Le Canada attend avant d’évacuer le personnel de son ambassade en Ukraine

Dimanche soir, la Maison-Blanche a ordonné aux familles des diplomates américains en poste à Kiev de quitter le pays. Le Royaume-Uni a emboîté le pays à Washington et a amorcé l’évacuation de certains membres de son personnel diplomatique et de leur famille.
Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse Dimanche soir, la Maison-Blanche a ordonné aux familles des diplomates américains en poste à Kiev de quitter le pays. Le Royaume-Uni a emboîté le pays à Washington et a amorcé l’évacuation de certains membres de son personnel diplomatique et de leur famille.

Contrairement aux États-Unis et au Royaume-Uni, le Canada n’a pas encore donné officiellement l’ordre d’évacuer le personnel non essentiel de sa mission diplomatique en Ukraine, et ce, alors que les mouvements de troupes se sont accentués lundi sous la menace grandissante d’une invasion de cette ex-république soviétique par la Russie.

Ottawa dit toutefois « suivre la situation de près » afin « d’assurer la sécurité des Canadiens et des familles de diplomates » en Ukraine, a toutefois précisé Justin Trudeau en conférence de presse lundi matin.

Joint par Le Devoir, le ministère des Affaires étrangères du Canada a par ailleurs refusé de confirmer ou d’infirmer l’imminence d’une évacuation des familles de diplomates, comme viennent de le faire Londres et Washington, disant ne pas « discuter des détails opérationnels de [ses] missions à l’étranger pour des raisons de sécurité », a résumé Patricia Skinner, porte-parole du ministère.

Dimanche soir, la Maison-Blanche a ordonné aux familles des diplomates américains en poste à Kiev de quitter le pays « en raison de la menace persistante d’une opération militaire russe » et a déconseillé aux Américains de se rendre en Russie. Une décision suivie lundi par le Royaume-Uni, qui a commencé le rapatriement de « certains membres du personnel » de son ambassade à Kiev et de leur famille, a indiqué le ministère britannique des Affaires étrangères.

Dans la foulée, le premier ministre, Boris Johnson, a averti qu’une invasion de l’Ukraine engagerait la Russie dans un conflit « violent et sanglant » et reviendrait à créer « une nouvelle Tchétchénie », cette république russe du Caucase qui a été le théâtre d’interventions meurtrières de l’armée russe entre 1994 et 1996 et entre 1999 et 2009.

La semaine dernière, Moscou a également vidé son ambassade de Kiev, la diplomatie étant toujours dans l’impasse face à la crise.

L’OTAN renforce sa présence

Lundi, l’OTAN a confirmé qu’elle allait renforcer sa force de « dissuasion » dans la région de la mer Baltique pour faire face à la montée du risque d’attaque de l’Ukraine par la Russie. Le Danemark a envoyé une frégate et déployé des avions de combat F-16 en Lituanie tandis que l’Espagne a ajouté trois navires en mer Noire pour rejoindre les forces navales de l’OTAN déjà présente. La France, pour sa part, s’est dite prête à envoyer des troupes en Roumanie.

Les États-Unis ont placé 8500 militaires en état d’alerte, a indiqué le Pentagone, et étudiaient toujours la possibilité d’un déploiement dans les pays baltes et en Europe orientale pour se préparer à l’approche d’une invasion russe en Ukraine, a indiqué le New York Times.

Au lendemain de la décision américaine d’évacuer le personnel non essentiel de son ambassade, les Européens se sont dits toutefois surpris par cette « dramatisation » des tensions diplomatiques en cours entre la Russie et les Occidentaux sur la question de l’Ukraine et ont appelé à éviter les « réactions alarmistes qui ont […] des conséquences financières », a résumé le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell.

Les tensions russo-américaines en Ukraine ont attisé le climat d’incertitude sur les marchés financiers et fait chuter lundi les principales places boursières européennes, Wall Street ayant vu sa séance se jouer toute la journée nerveusement dans le rouge.

En soirée lundi, le chef de l’État ukrainien, Volodymyr Zelensky, a appelé ses alliés au calme et assuré que la situation était « maîtrisée » dans l’est du pays, où l’armée ukrainienne combat des séparatistes prorusses. Dans l’escalade en cours, le Kremlin accuse l’Ukraine de préparer une offensive dans cette région.

« L’Ukraine ne cédera pas aux provocations, mais, au contraire, elle gardera son calme avec ses partenaires », a-t-il ajouté. Des propos soutenus par le chef du Conseil de sécurité ukrainien, Oleksiï Danilov, qui, lui, a indiqué qu’il n’y avait pas de « raison d’affirmer qu’une attaque de grande envergure » contre l’Ukraine était en préparation, malgré les mouvements de troupes russes.

Moscou a pour sa part dénoncé de l’« hystérie » et a accusé les États-Unis et l’OTAN « d’exacerber les tensions par des annonces et des actions concrètes ».

En soirée lundi, une visioconférence a été organisée par le président américain, Joe Biden, depuis la salle de crise de la Maison-Blanche, avec le président français, Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Olaf Scholz, le premier ministre britannique, Boris Johnson, et des représentants de l’OTAN et de l’Union européenne.

L’Ukraine ne cédera pas aux provocations, mais, au contraire, elle gardera son calme avec ses partenaires

 

Cette réunion « s’inscrit dans le cadre de nos échanges et de notre coordination étroite avec nos alliés et nos partenaires transatlantiques en réponse au renforcement militaire de la Russie à la frontière ukrainienne », a expliqué la Maison-Blanche.

Rappelons que la Russie exige un engagement écrit sur le non-élargissement de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie et demande un retrait des forces et des armements de l’Alliance atlantique des pays d’Europe de l’Est, comme la Roumanie et la Bulgarie. Des demandes qualifiées de « non négociables » par Moscou pour faire tomber la pression en Ukraine, et rejetées en bloc par les Occidentaux.

« Si la diplomatie échoue, nous sommes très avancés dans la préparation des réponses à une éventuelle agression russe, et il s’agira certainement d’une action rapide et déterminée, avec une forte unité, non seulement au sein de l’Union européenne, mais aussi au niveau international », a assuré Josep Borrell.

Le Canada a pour sa part maintenu lundi son avis de risque élevé, diffusé vendredi, pour les voyages en Ukraine et déconseillé les voyages non essentiels dans ce pays, « en raison des agressions actuelles de la Russie et de son déploiement militaire dans le pays et dans les environs ». Il appelle aussi à « éviter tout voyage » en Crimée, annexée en 2014 par Moscou, et dans les régions de Donetsk et de Louhansk, contrôlées par les séparatistes prorusses.

Avec l’Agence France-Presse

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