Moscou sur la défensive devant l’ONU

Des migrants en territoire Biélorusse sont stationnés à la frontière polonaise, le mercredi 10 novembre 2021. 
Photo: Leonid Shcheglov/BelTA via AP Des migrants en territoire Biélorusse sont stationnés à la frontière polonaise, le mercredi 10 novembre 2021. 

La Russie et la Biélorussie n’aident pas des migrants à affluer vers la frontière entre ce pays et la Pologne, s’est défendu jeudi l’ambassadeur russe adjoint auprès de l’ONU, assurant par ailleurs que son pays n’avait aucun plan pour envahir l’Ukraine.

« Non, absolument pas », a affirmé au sujet d’une aide éventuelle aux migrants le diplomate, Dmitry Polyanskiy, avant une réunion d’urgence à huis clos du Conseil de sécurité convoquée à la demande de l’Estonie, de la France et de l’Irlande et qui portait sur la crise migratoire à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne.

Interrogé sur des mouvements d’avions de chasse constatés dans le ciel de la Biélorussie, Dmitry Polyanskiy a expliqué qu’il s’agissait d’une « réponse au déploiement massif » de gardes polonais armés à la frontière polono-biélorusse.

« Nous avons des obligations dans le cadre de l’unité entre la Russie et la Biélorussie », a-t-il ajouté. « S’il y a une concentration de ressources militaires à la frontière avec la Biélorussie, nous devons réagir. Ce sont juste des vols de reconnaissance, rien de plus, c’est une activité normale », a-t-il insisté.

Les migrants « sont des gens qui sont venus légalement en Biélorussie et qui cherchent à entrer dans des pays européens, notamment l’Allemagne. Ils ne sont pas autorisés à franchir la frontière, sont poursuivis, battus. C’est une honte totale et une violation complète des conventions internationales », a estimé Dmitry Polyanskiy, en jugeant qu’une sortie de crise ne peut passer que par le dialogue.

Le diplomate russe a critiqué l’absence de transparence sur la crise du côté polonais, où, à la frontière, a-t-il affirmé, les journalistes et les ONG n’ont pas d’accès, contrairement, selon lui, au côté biélorusse de la frontière.

À bout de patience

Évoquant une « tendance masochiste », l’ambassadeur russe adjoint a aussi estimé que la demande des Européens d’une saisie du Conseil de sécurité était « honteuse ».

Après la réunion d’urgence, qui a duré un peu plus d’une demi-heure, l’Estonie, la France, l’Irlande, les États-Unis, la Norvège et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune condamnant une « instrumentalisation d’êtres humains orchestrée » par la Biélorussie afin de « déstabiliser la frontière extérieure de l’Union européenne » (UE) et « les pays voisins ».

Plus tôt jeudi, le président russe, Vladimir Poutine, avait exhorté l’Europe à renouer le dialogue avec son protégé, le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko.

Lors d’un entretien téléphonique avec la chancelière allemande, Angela Merkel, le second en deux jours, M. Poutine a estimé que le règlement de cette « grave crise migratoire » passait par le « rétablissement des contacts entre les pays de l’UE et la Biélorussie », selon un communiqué du Kremlin.

Mais, à bout de patience, Berlin a jugé jeudi qu’il était « grand temps de tirer les conséquences » de cette crise en renforçant les sanctions contre le régime de M. Loukachenko. Des mesures sont attendues en début de semaine prochaine, selon Bruxelles.

Menace gazière

Fort de l’appui russe, M. Loukachenko a menacé jeudi de riposter à d’éventuelles sanctions en fermant les vannes d’un important gazoduc alimentant l’Europe, au moment où le continent fait déjà face à des pénuries.

« Que se passerait-il si nous coupions le gaz naturel qui va là-bas ? » a lancé celui qui dirige la Biélorussie d’une main de fer depuis 1994. Mais dans un entretien exclusif accordé à l’AFP, sa principale opposante, Svetlana Tikhanovskaïa, qui vit en exil, a estimé que M. Loukachenko « bluffait », appelant l’UE à ne pas dialoguer avec ce dirigeant « illégitime ».

Bruxelles accuse Minsk d’avoir mis en place une logistique pour attirer et acheminer les migrants à la frontière polonaise, avec la promesse d’un accès facile à l’espace Schengen.

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, qui a accusé le régime de M. Loukachenko de « terrorisme d’État », a fait valoir jeudi que son pays était la cible d’une « guerre d’un genre nouveau » qui utilise des civils comme « munitions ».

À voir en vidéo