Christiane Taubira peut-elle «sauver» la gauche française?

L'ancienne ministre française de la Justice Christiane Taubira s'adresse à la presse à Saint-Denis, près de Paris.
Photo: Julien de Rosa Agence France-Presse L'ancienne ministre française de la Justice Christiane Taubira s'adresse à la presse à Saint-Denis, près de Paris.

Son nom circulait depuis des semaines. Le suspense aura finalement été en partie levé le 17 décembre dernier, l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira annonçant qu’elle « envisageait » d’être candidate à l’élection présidentielle. Une semaine plus tard, le miracle attendu ne s’est cependant pas produit. À trois mois et demi du scrutin, cette annonce de « précandidature » ne semble guère susciter d’engouement. Elle n’a pas non plus ralenti l’effondrement historique de la gauche dans tous les sondages.

« On dirait un nageur frileux qui teste la température de l’eau avec l’orteil, écrivait le quotidien Le Parisien. Problème : le grand bain de la présidentielle, on y plonge ou pas. L’élection se déroule dans quatre mois. » En attendant la décision finale annoncée pour « la mi-janvier », l’ancienne députée de la Guyane s’est rendue à Saint-Denis, près de Paris, avant de visiter un hôpital à Vierzon et de rencontrer des jeunes à Cergy.

Pour l’instant, l’éventualité d’une candidature Taubira n’a suscité que des réactions mitigées. Un récent sondage du nouvel institut de sondage Cluster 17 accorde à l’ancienne ministre 7 % des intentions de vote, des voix largement grugées à Anne Hidalgo (PS), qui s’effondre à 2 %. Christiane Taubira n’est jugée la « meilleure » pour porter une candidature commune que par 25 % des sympathisants de gauche, loin derrière Jean-Luc Mélenchon (37 %).

« On ne prend pas le peuple par surprise trois mois avant une élection », a déclaré le président de La France insoumise alors qu’il était en Martinique. « On ne gagne pas les élections sur un nom, mais sur un programme », dit le seul à gauche qui parvient à dépasser de justesse les 10 % des intentions de vote.

Même réaction glaciale du côté des Verts dirigés par Yannick Jadot, auquel le plus récent sondage n’accorde que 5 % des intentions de vote. « Après cinq ans d’absence politique […], ça n’est pas sérieux », a-t-il lancé sur RMC.

« La pétaudière de gauche »

Seuls Anne Hidalgo (PS) et l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, dont les candidatures n’ont jamais véritablement décollé, ont semblé accueillir favorablement cette annonce. Si Montebourg n’a pas dit non, la mairesse de Paris souhaite ouvertement participer à la « primaire populaire » proposée par 300 000 sympathisants de gauche. Ces derniers se proposent de choisir un candidat unique lors d’un scrutin qui se déroulerait entre le 27 et le 30 janvier prochains. Deux mois à peine avant le premier tour de la présidentielle.

Ancienne militante pour l’indépendance de la Guyane, Christiane Taubira n’a pas toujours fait l’unanimité dans son camp. Celle qui a donné son nom à la loi française désignant l’esclavage comme un crime contre l’humanité (2001) avait alors suscité la polémique à cause de ses réticences à parler de la traite arabo-musulmane. Elle avait alors déclaré à L’Express, vouloir éviter que « les jeunes Arabes » ne portent « sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes ».

En 2004, son refus de voter la loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l’école avait fait débat à gauche. De même que ses déclarations en 2020 en faveur d’Assa Traoré, fondatrice du collectif Justice pour Adama, qui accuse les policiers « d’avoir tué » son frère Adama lors d’une interpellation en 2016. Plus récemment, Christiane Taubira a refusé d’appeler les Guyanais à se faire vacciner, même si elle a déclaré que le vaccin était « la meilleure réponse » à l’épidémie de COVID-19.

« Disons-le tout net : il ne manquait plus que l’ex-garde des Sceaux de François Hollande pour ajouter au désordre qui règne dans la pétaudière de gauche », écrit le site Internet de gauche AgoraVox. Pour l’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls, cette candidature ne ferait « que rajouter de la confusion » dans une gauche qu’il estime aujourd’hui « dans une impasse politique historique ». Selon lui, les programmes des candidats qui se réclament de la gauche sont si différents que l’union serait « factice et impossible ».

L’ancien ministre socialiste de l’Agriculture Stéphane Le Foll va dans le même sens. « La gauche est perdue, elle se cherche une cohérence, confie-t-il à l’hebdomadaire Le Point. Elle est prête à toutes les aventures, comme celle d’une primaire improvisée au dernier moment. Son problème n’est pas stratégique, mais idéologique. » Selon Le Foll, la gauche serait à la fin d’un cycle. « Ce n’est pas le nombre de candidats qui est en cause. […] C’est l’offre qu’elle propose qui ne correspond plus aux souhaits majoritaires des Français. »

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