Devrait-on suivre l’exemple du déconfinement du Danemark?

Depuis déjà deux semaines, le Danemark a décidé que la COVID-19 ne devait plus être considérée « comme une maladie menaçante pour la société », jugeant sa forte couverture vaccinale suffisante face à la moindre sévérité du variant Omicron. Le Québec devrait-il suivre cet exemple ?

« Nous sommes prêts à sortir de l’ombre du coronavirus. Nous disons “au revoir” aux restrictions et “bienvenue” à la vie que nous connaissions auparavant », a déclaré la première ministre danoise, Mette Frederiksen, au moment d’annoncer la levée des restrictions le 1er février.

Malgré un appel du patron de l’Organisation mondiale de la santé à ne pas crier victoire trop vite, le pays a décidé de « vivre avec le virus » coûte que coûte. Ce retour vers « la vie d’avant » se produit malgré des taux records de contaminations et d’hospitalisations. Le pays signale plus de 46 000 nouveaux cas quotidiens en moyenne depuis la semaine dernière, ce qui équivaut à près de 8000 nouveaux cas par million d’habitants.

Son taux d’infection est actuellement plus élevé que celui de tous les autres pays du monde, après les Îles Féroé. On recense même 30 fois plus de cas par million de personnes au Danemark qu’au Canada.

Malgré l’explosion des cas, toutes les restrictions, comme l’obligation du port du masque dans les espaces fermés et dans les transports publics, sont levées depuis le 1er février. De très rares restrictions restent en vigueur à l’entrée dans le pays, mais seulement pour les voyageurs non vaccinés arrivant d’un pays en dehors de l’espace Schengen.

C’est avant tout l’immunité vaccinale — et celle acquise par une infection antérieure — , la faible gravité des hospitalisations et un consensus sociétal qui permet au pays de se départir de ses restrictions. Plus de 81 % de la population du Danemark est adéquatement vaccinée. Au Québec, 81,2 % de la population a reçu deux doses de vaccin, et 85,8 % en a reçu au moins une.

« Nous avons un nombre extrêmement élevé d’adultes vaccinés avec trois doses, c’est notre secret », a expliqué l’épidémiologiste Lone Simonsen, professeure à l’Université de Roskilde, à La Presse canadienne.

Plus de 60 % des Danois ont reçu une dose de rappel, comparativement à 49 % au Québec.

Omicron, le point tournant

Même si les hospitalisations atteignent un niveau sans précédent dans ce pays du nord de l’Europe, les soins intensifs demeurent stables : sur les 1523 patients hospitalisés, 31 sont aux soins intensifs, dont seulement 13 sous respirateurs. Ce sont donc seulement 2 % des patients qui se retrouvent aux soins intensifs, comparativement à 6 % au Québec.

Pour le médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec Gaston de Serres, la contagiosité accrue et la virulence moindre du variant Omicron ont certainement « changé la donne » partout dans le monde. Car si l’efficacité des vaccins contre l’infection a grandement diminué avec l’arrivée du nouveau variant, elle n’a toutefois pas beaucoup varié quant à la protection contre les formes graves de la maladie.

Selon le Conseil national de la santé du Danemark, l’immunité à l’infection par le variant Omicron dans la population a été réduite : elle était d’environ 65 % avec le variant Delta, puis se situe maintenant à environ 46 % avec le nouveau variant.

La protection contre les formes graves de la COVID-19 causées par Omicron resterait toutefois élevée, soit environ 80 %. Il s’agirait des mêmes données pour le Québec, selon le Dr De Serres. « Et c’est encore plus haut avec la troisième dose. »

Or, même si au moins 2 millions de Québécois ont contracté la COVID-19 depuis début décembre, il reste toujours plusieurs personnes vulnérables, avertit le spécialiste de l’INSPQ.

« C’est compliqué de savoir quel niveau d’immunité on a dans la population, mais on est certain qu’il reste pas mal d’individus qui seraient vulnérables à faire une infection. […] Ces gens-là vont nécessairement rencontrer le virus et une proportion d’entre eux va aboutir à l’hôpital », rappelle-t-il.

Adhésion aux mesures

La stratégie danoise a suscité une grande réaction internationale, étant devenu le premier pays de l’Union européenne à lever toutes les restrictions liées à la pandémie. Malgré tout, la levée des restrictions fait l’objet d’un large consensus politique et scientifique, jugeant que la donne épidémique a changé.

«  Une majorité de la population soutient la levée de toutes les restrictions », a affirmé sur Twitter Michael Bang Petersen, professeur de sciences politiques à l’Université d’Aarhus qui conseille le gouvernement danois sur la pandémie.

Après deux ans de pandémie, cette stratégie est soutenue par la majorité du pays. 64 % des Danois ont confiance dans la politique sanitaire du gouvernement, selon un sondage publié lundi par le quotidien Politiken.

Au Québec, l’adhésion aux mesures sanitaires semble perdre un peu de terrain, indique Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.

« Jusqu’à présent, même si on entendait parfois l’inverse, il y a eu une forte adhésion aux mesures sanitaires pendant longtemps. Les dernières données montrent une adhésion encore assez forte, mais j’ai l’impression que ça a bougé. […] On voit plusieurs enquêtes qui semblent montrer une perte d’adhésion assez importante face aux mesures », note-t-elle.

L’infection par Omicron d’une grande proportion de la population québécoise ainsi que les hauts taux de vaccination de la province expliqueraient, entre autres, le changement de vision du virus. « Évidemment, ça change le regard des gens d’avoir eu la maladie. Leur regard est transformé, et surtout ceux qui l’ont eu de façon assez légère », ajoute la professeure.

« Le fait de lever les mesures, évidemment, ça plaît aux gens, mais ça vient avec le fait qu’il permet la transmission du virus et qu’on permet que les gens aboutissent à l’hôpital », avertit le Dr De Serres. L’important, c’est de trouver le juste milieu qui permettra la reprise de différentes facettes de la société tout en contrôlant suffisamment la situation épidémiologique, résume-t-il.

Le Danemark aurait-il dû attendre que toutes les préoccupations soient réglées ? « Peut-être », a écrit Michael Bang Petersen sur Twitter. « Mais attendre n’est pas gratuit. Ça a des coûts en termes d’économie, de bien-être et de droits démocratiques. Équilibrer ces éléments fait explicitement partie de la stratégie danoise. »

Ce n’est pas la première fois que le royaume scandinave fait le pari du retour à la normalité. Le 10 septembre, le Danemark avait levé les restrictions avant de réintroduire le passeport sanitaire début novembre.



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