Washington accuse Moscou d’avoir créé un «prétexte» pour envahir l’Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine en septembre 2021.
Alexei Druzhinin (Archives) Agence France-Presse Le président russe Vladimir Poutine en septembre 2021.

Les États-Unis ont accusé vendredi la Russie d’avoir « prépositionné » des agents en Ukraine pour mener une opération qui puisse servir de « prétexte pour une invasion » par les forces de Moscou. Des déclarations qui ont attisé les tensions, au moment où Kiev attribuait à Moscou une cyberattaque contre ses ministères.

« La Russie jette les bases pour pouvoir créer de toutes pièces un prétexte pour une invasion, y compris à travers des actes de sabotage et des opérations de renseignement, en accusant l’Ukraine de préparer une attaque imminente contre les forces russes dans l’est de l’Ukraine », a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, détaillant devant la presse l’information dont dispose Washington.

« L’armée russe prévoit de commencer ces activités plusieurs semaines avant une invasion militaire, qui pourrait commencer entre la mi-janvier et la mi-février », a-t-elle mis en garde, estimant qu’une telle attaque pourrait s’accompagner de « violations généralisées des droits de la personne et de crimes de guerre » en cas d’échec de la diplomatie.

Le Kremlin a qualifié de « gratuites » ces affirmations, estimant qu’elles n’étaient « étayées par aucune preuve ».

Les États-Unis ont néanmoins décidé de monter d’un cran dans leurs accusations contre le Kremlin après qu’une série de rencontres de haut niveau entre Occidentaux et Russes cette semaine n’ont pas permis d’éloigner le risque d’un nouveau conflit en Ukraine.

Les Américains et les Européens affirment depuis des semaines que Moscou a déployé près de 100 000 soldats à la frontière ukrainienne en vue d’une potentielle invasion et menacent d’appliquer des sanctions sans précédent s’ils passent à l’offensive. La Russie nie une telle intention et assure vouloir se défendre contre la posture jugée menaçante de l’OTAN à ses portes.

Ses demandes de garanties quant à la fin de l’élargissement de l’Alliance atlantique en Europe de l’Est, et notamment à l’Ukraine, ont toutefois été balayées par les Occidentaux.

Opérations sous fausse bannière

 

Selon Jen Psaki, Washington « dispose d’informations indiquant que la Russie a déjà prépositionné un groupe d’agents pour mener des opérations sous fausse bannière dans l’est de l’Ukraine ». « Ces agents sont entraînés à la guérilla urbaine et à l’utilisation d’explosifs pour mener des actes de sabotage contre les forces alliées de la Russie » en se faisant passer pour des Ukrainiens, a-t-elle ajouté.

Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a expliqué que ces agents pouvaient venir « des services de renseignement, des services de sécurité et même de l’armée » russes. Leurs forces sont souvent « hybrides », au point où « les délimitations ne sont pas nécessairement très claires, ni à qui ils répondent spécialement lors de ces opérations plus clandestines », a-t-il fait valoir.

« Nos informations indiquent aussi que des leaders d’opinion russes ont déjà commencé à créer des provocations sur l’Ukraine dans les médias publics et les réseaux sociaux pour justifier une intervention russe et semer la division dans le pays », a poursuivi pour sa part Jen Psaki. À titre d’exemple, elle a parlé d’une augmentation des propos portant sur une prétendue « dégradation de la situation des droits de la personne en Ukraine ».

D’après le renseignement américain, les publications en russe comportant ce type de propos sur les réseaux sociaux sont passées à environ 3500 par jour en décembre, soit « une hausse de 200 % par rapport à la moyenne quotidienne de novembre ».

Cyberattaque condamnée

 

Alors que la diplomatie semble dans l’impasse, dans l’attente d’une réponse formelle des deux camps rivaux sur la suite à donner à leur dialogue, Kiev a affirmé vendredi qu’une cyberattaque « massive » avait visé plusieurs de ses ministères.

Un message menaçant — en ukrainien, en russe et en polonais — avait été diffusé sur la page d’accueil de la diplomatie ukrainienne par les auteurs de l’attaque. « Ukrainiens, prenez peur et préparez-vous au pire. Toutes vos données personnelles ont été téléchargées sur le Web », pouvait-on lire.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a rapidement fait état d’« indices préliminaires » impliquant « des groupes de pirates informatiques associés aux services secrets russes ».

Européens et Américains ont condamné le sabotage.

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