La parole au dernier survivant des djihadistes de Paris

Depuis huit semaines, celui qui s’est présenté au premier jour des débats comme un «combattant de l’État islamique» a plusieurs fois pris la parole pour justifier les attaques ou critiquer ses conditions de détention.
Photo: Benoit Peyrucq Agence France-Presse Depuis huit semaines, celui qui s’est présenté au premier jour des débats comme un «combattant de l’État islamique» a plusieurs fois pris la parole pour justifier les attaques ou critiquer ses conditions de détention.

« J’étais quelqu’un de gentil, calme, serviable. » Au procès des attentats djihadistes qui ont frappé à Paris le 13 novembre 2015, le principal accusé, Salah Abdeslam, s’est présenté mardi comme un homme au parcours assez lisse et « imprégné par les valeurs occidentales » avant sa radicalisation et la tuerie.

La cour d’assises spéciale de Paris examine cette semaine les personnalités des 14 accusés présents. Salah Abdeslam, 32 ans et seul membre encore en vie des commandos djihadistes qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et à Saint-Denis, en région parisienne, le 13 novembre 2015, est le premier à être interrogé.

L’exercice est délicat : il s’agit d’évoquer sa vie sans « déborder sur le fond » du dossier, qui ne sera abordé qu’en 2022, et donc sans évoquer son engagement religieux.

Barbe fournie, crâne rasé, gros gilet gris sur une chemise beige, Salah Abdeslam décrit son enfance « très simple », heureuse, de fils d’immigrés marocains de Molenbeek, une commune de l’agglomération bruxelloise.

Son père y est chauffeur de tramway, sa mère, femme au foyer, il est le quatrième d’une fratrie de cinq enfants. « J’ai trois grands frères, une petite sœur. Qu’est-ce que vous voulez savoir ? » a demandé Salah Abdeslam d’une voix calme teintée d’un léger accent belge, les mains jointes devant lui. Précisant n’avoir qu’« une seule » nationalité — française —, il dit avoir été un enfant « gentil, calme, serviable ».

Pudeur

« Bon élève », « aimé de [ses] professeurs », il a suivi un « enseignement technique en électromécanique » et a arrêté les études à 18 ans pour travailler. Il aime le sport « de combat, [la] musculation, [le] foot ».

La cour veut parler de sa vie personnelle, de sa petite amie d’avant les attentats. « Vous avez toujours des contacts avec elle ? » « Non. » « Et avant, vous aviez eu d’autres liaisons ? » Salah Abdeslam hésite. « Je ne souhaite pas m’exprimer sur ça, c’est un peu personnel. »

L’accusé, volubile depuis l’ouverture du procès après un silence quasi constant pendant l’enquête, ne fuit pas les questions même s’il n’offre que de brèves réponses, courtoises.

Depuis huit semaines, celui qui s’est présenté au premier jour des débats comme un « combattant de l’État islamique » a plusieurs fois pris la parole pour justifier les attaques ou critiquer ses conditions de détention.

Son parcours connaît une première bascule en 2011 : engagé depuis 18 mois dans l’entreprise de son père, Salah Abdeslam est mis en cause dans une tentative de cambriolage — après une soirée alcoolisée, explique-t-il — et fait un premier séjour de cinq semaines en prison. Licencié, il alternera entre « intérim et chômage » et ajoutera une dizaine d’autres condamnations à son casier judiciaire. Il aide aussi un temps son frère Brahim, gérant de café et futur tueur et kamikaze des terrasses parisiennes. C’est le frère que Salah Abdeslam « préférait ».

« Avant j’étais comme ça »

Le président de la cour cite un autre de ses frères, selon lequel Salah Abdeslam aimait bien « sortir, fréquenter des boîtes de nuit, des casinos ». « Est-ce que c’est exact ? » « Ouais, avant j’étais comme ça », confirme l’accusé.

Le président l’encourage à développer. « J’ai été à l’école publique en Belgique, j’ai été imprégné par les valeurs occidentales, je vivais comme vous m’avez appris à vivre en Occident. » Mais « je dansais pas, je suis pas vraiment un danseur ».

Le magistrat l’interroge ensuite sur ses conditions de détention, en isolement total et sous vidéosurveillance constante depuis son arrestation en 2016. Là aussi, Salah Abdeslam en dit peu. Des visites « tous les mois » de sa famille, des coups de fil et du sport « une heure le matin, une heure le soir ». Le président mentionne son « comportement inégal » en détention et certains incidents. Il aurait traité des surveillants de « déchets de la société », de « SS », de « mécréants ».

J’ai été à l’école publique en Belgique, j’ai été imprégné par les valeurs occidentales, je vivais comme vous m’avez appris à vivre en Occident

 

La première assesseure lui demande pourquoi il n’a pas fait de requête de remise en liberté depuis qu’il est incarcéré. « Parce que c’est difficile à imaginer que vous allez me lâcher. »

À voir en vidéo