Macron lance un nouveau programme nucléaire

Pour la première fois depuis des décennies, la France relance la construction de réacteurs nucléaires.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Pour la première fois depuis des décennies, la France relance la construction de réacteurs nucléaires.

Le président Emmanuel Macron a annoncé mardi que la France allait construire de nouveaux réacteurs nucléaires sur son sol, reportant toutefois à plus tard les détails.

« Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays et continuer de développer les énergies renouvelables », a-t-il dit dans une allocution télévisée. Il n’a toutefois pas donné plus de précisions pour le moment sur le calendrier ni sur le type de réacteur envisagé ou sur le lieu des implantations.

Cela « pour garantir l’indépendance énergétique de la France, pour garantir l’approvisionnement électrique de notre pays et atteindre nos objectifs, en particulier la neutralité carbone en 2050 », a-t-il fait valoir.

La France, qui tire la majeure partie de son électricité du nucléaire, ne construit actuellement qu’un seul nouveau réacteur nucléaire, l’EPR de Flamanville (Manche, ouest), dont le chantier entrepris en 2007 n’est toujours pas achevé après maints retards et surcoûts.

Mais elle envisage de construire six EPR supplémentaires et la compagnie d’électricité EDF avait remis au printemps un dossier au gouvernement sur la faisabilité et les conditions d’un tel programme. Le président Macron a aussi récemment annoncé des investissements dans de futurs petits réacteurs (SMR), mais dont l’horizon est plus lointain que celui de l’EPR, dont des exemplaires sont déjà en service en Chine.

Le nucléaire est l’un des thèmes de la précampagne présidentielle de 2022, certains candidats en prônant une sortie plus ou moins rapide (écologistes ou insoumis) tandis que d’autres (notamment à droite et à l’extrême droite mais aussi au Parti communiste) sont favorables à cette énergie.

« Si nous voulons payer notre énergie à des tarifs raisonnables et ne pas dépendre de l’étranger, il nous faut tout à la fois continuer d’économiser l’énergie et d’investir dans la production d’énergies décarbonées sur notre sol », a déclaré Emmanuel Macron.

« Ces investissements nous permettront d’être à la hauteur de nos engagements au moment où nous allons clôturer la COP26 à Glasgow », a-t-il assuré, après avoir déjà souligné les avantages de l’énergie nucléaire ces derniers mois, notamment du point de vue climatique. Ses propos interviennent également en pleine flambée des prix de l’énergie en Europe.

Il y a peu de temps, le gestionnaire du réseau électrique RTE a présenté un rapport très attendu sur l’avenir électrique de la France, qui soulignait notamment l’avantage économique qu’il y avait à construire de nouveaux réacteurs mais aussi la nécessité de prendre des décisions rapides.

Cette publication avait incité l’exécutif à accélérer son calendrier, alors que les décisions sur le nucléaire étaient jusqu’alors repoussées à après le démarrage de Flamanville — attendu pour fin 2022, donc pendant le prochain quinquennat.

EDF, qui a mis en œuvre un plan d’amélioration après les dérives du chantier de Flamanville, assurait encore lundi que la filière serait « prête » et pourrait livrer de nouveaux EPR dans le respect des coûts et du calendrier.

Outre le défi industriel, la Cour des comptes avait souligné l’an dernier l’enjeu financier « majeur » d’un tel programme, chiffrant le coût de construction de six EPR de nouvelle génération (EPR2) à 46 milliards d’euros (66 milliards de dollars canadiens).

« Annoncer une relance du nucléaire et la construction de nouveaux réacteurs alors que l’industrie nucléaire enchaîne les fiascos est totalement déconnecté de la réalité », a pour sa part jugé Nicolas Nace, de l’ONG Greenpeace, qui parle de « déni démocratique ».

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