La Russie évacue une partie de son personnel diplomatique en Ukraine

L’Ukraine fait déjà face à l’occupation russe de certaines parties de Donetsk (sur la photo) et de Luhansk.
Photo: Alexander Nemenov Agence France-Presse L’Ukraine fait déjà face à l’occupation russe de certaines parties de Donetsk (sur la photo) et de Luhansk.

La crainte d’une invasion russe en Ukraine s’est une fois plus densifiée mardi avec les nouvelles révélations voulant que Moscou ait commencé à vider son ambassade à Kiev, la capitale, dans les derniers jours.

Le mouvement de personnel aurait été ordonné par le Kremlin, alors que les pourparlers diplomatiques en cours depuis la semaine dernière, dans l’espoir d’une désescalade, n’ont fait que révéler les divergences entre les deux partis. Des pourparlers qui, par ailleurs, ont été relancés mardi, l’OTAN ayant invité la Russie à reprendre le dialogue pour trouver une sortie diplomatique à la crise en cours.

« Aujourd’hui, j’ai invité la Russie et tous les alliés de [l’Alliance] à participer à une série de réunions du Conseil OTAN-Russie dans un avenir proche », a indiqué son secrétaire général, Jens Stoltenberg, lors d’une conférence de presse tenue à Berlin en compagnie du chancelier allemand, Olaf Scholz.

Ces discussions auront pour but de « répondre à nos préoccupations, mais aussi d’écouter les préoccupations de la Russie » et « de trouver une voie à suivre pour empêcher toute attaque militaire contre l’Ukraine », a-t-il ajouté.

Tout en affirmant ne pas avoir de plan d’invasion de l’Ukraine, la Russie continue d’envoyer des signes contradictoires à l’Occident. Mardi, le New York Times a révélé que depuis le 5 janvier, le Kremlin a amorcé en toute discrétion l’évacuation de son personnel diplomatique en Ukraine. Le geste peut autant laisser présager l’approche d’une attaque imminente qu’un bluff visant à faire pression sur l’OTAN et ses alliés.

Depuis des mois, Moscou leur réclame l’engagement, par la signature d’un traité, que l’Alliance n’étendra pas son influence vers l’Est en faisant entrer l’Ukraine dans cette organisation.

Toute incursion en Ukraine serait suivie de conséquences sérieuses, y compris de très lourdes sanctions coordonnées.

 

Près d’une cinquantaine de personnes, de l’ambassade à Kiev, mais également du consulat de Lviv, dans l’ouest du pays, des enfants et femmes de diplomates pour la plupart, ont pris la route vers la Russie au début de l’année. Les diplomates de l’ensemble des missions russes en Ukraine se préparent à les suivre dans les prochains jours, a indiqué au quotidien américain une source officielle ukrainienne travaillant dans le domaine de la sécurité nationale.

Échanges maintenus

Ces informations font écho aux accusations du Pentagone vendredi qui estime que Moscou prépare des opérations sous fausse bannière afin de justifier une invasion du territoire ukrainien. Dimanche, la Russie a qualifié de « désinformation totale » l’idée qu’elle chercherait à créer, par des actes de sabotage ou des attaques perpétrées contre elle et par elle, des conditions favorables à une invasion prochaine de l’Ukraine.

Mercredi, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, est attendu à Kiev pour une rencontre avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, afin de « renforcer l’engagement des États-Unis envers la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine », a résumé mardi le porte-parole du département d’État, Ned Price, par voie de communiqué.

Lundi, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, était également de passage à Kiev, où elle a promis une aide économique supplémentaire du Canada pour soutenir le gouvernement ukrainien face à l’incertitude causée par la menace d’une invasion russe.

Elle a aussi mis en garde Moscou contre une invasion de l’Ukraine, qui aurait des « conséquences sérieuses », jugeant « inacceptable » le déploiement de troupes russes à la frontière. « Toute incursion en Ukraine serait suivie de conséquences sérieuses, y compris de très lourdes sanctions coordonnées », a déclaré la ministre. Rappelons que le Canada est favorable à l’entrée de l’Ukraine au sein de l’OTAN.

En marge de ces visites, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a réclamé mardi à son homologue américain des réponses « concrètes » à ses exigences formulées lors de pourparlers la semaine dernière sur la crise ukrainienne, lors d’un entretien téléphonique. Et ce, « dans les plus brefs délais », a ajouté Moscou.

Les deux diplomates ont par ailleurs évoqué « la possibilité de poursuivre les contacts dans un avenir proche », a indiqué le ministère russe dans un communiqué.

Selon le quotidien Kommersant, les deux ministres ont convenu lors de cet échange téléphonique de se voir vendredi à Genève, en Suisse. Mais ni Moscou ni Washington n’ont confirmé la chose dans l’immédiat.

Manœuvres militaires

La Turquie, membre de l’OTAN qui fournit des drones à l’Ukraine au grand dam de Moscou, a mis en garde la Russie sur les risques liés à l’invasion de l’Ukraine, le président Recep Tayyip Erdoğan affirmant même qu’il allait aborder le sujet avec Vladimir Poutine.

« Je ne vois pas l’invasion de l’Ukraine par la Russie comme une option réaliste parce que ce n’est pas un pays ordinaire. L’Ukraine est un pays puissant », a-t-il indiqué.

N’empêche, outre le déploiement de 100 000 militaires à la frontière avec l’Ukraine, la Russie a commencé des manœuvres militaires de préparation au combat en Biélorussie, aux frontières de l’Europe et de l’Ukraine. Le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, a indiqué aux attachés militaires étrangers en poste à Moscou que ces exercices étaient destinés à « repousser une agression extérieure ».

Mardi, Washington a indiqué que les deux parties étaient arrivées au « stade où la Russie peut lancer à tout moment une attaque en Ukraine », selon la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, tout en qualifiant la situation d’« extrêmement dangereuse ».

La semaine dernière, la Pologne, qui occupe la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a qualifié le risque de guerre en Europe des plus élevés « depuis 30 ans ».

Avec l’Agence France-Presse

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