La gauche française en ordre dispersé

Jean-Luc Mélenchon, fondateur du parti politique La France insoumise, est le seul candidat de gauche qui semble, pour l’instant, en mesure de franchir la barre des 10 % du vote.
François Nascimbeni Agence France-Presse Jean-Luc Mélenchon, fondateur du parti politique La France insoumise, est le seul candidat de gauche qui semble, pour l’instant, en mesure de franchir la barre des 10 % du vote.

« À gauche, toutes les candidatures sont lilliputiennes. » À six mois de l’élection présidentielle, ce jugement impitoyable n’est pas celui d’un ténor de la droite. C’est celui que porte l’ancien président François Hollande sur son propre camp au moment où il publie un livre qui n’épargne personne (Affronter, Stock). Alors que la candidature éventuelle de l’essayiste Éric Zemmour polarise tous les débats et que le président Macron multiplie les annonces à saveur électorale, jamais les partis de gauche n’ont semblé aussi absents du débat politique français.

Entre un candidat présidentiel qui demeure en tête et les prétendants Zemmour et Le Pen qui se disputent la seconde place, aucun candidat de gauche n’a été en mesure d’imprimer son empreinte depuis la rentrée de septembre. Après une bonne performance aux élections européennes et municipales, tous les observateurs s’attendaient pourtant à voir monter la candidature de l’écologiste Yannick Jadot, qui l’a emporté de justesse à la primaire d’Europe Écologie-Les verts (EELV) sur l’écologiste radicale Sandrine Rousseau. Aucun sondage ne lui accorde pourtant plus que 10 % du vote.

Une image de « bobo »

Il faut dire que les nouveaux maires écologistes ont multiplié les mesures impopulaires. Entre la suppression des sapins de Noël et les dénonciations du sexisme du Tour de France, il n’est pas surprenant qu’EELV recrute essentiellement ses électeurs parmi les classes favorisées. Un sondage révélait que seulement 13 % des ouvriers avaient une bonne image de Yannick Jadot, contre 30 % des cadres. Or, rien n’indique pour l’instant qu’il pourra renverser cette tendance.

37%

C’est le pourcentage des électeurs français qui se considèrent de la droite.

Les socialistes ont misé, eux, sur Anne Hidalgo. Pourtant, depuis son investiture, la mairesse de Paris a fait une entrée en campagne plus que poussive, faisant même dire à François Hollande qu’il n’y avait « pas d’entrée en campagne ». Contrairement aux autres candidats de gauche, seuls 30 % des sympathisants socialistes disent se retrouver dans cette candidature. Ils sont même 24 % à se sentir plus proches de l’ancien ministre de Hollande, le souverainiste Arnaud Montebourg, qui ne dépasse pas 2 % dans les sondages. Devant ce constat de division, 38 % des sympathisants n’hésitent pas à affirmer que leur candidate devrait se désister en faveur du candidat écologiste. Après la défaite humiliante de Benoît Hamon en 2017 (6,36 %), cela signerait pratiquement l’arrêt de mort du grand parti de François Mitterrand.

20%

C’est le pourcentage des électeurs français qui se considèrent de la gauche.

De l’ancienne candidate Ségolène Royal à l’ancien porte-parole de Hollande Gaspar Gantzer, les poids lourds du parti hésitent à se ranger derrière Hidalgo. La mairesse de Paris semble prisonnière d’une image « parisienne, bobo, et loin des préoccupations des Français », expliquait dans Ouest-France le sondeur Gaël Sliman. Comme pour illustrer ce propos, la première promesse électorale de la candidate socialiste a consisté à proposer de doubler le salaire des enseignants. Une promesse dont même François Hollande a jugé qu’elle méritait « d’être… retravaillée ».

18%

C’est le pourcentage des électeurs français qui se considèrent au centre.

Si sa candidature ne décolle pas, un grand nombre de socialistes n’attendront pas un éventuel ralliement pour rejoindre Yannick Jadot. C’est d’ailleurs ce que vient de faire l’un des poids lourds du PS, l’ancien ministre François Lamy, autrefois proche de Martine Aubry.

« Un fardeau pour la gauche »

Le seul à gauche qui semble pour l’instant en mesure de franchir la barre des 10 % demeure Jean-Luc Mélenchon. Mais faute d’avoir pu s’imposer depuis cinq ans comme l’opposition face au Rassemblement national, La France insoumise (LFI) est loin de rééditer son excellent score de 2017 (19,58 %), alors que son leader croyait même son heure arrivée. Cette année, celui qui en est à sa troisième (et dernière ?) présidentielle se lance dans la campagne sans le soutien des communistes qui s’étaient ralliés il y a cinq ans. Ceux-ci présenteront donc leur propre candidat, Fabien Roussel.

Dans son livre, François Hollande qualifie Mélenchon de « fardeau pour la gauche ». L’ancien sénateur socialiste aborde cette campagne avec une image dégradée. En cause, son opposition frontale à une perquisition policière en 2018, mais aussi le revirement de ses positions sur la laïcité. « Il ne peut gagner tant qu’il n’a pas rompu avec le populisme de gauche et le wokisme, il ne peut être que le chef de la radicalité », déclarait au magazine L’Obs l’ancien secrétaire général du PS Jean-Christophe Cambadélis.

Malgré ses clins d’œil aux écologistes les plus radicaux, personne ne croit dans la capacité de Mélenchon à rassembler la gauche. Son meilleur coup fut d’accepter de débattre sur BFMTV avec l’essayiste Éric Zemmour. L’audience a frôlé les quatre millions de téléspectateurs. Mais cette remontée dans les sondages aura été de courte durée. En entrevue sur Paris Première, l’élue Clémentine Autain (LFI) ne cachait pas qu’elle était là pour la suite des choses. Comme si elle faisait son deuil de 2022.

La France à droite

Cette campagne survient dans un contexte où la société française n’a jamais été aussi à droite, révélait un sondage récent de la Fondapol. Selon la fondation, 37 % des électeurs français se considèrent comme à droite, contre seulement 20 % à gauche. Même ceux qui se disent au centre sont en régression : 18 %, contre 20 % en 2017. Le directeur de la Fondapol, Dominique Reynié, parle d’« une défaite sociologique » de la gauche puisque, dit-il, plus les électeurs ont de la difficulté à boucler leurs fins de mois, moins ils sont de gauche.

Un constat partagé par l’ancien ministre socialiste Stéphane Le Foll, maire du Mans. Selon lui, « avec moins de 30 % d’intentions de vote : elle [la gauche] est incapable aujourd’hui de gagner l’élection présidentielle. Car elle se trompe et ne sait plus répondre à l’ensemble d’une classe que j’appelle insécurisée, attachée viscéralement à la valeur travail ».

Devant cette désolation, plusieurs soupçonnent François Hollande de ne pas avoir abandonné toute ambition présidentielle. Un sondage non publié sur lequel Le Figaro a mis la main ne lui accordait pas plus de 2 % du vote. 

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