Comprendre l’invasion de l’Ukraine par la Russie en cinq questions

Détonations et sirènes se sont mises à retentir quelques minutes après le discours de Vladimir Poutine, non loin de la capitale ukrainienne.
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Détonations et sirènes se sont mises à retentir quelques minutes après le discours de Vladimir Poutine, non loin de la capitale ukrainienne.

Que se passe-t-il en Ukraine, que désire Poutine avec cette guerre, comment l’Ukraine réagit-elle : le conflit comporte bien des facettes. Voici les réponses à cinq questions afin de comprendre l’essentiel de la guerre récemment déclenchée en Ukraine.

1. Qu’est-ce qui se passe en Ukraine ?

À 5 h 30 du matin, heure de Moscou (21 h 30 au Québec), le président de la fédération de Russie, Vladimir Poutine, a tenu un discours à la télévision. Il a annoncé avoir pris la décision de lancer « une opération militaire spéciale » pour « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine, brandissant de fausses accusations de « génocide » par le gouvernement de Kiev pour justifier son invasion.

Détonations et sirènes se sont mises à retentir quelques minutes après, non loin de la capitale ukrainienne. Les premières attaques ont visé les ports stratégiques de Marioupol et d’Odessa dans le sud du pays, la ville de Kramatorsk dans l’est, la ville de Kharkiv dans le nord, ainsi que la capitale, Kiev, relate l’Agence France-Presse moins de dix heures après l’annonce de Vladimir Poutine. Les autorités russes affirment pour leur part que leurs attaques visaient les sites militaires ukrainiens et avancent que ceux-ci sont désormais hors d’état de nuire. Au total, 74 installations militaires auraient été détruites, dont 11 aérodromes, assure la Russie. Cette information n’a pour le moment pas été vérifiée de manière indépendante.

En matinée, les autorités ukrainiennes faisaient état d’un premier bilan d’une cinquantaine de morts, dont une dizaine de civils. Un porte-parole de la défense civile a indiqué que les opérations d’évacuation étaient entravées par des tirs d’artillerie nourris et des communications défaillantes.
 


Tandis que l’armée ukrainienne indique avoir tué « environ 50 occupants russes », le porte-parole du ministère russe de la Défense affirme que ses troupes gagnent du terrain dans l’est du pays. « L’ampleur de l’attaque est vraiment difficile à concevoir », indique au Devoir Stephen Norris, qui dirige le Havighurst Center for Russian and Post-Soviet Studies de l’Université de Miami.

Vladimir Poutine a profité de son discours, long de 56 minutes, pour mettre en garde ceux qui souhaiteraient attaquer la Russie, rappelant que son pays est l’une des plus grandes puissances nucléaires. « À cet égard, personne ne doit ignorer qu’une attaque directe contre la Russie entraînera la destruction et des conséquences désastreuses pour les agresseurs potentiels », a indiqué le président russe.

Quelques heures avant le discours, de nombreuses cyberattaques avaient déjà commencé à mettre hors ligne les sites Internet des principaux ministères ukrainiens.

2. Comment l’Ukraine a-t-elle réagi ?

« Pas de panique, nous sommes prêts pour tout, nous allons vaincre », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans un message vidéo sur Facebook dédié à ses concitoyens, peu de temps après le discours de Vladimir Poutine en matinée jeudi.

Le président, en poste depuis 2019, a aussi indiqué qu’il fallait créer une « coalition anti-Poutine » afin de forcer la paix avec la Russie. Un autre message sur son profil indique que « seule la paix nous aidera à vaincre l’ennemi. »

D’ici là, l’Ukraine a commencé à évacuer ses civils. Le ministre polonais de l’Intérieur a par ailleurs annoncé ouvrir incessamment neuf premiers « centres d’accueil » pour les réfugiés ukrainiens. Cela constitue toutefois une solution à court terme. L’ambassadeur canadien auprès des Nations unies, Bob Rae, indiquait en direct à la radio ce matin que la Pologne n’était toutefois pas particulièrement bien équipée pour accueillir une telle quantité de gens.

L’Union européenne (UE) s’est aussi dite prête à accueillir les réfugiés, bien que certains pays membres n’aient pas confirmé offrir ce soutien pour le moment.

L’état-major de l’armée ukrainienne a en parallèle indiqué avoir abattu cinq avions et un hélicoptère de l’agresseur en matinée jeudi. Il s’agit d’une infirme portion de l’artillerie russe, qui est massivement plus imposante que celle d’Ukraine.

Quelques heures plus tôt, Volodymyr Zelensky tenait un discours plein d’émotion en russe, exhortant la société civile en Russie à faire pression sur ses dirigeants afin de prévenir la guerre.

3. Comment la Russie en est-elle arrivée à envahir l’Ukraine ?

Afin de comprendre comment la Russie en est arrivée à envahir l’Ukraine, il faut remonter près de 14 ans en arrière. Voici une vidéo qui résume l’escalade des conflits en moins de trois minutes.

4. Quelle est la volonté de Poutine avec cette invasion ?

Bien que l’Ukraine soit un territoire indépendant depuis 1991, année de la chute de L’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), il semblerait que le président russe souhaite réunifier les deux pays.

Le 12 juillet 2021, Vladimir Poutine a publié un long essai « sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » où il indiquait que ces deux peuples n’en étaient en fait qu’un seul. Il a aussi suggéré que l’Occident avait corrompu l’Ukraine et forcé le pays à changer d’identité.

Ce même discours a été présenté à la nation lundi alors que le président russe a reconnu l’indépendance de Donetsk et de Louhansk, deux républiques populaires séparatistes prorusses d’Ukraine. Ces deux régions situées à l’est du pays ont proclamé leur indépendance à l’issue de référendums, mais la communauté internationale ne les reconnaît pas.

Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Jens Stoltenberg, condamne d’ailleurs cette décision de la Russie. « [Cela] met un peu plus en péril la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, sape les efforts déployés pour tenter de régler le conflit, et viole les accords de Minsk, desquelsla Russie fait partie. »

Lors de son discours, jeudi matin, le président russe a assuré ne pas vouloir « l’occupation » de l’Ukraine, mais plutôt sa « démilitarisation ».

« Avec l’ampleur de l’attaque en cours il devient possible d’envisager une guerre longue et une occupation. Les signes sont là déjà », explique Stephen Norris.

5. Quand peut-on s’attendre à une désescalade ?

La durée de ce conflit est impossible à prévoir. Les pressions de divers gouvernements puissants, notamment le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, sont grandes, mais ne freinent pas pour l’instant pas les ardeurs de la Russie.

Certains experts craignent que ce conflit ne soit que la pointe de l’iceberg d’une guerre qui engloberait l’Europe de l’Est. Au vu des visions expansionnistes de Vladimir Poutine, soupçonné de se complaire dans ses illusions, ce scénario est vraisemblable.

Le président français, Emmanuel Macron, a promis jeudi, lors d’une allocution à l’Élysée, que la France et ses alliés décideront de sanctions « sans faiblesse » contre la Russie, à la fois « sur le plan militaire et économique autant que dans le domaine de l’énergie. »

Stephen Norris a pour sa part indiqué que « l’unité occidentale semble ferme et prête à mettre en place des sanctions à un niveau inégalé jusqu’ici, avec une coordination internationale étendue. »

À l’issue d’un Conseil de défense réuni d’urgence, le président français a déclaré : « Les évènements de cette nuit sont un tournant dans l’Histoire de l’Europe et de notre pays. Ils auront des conséquences durables, profondes sur nos vies et sur la géopolitique de notre continent. »

Avec Jean-Louis Bordeleau



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