La droite entame une semaine déterminante en France

Le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour devrait annoncer mardi sa candidature à la présidentielle de 2022.
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse Le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour devrait annoncer mardi sa candidature à la présidentielle de 2022.

C’est une semaine décisive pour la droite française à cinq mois de l’élection présidentielle, avec, d’une part, l’annonce prévue mardi de la candidature du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour et, d’autre part, la désignation du candidat du parti Les Républicains, ce qui aura une forte incidence sur le premier tour.

Avec une gauche éclatée et une extrême droite puissante d’après les sondages, le choix des militants de la droite classique permettra de voir les probables lignes de force de la présidentielle, et d’adapter la campagne du président français, Emmanuel Macron, en vue de sa réélection.

Le parti Les Républicains (LR), héritier du mouvement gaulliste de l’après-guerre qui fut le principal parti de gouvernement de la Ve République, ouvrira son congrès mercredi pour élire samedi celui ou celle qui le représentera à la présidentielle de 2022 (dont le premier tour est le 10 avril). La campagne interne de la formation a été fortement marquée par les thèmes de l’extrême droite, comme l’immigration, l’autorité ou la sécurité.

Concomitamment, la polémiste d’extrême droite Éric Zemmour, phénomène de cet automne, qui mène sans le confirmer une précampagne électorale, annoncera mardi sa candidature, a appris l’AFP lundi soir auprès de son entourage. « C’est une semaine importante, car on commencera à voir se dessiner le vrai portrait de la présidentielle », analyse Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).

Selon lui, si Les Républicains choisissent un représentant très marqué à droite, comme Éric Ciotti, la nouvelle concurrence qui serait générée avec la cheffe du parti d’extrême droite Rassemblement national, Marine Le Pen, et avec Éric Zemmour, viendrait favoriser Emmanuel Macron.

Tel ne serait pas le cas s’ils optent pour un candidat ou une candidate plus centriste, tel que Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou Michel Barnier.

Ce dernier, sur une ligne de sérieux et d’apaisement, espère que sa fidélité à LR et sa stature internationale — en qualité d’ancien négociateur du Brexit à Bruxelles — lui souriront. Favori des sondages nationaux, Xavier Bertrand mise sur le triptyque autorité-territoires-travail pour gommer son éloignement du parti. Valérie Pécresse, qui a, elle aussi, quitté le parti après la défaite cinglante aux élections européennes de 2019, promet avec pugnacité l’« ordre », régalien et économique, programme précis à l’appui.

La ligne dure d’Éric Ciotti pourrait quant à elle séduire les plus radicaux chez LR, tandis que Philippe Juvin promet une droite des services publics.

Répercussions pour Macron

D’après un sondage des intentions de vote publié dimanche, M. Bertrand est celui qui obtiendrait le meilleur score au premier tour (13 %), devant M. Barnier et Mme Pécresse, qui seraient, eux, à 10 %, des scores qui permettraient théoriquement d’espérer, avec une bonne dynamique de campagne, accrocher une qualification pour le second tour.

Dans le même sondage, Emmanuel Macron arrive en tête avec 25 % des voix, devant Marine Le Pen, autour de 19 %, et Éric Zemmour, entre 14 et 15 %, selon les hypothèses.

L’issue serait beaucoup plus incertaine pour le président s’il faisait face à un candidat modéré, contrairement à une configuration qui l’opposerait à un candidat d’extrême droite, au second tour, note M. Reynié.

L’autre élément important de la semaine viendra justement de l’extrême droite, mardi, alors qu’Éric Zemmour devrait diffuser sur les réseaux sociaux une vidéo comprenant « un message aux Français » et accorder une entrevue au journal télévisé de 20 h de la chaîne privée TF1, selon son entourage.

Omniprésent dans le débat depuis la rentrée de septembre, le polémiste a vu sa cote gonfler, jusqu’à provoquer des interrogations sur la présence de Marine Le Pen au second tour, qui semblait jusqu’ici acquise. Mais la précampagne de l’ancien journaliste rencontre désormais des difficultés, avec des sondages qui stagnent, des salles refusant de l’accueillir, une organisation fragile qui suscite des critiques internes et des déplacements en province chahutés.

À voir en vidéo