Zemmour rassemble entre 13 000 et 15 000 personnes à Paris

Sur la scène, Éric Zemmour s’est présenté comme le candidat qui allait enfin réaliser les promesses non tenues par la droite depuis quarante ans.
Stefano Rellandini Agence France-Presse Sur la scène, Éric Zemmour s’est présenté comme le candidat qui allait enfin réaliser les promesses non tenues par la droite depuis quarante ans.

La tension est montée d’un cran dans la campagne présidentielle française. Alors que, samedi, Les Républicains choisissaient enfin leur candidate, Valérie Pécresse, au terme d’une interminable course, dimanche, le candidat d’extrême droite Éric Zemmour faisait une démonstration de force en banlieue parisienne.

À cinq mois de la présidentielle, remplir le hall no 6 du Parc des expositions de Villepinte, qui a la superficie de cinq terrains de soccer, n’est pas donné à tout le monde. C’est le genre de démonstrations auxquelles étaient habitués Nicolas Sarkozy et François Hollande en fin de campagne. Alors que tout le monde prévoyait un second tour, comme en 2015, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, Éric Zemmour s’est présenté devant un parterre survolté, très largement composé de jeunes.

« La France est de retour », a-t-il lancé en montant sur scène. Lunettes sur le nez et plus assuré qu’à l’habitude, Éric Zemmour s’est présenté comme le candidat qui allait enfin réaliser les promesses non tenues par la droite depuis quarante ans. « Nous avons rompu le pacte tacite entre tous les acteurs de cette farce », a-t-il déclaré. Celui qui a grandi dans un HLM en banlieue parisienne se présente comme le candidat de « ce peuple de France qui est là depuis 1000 ans et qui veut rester maître chez lui ».

La Reconquête

Le candidat a réfuté les accusations de misogynie qu’on lui adresse habituellement. Évoquant l’influence de sa mère, une juive berbère, comme lui, réfugiée en France pour chercher « la liberté », Zemmour a établi un lien « entre une immigration venue de l’autre côté de la Méditerranée et les menaces qui pèsent chaque jour davantage sur les femmes françaises ». Évoquant de front les accusations de racisme dont il est l’objet, il affirme être « le seul à ne pas confondre la défense des nôtres et la haine des autres ».

L’assemblée a été marquée par une échauffourée avec des militants infiltrés dans la salle, dont les t-shirts affichaient les lettres d’« Non au racisme ». Un jeune homme a aussi frappé Éric Zemmour au moment où il se dirigeait vers la scène, provoquant chez ce dernier une foulure au poignet. Plusieurs militants « antifascistes » ont été arrêtés.

Dans cette première assemblée de campagne, le candidat a annoncé que son mouvement s’appellerait La Reconquête, « parce que nous partons à la reconquête de notre pays », a-t-il dit. Le nom évoque évidemment la reconquête par les rois chrétiens de l’Espagne envahie en 711 par les Maures musulmans, autrement appelée Reconquista. L’assemblée a aussi été l’occasion de quelques ralliements, dont celui du Mouvement conservateur, autrefois chez Les Républicains, ainsi que de Jacline Mouraud, une « gilet jaune » des tout débuts, qui a appelé à « une insurrection civique dans les urnes ».

« Aujourd’hui, c’est la fin de la diabolisation. C’est la preuve que ça ne marche pas », nous a déclaré le porte-parole Loup Bommier. Concernant la candidate de la droite traditionnelle des Républicains (LR) désignée samedi, Éric Zemmour a été cinglant : « Valérie Pécresse promettra tout et ne tiendra rien. Elle agira comme Jacques Chirac », a-t-il dit. « Votre place est parmi nous », a-t-il lancé par contre aux électeurs du candidat défait de LR Éric Ciotti.

Vingt-quatre heures plus tôt, c’est en effet la présidente de la région Île-de-France et ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse, qui l’avait emporté sur son plus proche concurrent, Éric Ciotti. Déjouant tous les pronostics et renvoyant le favori des sondages, Xavier Bertrand, à ses fourneaux, les 110 000 militants LR ont d’abord plébiscité jeudi les deux candidats jugés les plus fermes en matière de lutte contre l’insécurité et l’immigration. Au second tour, ils ont choisi celle qui cumulait le plus d’expérience et semblait offrir un profil plus susceptible de battre Emmanuel Macron.

« Rien n’est fichu. Nous ne sommes condamnés ni au désordre ni au déclin, a-t-elle déclaré. […] Ce n’est pas la France qui est en cause, c’est son système, avec son immobilisme politique et sa lâcheté à agir clairement et fortement. Mais un système, ça se change, et un président, ça se change aussi ! » Dans une phrase visiblement destinée à Éric Zemmour, Valérie Pécresse a invité les Français à « tourner la page Macron sans déchirer les pages de l’histoire de France ».

Une unité fragile

Dans ce parti écarté du pouvoir depuis dix ans et qui joue sa survie, Éric Ciotti remporte néanmoins « une victoire morale », selon le doyen des éditorialistes français, Alain Duhamel. Or, le député des Alpes-Maritimes est le seul candidat LR à avoir déclaré qu’entre Éric Zemmour et Emmanuel Macron, il choisirait le premier.

Tout en retenue et en froideur, la candidate au style de gestionnaire, qui se présente comme la « candidate du faire », n’a jusqu’à maintenant jamais dépassé 10 ou 11 % dans les sondages. Comme tous ses concurrents à droite, elle propose un renforcement de la sécurité face au séparatisme islamiste et une ligne dure sur la question de l’immigration. Valérie Pécresse propose aussi de recourir à l’armée pour rétablir la paix dans les banlieues islamisées et un référendum sur l’immigration afin d’inscrire dans la Constitution que « la République limite le nombre de ressortissants étrangers autorisés à séjourner en France ».

Il n’aura pourtant fallu que 24 heures pour que l’unité affichée se fracture.« Je la soutiens, mais j’entends que mes idées soient représentées avec force », a déclaré dimanche Éric Ciotti, qui a annoncé en même temps la création de son mouvement appelé « À droite ». « Comment rester insensible au discours pour la France d’Éric Zemmour ? » a écrit sur Twitter Guillaume Peltier, l’un de ses principaux soutiens, qui est pourtant vice-président des Républicains.

Pendant ce temps, à gauche, le président de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, tenait une assemblée à La Défense, où il n’a réuni que 3000 personnes. « Non, la France, ce n’est pas l’extrême droite, a-t-il déclaré. La France, c’est la sécurité sociale, c’est la santé publique, c’est l’émancipation, c’est le partage. »
 


Rectificatif
Dans la version originale de ce texte, plusieurs citations ont été rapportées avec inexactitude.

Au lieu d’écrire  « Nous avons rompu le pacte perfide entre tous les acteurs de cette farce », il aurait fallu lire « le pacte tacite ». Nous avons aussi écrit que « Zemmour s’est présenté comme " le seul à établir ce lien entre une civilisation venue de l’autre côté de la Méditerranée et la menace qu’il fait peser sur les femmes " ». Or, Eric Zemmour a plutôt évoqué un lien entre une « immigration venue de l’autre côté de la Méditerranée et les menaces qui pèsent chaque jour davantage sur les femmes françaises ». Par ailleurs, nous avons écrit que le candidat d’extrême-droite « s’est présenté comme " le petit grain de sable qui est venu gripper la machine ". Il évoquait plutôt les militants présents à son rassemblement. Enfin, des militants présents dans la salle n’arboraient pas les lettres « SOS Racisme », tel qu’écrit dans le texte, mais plutôt les lettres « Non au racisme ».
 

 

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