L’envie de Macron d’«emmerder» les non-vaccinés suscite un tollé

Le président français Emmanuel Macron ne prend plus de gant pour ménager les réticents à la vaccination.
Stéphanie Lecocq (Archives) Agence France-Presse Le président français Emmanuel Macron ne prend plus de gant pour ménager les réticents à la vaccination.

Le président français, Emmanuel Macron, veut les « emmerder », son premier ministre les accuse de « fracturer la nation » : l’exécutif a déclaré la guerre aux 10 % de Français non vaccinés, au risque de radicaliser encore les positions, enflammant un peu plus une campagne électorale déjà électrique.

Au moment où le nombre de cas de COVID-19 bat un nouveau record en France — 335 000 cas devaient être annoncés mercredi soir, selon le ministre de la Santé, Olivier Véran —, l’exécutif ne prend plus de gants.

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc, on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie », a asséné M. Macron dans un entretien avec les lecteurs du quotidien Le Parisien publié mardi soir.

« Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen », a ajouté le chef de l’État dans une autre formule choc.

Quelques heures plus tard, le premier ministre, Jean Castex, est à son tour descendu dans l’arène en vilipendant devant les sénateurs « l’infime minorité » des Français qui refuse la vaccination, qui « fracture » et « outrage » la nation.

« Ce qu’a dit le président de la République, je l’entends partout ! » a lancé M. Castex en évoquant « une exaspération légitime » vis-à-vis des non-vaccinés.

De fait, la tension s’accroît en France avec la flambée de l’épidémie, l’occupation des services de réanimation à 80 % par des non-vaccinés et une colère désormais ouverte des soignants et des patients dont la prise en charge est retardée.

Les propos grossiers du chef de l’État ont suscité un tollé dans l’opposition et ont bousculé le débat déjà tendu à l’Assemblée nationale sur le passeport vaccinal, outil majeur dans la stratégie gouvernementale pour lutter contre l’épidémie.

« J’ai été indignée par les propos du président », a lancé la candidate de droite Valérie Pécresse, dans une campagne marquée par des invectives, des anathèmes et des polémiques quotidiennes sur tous les sujets.

À l’extrême droite, Marine Le Pen a dénoncé « la vulgarité et la violence » de M. Macron, et Éric Zemmour a fustigé une « cruauté avouée et assumée ». Le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, y a vu un « aveu sidérant », et le communiste Fabien Roussel, un propos « irresponsable ».

Contexte inflammable

 

Mais le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé mercredi un record d’administration de premières doses.

« Soixante-six mille de nos concitoyens qui n’étaient pas vaccinés ont décidé aujourd’hui [mercredi], et je ne crois pas au hasard, de recevoir la première injection », a-t-il déclaré, sous-entendant un lien avec les débats sur le passeport vaccinal et les propos du président.

Les déclarations de M. Macron — qui avait récemment promis de ne plus céder à la tentation des petites phrases — interviennent à trois mois de la présidentielle, à laquelle il a « envie » de participer, a-t-il dit au Parisien, sans encore officialiser sa candidature, et alors que les sondages le donnent gagnant.

Si la plupart des analystes s’accordaient pour dire que sa sortie était calculée, certains n’ont pas caché leur stupéfaction et ont soulevé le risque de radicalisation des positions.

Soixante-six mille de nos concitoyens qui n’étaient pas vaccinés ont décidé aujourd’hui [mercredi], et je ne crois pas au hasard, de recevoir la première injection

 

Des élus pro-vaccination ont été menacés de mort ces dernières semaines. Mardi, le directeur d’un hôpital de la Guadeloupe, dans les Antilles françaises, ainsi que ses adjoints ont dû être exfiltrés par la police de leurs bureaux, assiégés par des militants contre l’obligation vaccinale des soignants.

« J’ai du mal à comprendre les termes utilisés par le président. En ostracisant ces quatre à cinq millions de Français, il va les radicaliser », a déclaré à l’Agence France-Presse le politologue Pascal Perrineau.

La stratégie est « risquée », « dangereuse » et « déconcertante », a renchéri Bruno Jeanbart, vice-président d’OpinionWay, rappelant que le président s’appuie sur un « électorat modéré ». « Il y a ce que les gens pensent et ce qu’ils imaginent être le comportement d’un président de la République », souligne-t-il.

En ostracisant ces quatre à cinq millions de Français, il va les radicaliser

 

Pour d’autres, « Macron a fait du Macron ». « Je ne crois pas une seule seconde [que sa sortie] n’ait pas été réfléchie », indique Émeric Bréhier, de la Fondation Jean-Jaurès. « Il a fait le choix évident de s’adresser aux 90 % de Français vaccinés, il sait très bien que les autres ne voteront pas pour lui. »

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