Pourparlers en vue sur fond de tension nucléaire

L’Union européenne a débloqué 450 millions d’euros pour acheter des armes destinées aux forces armées ukrainiennes, y compris des avions de combat.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse L’Union européenne a débloqué 450 millions d’euros pour acheter des armes destinées aux forces armées ukrainiennes, y compris des avions de combat.

Les tensions sont montées d’un cran dimanche autour de l’invasion russe en Ukraine. Vladimir Poutine a déclaré l’état d’alerte des forces nucléaires au moment où des pourparlers entre les deux pays se sont confirmés. Cela a entraîné une série de réactions rapides du côté de l’Union européenne, qui fournira des avions de combat aux forces ukrainiennes.

Dans une réunion filmée dimanche avec son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, Vladimir Poutine a ordonné de « mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte ». Ces forces sont un ensemble d’unités dont le but est de décourager une attaque contre la Russie, « y compris en cas de guerre impliquant l’utilisation d’armes nucléaires », selon le ministère de la Défense.

Le président russe a justifié sa décision en invoquant « les déclarations belliqueuses de l’OTAN » et les sanctions « illégitimes » imposées à la Russie.

Les réactions de l’autre camp n’ont pas tardé. Les États-Unis ont aussitôt dénoncé une escalade « inacceptable », accusant Vladimir Poutine de « fabriquer des menaces qui n’existent pas afin de justifier la poursuite d’une agression ». Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a de son côté dénoncé une attitude « irresponsable » de Moscou.

Dans une décision historique, sans précédent, l’Union européenne a également débloqué 450 millions d’euros pour acheter des armes destinées aux forces armées ukrainiennes, y compris des avions de combat. La Pologne a accepté de réceptionner cette aide militaire pour l’acheminer ensuite.

Les ministres européens des Affaires étrangères se sont de plus entendus pour bloquer les transactions de la Banque centrale russe. La pétrolière britannique BP a de son côté annoncé sa sortie du capital du géant russe Rosneft, dont elle détient une participation de 19,75 %. L’Union européenne et d’autres pays ont finalement annoncé la fermeture de leur espace aérien aux avions russes.

Gesticulation nucléaire

Vladimir Poutine a « fait monter les enchères de façon dramatique », et trouver un chemin vers la désescalade est crucial, estime Michel Fortmann, professeur de science politique à l’Université de Montréal et spécialiste des questions nucléaires. « Ce sont les prochains jours qui vont nous dire dans quelle direction ça s’en va, souligne-t-il. Cela va bien au-delà de l’Ukraine. C’est une menace contre l’OTAN et les pays qui aident l’Ukraine. »

La Russie possède un arsenal qui contient entre 5000 et 6000 armes nucléaires, et un peu plus de 1500 sont déjà prêtes à être utilisées, précise-t-il. « Le contrôle de l’arme nucléaire en Russie est entre les mains du président, glisse l’expert, qui s’inquiète de la stabilité mentale du dirigeant et de sa capacité à prendre des décisions rationnelles. Il n’y a pas d’autorités autour de lui pour lui dire qu’il ne peut pas faire ça. »

Mais, pour l’instant, la mise en alerte de Vladimir Poutine s’apparente à de la « gesticulation nucléaire » et ne signifie pas que l’arsenal sera bel et bien utilisé, dit Michel Fortmann. « Il essaie de faire peur, mentionne-t-il. Il fait monter les enchères et les enjeux. Quand on est en position de faiblesse, c’est une façon de repousser l’adversaire, comme au poker. »

Il faudra rester attentif aux mouvements dans les prochains jours, et la Biélorussie a tenu un référendum dimanche au résultat favorable pour modifier sa constitution et permettre, notamment, le déploiement d’armes nucléaires sur le sol biélorusse.

« Si on passe au niveau des actes et qu’il y a un déploiement d’armes tactiques sur le terrain, on revient à un point de référence qui serait la crise d’octobre 1962, où on était à un cheveu d’une confrontation nucléaire », rappelle Michel Fortmann.

Le contrôle de l’arme nucléaire en Russie est entre les mains du président. Il n’y a pas d’autorités autour de lui pour lui dire qu’il ne peut pas faire ça.

Pourparlers à venir

Cette escalade est survenue au moment où l’Ukraine avait accepté des pourparlers avec la Russie, ce qui laissait entrevoir une lueur d’espoir. « Je ne crois pas trop à un résultat », mais « il faut qu’on essaie », avait malgré tout déclaré le président Volodymyr Zelensky dans une vidéo, dimanche. Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a de son côté averti que son pays ne « capitulera pas ».

Ces pourparlers étaient encore hypothétiques au moment où ces lignes étaient écrites, et la voie de la négociation semble maintenant être passée au second plan. « Il ne faut s’attendre à rien des négociations », tranche Dominique Arel, professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire en études ukrainiennes. Un cessez-le-feu paraît très hypothétique pour l’instant, ajoute-t-il.

« Il faut s’attendre au pire, même si les développements contiennent beaucoup de positif, pense l’expert. La Russie pourrait bombarder massivement les villes, à commencer par Kiev. L’intensité pourrait augmenter considérablement. » Le ministère ukrainien de la Santé a annoncé que 352 civils sont morts depuis le début de l’invasion et les pertes humaines pourraient grimper considérablement, pense Dominique Arel.

Selon l’état-major ukrainien, l’armée russe n’avait pas encore atteint dimanche son objectif de verrouiller Kiev. Celle-ci a recours à du sabotage avec des groupes de reconnaissance qui détruisent l’infrastructure civile. De son côté, le ministère russe de la Défense a affirmé dimanche avoir encerclé deux grandes villes du Sud, Kherson et Berdiansk.

Près de 400 000 réfugiés ont fui les combats en Ukraine depuis le déclenchement de l’invasion russe jeudi, dont plus de la moitié sont entrés en Pologne. Leur nombre « continue à augmenter », selon les Nations unies et les autorités polonaises.

Selon une estimation de l’ONU, l’Union européenne doit se préparer à une crise humanitaire « de proportions historiques » en Ukraine, qui pourrait aboutir à « plus de 7 millions » de personnes déplacées à l’intérieur du pays si l’offensive russe se poursuit.

La France portera lundi devant le Conseil de sécurité de l’ONU une résolution sur l’aide humanitaire à l’Ukraine.

Avec l’Agence France-Presse

400 000

C'est le nombre de réfugiés ont fui les combats en Ukraine depuis le déclenchement de l’invasion russe jeudi, dont plus de la moitié sont entrés en Pologne. Leur nombre « continue à augmenter », selon les Nations unies et les autorités polonaises.



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