Macron à la défense des «valeurs européennes»

Emmanuel Macron a présenté mercredi le programme de la présidence française du Parlement européen à Strasbourg.
Photo: Bertrand Guay Agence France-Presse Emmanuel Macron a présenté mercredi le programme de la présidence française du Parlement européen à Strasbourg.

L’espace d’une journée, la campagne présidentielle française s’est transportée dans les murs du parlement européen de Strasbourg. Considéré comme un moment clé précédant l’annonce officielle de sa candidature, ce discours marquant le début de la présidence française de l’Union européenne (UE) a été l’occasion pour Emmanuel Macron de se livrer à une vigoureuse défense de l’Europe. Comme elle a été l’occasion pour ses adversaires d’étriller le futur candidat devant les députés des 27 pays membres souvent médusés de la virulence de ce débat franco-français.

Avec la grandiloquence dont il a l’habitude, Emmanuel Macron a affirmé que la présidence française de l’Union, qui durera six mois, sera celle de « la promotion des valeurs européennes ». Des valeurs qu’il juge « fragilisées » notamment par les « régimes autoritaires » de pays comme la Pologne et la Hongrie, qui contestent l’« État de droit » dont l’UE se dit le défenseur. Le président veut d’ailleurs modifier la Charte des droits fondamentaux de l’UE pour y ajouter « la protection de l’environnement » et « la reconnaissance du droit à l’avortement ».

Une Europe théorique

« Je souhaite que cette présidence française […] pose des actes forts », dit-il. Au menu, l’encadrement par Bruxelles des salaires minimums pourtant très disparates et même inexistants dans certains pays, la réduction « des inégalités salariales entre femmes et hommes » et la lutte « contre toutes les discriminations ».

Plus concrètement, Emmanuel Macron souhaite « retrouver la maîtrise des frontières et de notre espace » en réformant l’espace Schengen, et construire « une Europe puissance d’avenir » grâce à une « stratégie en matière d’industrie, de défense et d’indépendance technologique ».

Je souhaite que cette présidence française […] pose des actes forts

Donnant probablement le ton de la campagne présidentielle qui s’amorce, les répliques souvent cinglantes ne se sont pas fait attendre face à ce programme dont la plupart des résultats ne verront pas le jour avant de longs mois, voire des années. « Vous avez encore fait des promesses, mais personne n’y croit vraiment », a lancé le député François-Xavier Bellamy, classé à droite de son parti (LR), mais qui soutient la candidate Valérie Pécresse. « Comment vous croire ? Vous dites vouloir maîtriser les frontières de l’Europe, mais hier, vous dénonciez comme une lèpre nationaliste les pays qui appelaient à l’aide pour protéger leurs frontières face à la crise migratoire. »

De Calais, où s’entassent les migrants illégaux souhaitant rejoindre le Royaume-Uni, le candidat de la droite nationaliste Éric Zemmour a qualifié l’Europe d’Emmanuel Macron d’« Europe sans corps […] sans tête et […] sans âme. C’est une Europe théorique et pour tout dire fictive ».

L’ancien chroniqueur, qui oscille entre 11 et 14 % dans les derniers sondages, derrière Valérie Pécresse et Marine Le Pen, estime que cette Europe « est dirigée par des élites abstraites, impersonnelles, sans la moindre légitimité aux yeux des peuples. C’est une Europe qui arrache ses propres racines, qui efface sa propre histoire, qui ne s’identifie en aucune manière à la civilisation dont elle provient ».

Un tour de chauffe

L’eurodéputé du Rassemblement national Jordan Bardella n’y est pas non plus allé de main morte en accusant Emmanuel Macron d’avoir « fait de l’Europe l’arrière-cour de Washington, la proie de Pékin, le paillasson de Recep Tayyip Erdogan et l’hôtel de l’Afrique ». À l’autre bout du spectre politique, mais sur un ton aussi incisif, le candidat d’Europe Écologie Les Verts Yannick Jadot a qualifié Emmanuel Macron de « président de l’inaction climatique ». « Notre Europe ne sera jamais la vôtre », a-t-il tranché. Selon lui, cet échange représentait le premier débat présidentiel, « puisque le président est en campagne », tranche-t-il.

En France, plusieurs avaient souhaité qu’Emmanuel Macron reporte cette présidence tournante pour ne pas qu’elle interfère dans la campagne présidentielle. Mercredi, des députés européens ont déploré le fait que la France monopolise ainsi les débats du Parlement pour ce qui ressemblait en tout point à un tour de chauffe du débat présidentiel à venir. « La présidence française de l’UE ne devrait pas être un marchepied électoral », a déploré la députée de La France insoumise Manon Aubry. Ce qui lui a valu une réplique du tac au tac : « Je pense que vous avez tout à fait raison. Je le dis à plusieurs ici : vous avez eu raison de ne pas le faire », a ironisé Emmanuel Macron.

D’un moment à l’autre

Pour la plupart des analystes, le discours de mercredi marque l’échéance après laquelle Emmanuel Macron pourrait annoncer sa candidature officielle à tout moment. « Ce discours du 19 janvier, c’était la limite que s’était fixée Emmanuel Macron pour entrer dans la course électorale, écrit Le Figaro. Il ne voulait pas le prononcer dans le costume de candidat, mais de chef d’État pour donner plus de poids à la parole de la France. »

Selon Le journal du dimanche, le président pourrait se déclarer à la fin du mois ou à la mi-février, selon la progression de la pandémie. Alors que l’Espagne et le Royaume-Uni ont levé presque toutes les restrictions, qualifiant même le variant Omicron de simple « grippe », la France vient à peine d’adopter après des débats acrimonieux la loi imposant un nouveau passeport vaccinal dans les lieux publics et les transports.

Une chute rapide des hospitalisations pourrait favoriser le scénario d’une déclaration rapide. « Nous sommes le seul espace au monde qui a acheté et produit rapidement 2 milliards de doses et qui n’a jamais mis d’interdiction à l’export », s’est d’ailleurs félicité le futur candidat.

S’il faut se fier aux échanges souvent virulents qui se sont déroulés à Strasbourg, la campagne présidentielle française pourrait s’annoncer pour le moins musclée.

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