Le controversé Didier Raoult entendu par ses pairs lors d’une audience disciplinaire

L’infectiologue français est accusé d’avoir fait la promotion de l’hydroxychloroquine «sans données scientifiques».
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse L’infectiologue français est accusé d’avoir fait la promotion de l’hydroxychloroquine «sans données scientifiques».

Le controversé professeur français Didier Raoult, accusé d’avoir enfreint le code de déontologie médicale en promouvant l’hydroxychloroquine contre la COVID-19, a fait face vendredi à ses pairs lors d’une audience disciplinaire.

L’infectiologue de 69 ans a été entendu à Bordeaux par une chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins français, qui examine notamment deux plaintes qui le visent pour un manque au devoir de confraternité et pour l’utilisation de traitements non validés.

Il est reproché au praticien marseillais d’avoir fait la promotion de l’hydroxychloroquine pour traiter le COVID-19, « sans données scientifiques établies », ce qui s’apparente à du « charlatanisme », d’avoir pris des « risques inconsidérés » en soignant des patients avec ce traitement « non éprouvé par la science », a détaillé la rapporteure de la chambre disciplinaire.

« On fait le procès de la réussite », s’est défendu l’infectiologue de 69 ans, debout, pull vert et chemise à carreaux, devant la chambre disciplinaire qui siège dans l’ouest de la France, loin de Marseille.

En arrivant, le directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU) avait salué en silence, d’un signe de tête, la trentaine de manifestants venus le soutenir et l’applaudir. « Raoult, notre phare dans la nuit », « Touche pas à mon Raoult » : des banderoles témoignaient de la popularité du médecin auprès des « antisystèmes ».

Durant près de trois heures, la chambre disciplinaire, présidée par un magistrat administratif assisté de huit médecins, a examiné deux plaintes déposées fin 2020 par l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône et le conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), sur la base de plusieurs signalements par des professionnels et des particuliers contre Didier Raoult.

Pour Me Philippe Carlini, avocat de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône, ces poursuites ont été entreprises pour soutenir les « médecins libéraux héroïques » bousculés par « des patients angoissés » réclamant, « sans rien y connaitre », un traitement à l’hydroxychloroquine, en se basant uniquement « sur la parole d’un éminent scientifique marseillais émise sans aucune prudence » sur les plateaux télés et les réseaux sociaux.

« Ce sont les médecins qui se plaignent de nous, pas les patients » a rétorqué Didier Raoult, assurant avoir reçu « plus de 600 000 patients » au sein de l’IHU durant la crise sanitaire, « sans aucune plainte ».

Devant ses pairs, le professeur a maintenu « la réussite » de son traitement malgré l’absence d’effet prouvé aujourd’hui encore.

La chambre disciplinaire, présidée par un magistrat administratif, peut décider de sanctions contre l’infectiologue marseillais allant d’un simple avertissement à une radiation, en passant par une suspension temporaire.

Elle doit prononcer sa décision entre 15 jours et huit semaines après l’audience.

Depuis la fin octobre, l’IHU du Pr Raoult se trouve de nouveau pris dans une polémique, après des accusations d’essais cliniques illégaux contre la tuberculose, ce qu’il nie.

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