Boris Johnson fragilisé par ses troupes

99 députés conservateurs ont voté contre l’instauration d’un passeport sanitaire pour les grands événements. 
Photo: Jessica Taylor/UK Parliament via AP 99 députés conservateurs ont voté contre l’instauration d’un passeport sanitaire pour les grands événements. 

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a défendu mercredi ses mesures contre la COVID-19 après une rébellion sans précédent de ses troupes qui met à mal son autorité en pleine flambée du très contagieux variant Omicron.

Deux ans après sa victoire électorale historique, le dirigeant conservateur est fragilisé par une série de scandales, sur les conflits d’intérêts au sein de son parti ou encore des fêtes à Downing Street fin 2020 au mépris des règles sanitaires. Et il risque jeudi la perte d’un bastion conservateur lors d’une législative partielle test.

Mardi soir, il a accusé un dur choc à la Chambre des communes : 99 députés de sa majorité ont voté contre l’instauration d’un passeport sanitaire pour les grands événements.

Il a fallu le soutien de l’opposition travailliste pour adopter cette mesure phare du gouvernement visant à lutter contre le « raz-de-marée » des cas d’Omicron dans un pays qui comptabilise déjà presque 147 000 morts de la COVID-19.

Une dose de rappel

 

Face à un record de contaminations mercredi depuis le début de la pandémie, à 78 610, Boris Johnson a appelé la population à se faire administrer une dose de rappel, dans le cadre d’une campagne de vaccination de grande ampleur, et a défendu sa politique sanitaire.

Il bataille sur le front politique après avoir subi sa plus grosse rébellion depuis son arrivée au pouvoir. À l’échelle du parti, seule l’ex-première ministre Theresa May avait déjà essuyé pire revers depuis la Seconde Guerre mondiale, avant d’être destituée par les siens.

« Nous avons gagné le vote d’hier avec les voix des conservateurs », a affirmé Boris Johnson lors de la séance hebdomadaire des questions des députés, particulièrement agitée.

« Je respecte et comprends les inquiétudes légitimes de mes collègues concernant les restrictions de leur liberté, a-t-il ajouté, mais je crois que l’approche que nous adoptons est équilibrée, proportionnée et juste pour ce pays. »

Les députés conservateurs « ont eu tort de voter contre des mesures sanitaires basiques, mais je peux comprendre pourquoi, car ils sont en colère contre lui », lui a lancé le leader travailliste, Keir Starmer, jugeant le chef du gouvernement « trop faible pour gouverner » et lui demandant s’il avait « la confiance et l’autorité nécessaires ».

Message très clair

 

Cette rébellion signe le mécontentement de certains tories à l’encontre de mesures sanitaires qu’ils jugent liberticides et néfastes pour l’économie britannique. Mais il s’agit aussi d’un vote sanction plus large à l’encontre d’un gouvernement qui multiplie les scandales.

Le premier ministre a « reçu hier le message très clair que ses collègues ne sont pas contents de la façon dont le gouvernement fonctionne en ce moment », a indiqué sur Times Radio le député conservateur Mark Harper.

Selon lui, « tout a commencé il y a plusieurs semaines », lorsque Boris Johnson a tenté de modifier les règles disciplinaires du Parlement au profit d’un député conservateur, Owen Paterson, qui a dû démissionner pour une affaire de lobbying.

À cela s’ajoutent des révélations explosives sur la tenue d’événements à Downing Street en décembre 2020 — quand le gouvernement exigeait des Britanniques qu’ils limitent fortement leurs interactions sociales — et de nombreuses accusations de corruption.

« Je respecte les règles, toute la classe politique devrait suivre les règles », a martelé Boris Johnson devant la presse mercredi.

Devant ce ras-le-bol des tories, le Parti conservateur pourrait organiser un vote de défiance à l’encontre de son dirigeant, en chute dans les sondages.

Élection symbolique

 

« Les vautours tournent à nouveau, deux ans à peine après que le Parti conservateur a déchiré son dernier dirigeant », a estimé dans le Guardian l’éditorialiste Polly Toynbee, pour qui la ministre des Affaires étrangères, Liz Truss, constituerait « la candidate évidente pour succéder » à Johnson.

« Le gouvernement est en fonction, mais plus au pouvoir », a jugé dans un éditorial du Times Daniel Finkelstein.

La légitimité du premier ministre sera mise à l’épreuve dès jeudi, lors d’une élection partielle à valeur de référendum dans le North Shropshire, destinée à remplacer Owen Paterson.

Selon des experts, ce bastion « tory » pourrait échapper au premier ministre au profit des libéraux-démocrates, une défaite risquant d’alimenter les appels à son départ, sujet qui n’est plus tabou.

La vaccination seule «ne suffira pas» contre la poussée d’Omicron

Une « action forte » est « urgente » face à la progression rapide du variant Omicron, car « la vaccination seule ne suffira pas », a mis en garde mercredi l’agence européenne chargée des épidémies. L’agence sanitaire de l’Union européenne a également relevé d’un cran, à « très élevée », son évaluation des risques du nouveau variant pour la santé publique, en recommandant une série de mesures, dont le retour au télétravail et une prudence accrue lors des célébrations et des voyages de fin d’année. Selon la directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), Andrea Ammon, qui s’exprimait mercredi dans une allocution vidéo, il est « très probable » que le nouveau variant provoque des hospitalisations et des décès en plus de ceux déjà prévus par les précédentes prévisions centrées sur le variant Delta, jusqu’ici dominant. Pour que le fardeau sur le système de santé reste « gérable », l’ECDC a de nouveau appelé à une « réintroduction rapide et à un renforcement » des mesures dites « non pharmaceutiques » contre la COVID-19, terme recouvrant les restrictions en général. « Il est urgent qu’une action forte soit mise en place pour réduire la transmission, alléger le lourd fardeau sur les systèmes de santé et protéger les plus vulnérables au cours des prochains mois », ajoute l’agence, qui recouvre les 27 pays de l’UE, la Norvège et l’Islande.


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