud du pays, à Marioupol, ville stratégique située entre la Crimée et le Donbass, les habitants sont encore asphyxiés par les Russes. Ils manquent toujours de vivres, d’eau, de gaz, d’électricité et de communications. Plus de 2100 habitants y ont été tués, et le Comité international de la Croix-Rouge a mis en garde contre « un scénario du pire ».

Plusieurs tentatives d’acheminer de l’aide humanitaire ont échoué : un nouveau convoi accompagné par des prêtres orthodoxes avec 100 tonnes d’eau, de nourriture et de médicaments a fait demi-tour dimanche après-midi.

La métropole d’Odessa continue de son côté à se préparer à une offensive des troupes russes, qui se concentrent pour l’heure à une centaine de kilomètres à l’est sur Mykolaïv. Au moins 11 personnes ont été tuées dimanche dans des frappes russes sur cette ville portuaire, selon les autorités ukrainiennes.

Par ailleurs, le maire de Dnipro, dans le sud, a été enlevé dimanche par des soldats russes deux jours après le kidnapping d’un autre maire, selon le gouverneur de la région de Zaporijjia.

À Kherson, toujours dans le sud, plusieurs milliers d’Ukrainiens ont manifesté contre l’occupation de leur ville par l’armée russe, selon des médias locaux.

Avec l’Agence France-Presse

Des manifestations réprimées en Russie

​Plus de 800 personnes qui manifestaient dimanche contre l’opération militaire russe en Ukraine ont été interpellées dans 37 villes de Russie, selon l’ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations. Des journalistes de l’AFP ont vu plusieurs manifestants être arrêtés brutalement à Moscou et à Saint-Pétersbourg, la deuxième ville du pays. Dans la capitale, quelques dizaines de personnes avaient bravé l’interdiction de manifester en se rassemblant sur la place du Manège, près du Kremlin. Plusieurs policiers avaient tracé la lettre Z sur leurs casques, signe de reconnaissance exprimant un soutien aux soldats russes déployés en Ukraine. En début de soirée, le ministère de l’Intérieur a indiqué que près de 300 personnes avaient été interpellées dans la capitale pour « différentes violations de l’ordre public », précisant que des poursuites judiciaires étaient envisagées contre elles. Elles s’exposent à des amendes, voire à de longues peines d’emprisonnement. En tout, depuis le 24 février, au moins 14 700 personnes ont été interpellées en Russie lors de manifestations contre le conflit, selon OVD-Info.

Agence France-Presse

 

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