Des victimes d’agression sexuelle dénoncent la police française

Des milliers de Françaises, victimes d’agression sexuelle, ont dénoncé la façon avec laquelle des policiers indifférents ou hostiles ont enregistré leur plainte.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Des milliers de Françaises, victimes d’agression sexuelle, ont dénoncé la façon avec laquelle des policiers indifférents ou hostiles ont enregistré leur plainte.

Une victime de viol raconte que lapolice parisienne lui a demandé ce qu’elle portait ce jour-là et pourquoi elle n’avait pas résisté plus fortement à son agresseur. Une autre a dû se caresser devant un policier sceptique pour démontrer qu’elle avait subi une agression sexuelle.

Des milliers de Françaises, victimes d’agression sexuelle, ont dénoncé la façon avec laquelle des policiers indifférents ou hostiles ont enregistré leur plainte. Certains agents préféraient les blâmer ou alors se moquaient d’elles.

La campagne #DoublePeine a été lancée le mois dernier par Anna Toumazoff. Celle-ci avait entendu le témoignage d’une femme de 19 ans qui racontait que les policiers de Montpellier lui avaient demandé si elle avait joui au cours du viol qu’elle avait subi.

Le mot-clic est rapidement devenu viral. Des femmes ont décrit des expériences similaires dans de nombreux commissariats de police dans toute la France. Le groupe NousToutes a compté au moins 30 000 témoignages de maltraitance ou d’indifférence sur les réseaux sociaux et sur un site Internet qui leur est consacré.

Selon des militantes, les autorités françaises doivent faire plus pour contrer la violence sexuelle et éliminer la discrimination contre les victimes.

« Il y a des questions que l’on ne doit pas poser quand une femme dépose une plainte, a reconnu le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, la semaine dernière. Ce n’est pas à un policier de déterminer s’il est en face d’un cas de violence conjugale, c’est à un juge de le faire. » Il a aussi annoncé une enquête interne concernant la police de Montpellier.

Cependant, la préfecture de l’Hérault, le département où est située la ville de Montpellier, préfère prendre la défense des policiers. Dans un communiqué de presse, le préfet Hugues Moutouh a dénoncé « des propos diffamatoires à l’encontre des fonctionnaires de police du commissariat de Montpellier ».

« Les fausses informations et mensonges qui ont pour seul objectif de discréditer l’action des forces de sécurité intérieure dans leur lutte quotidienne contre les violences sexuelles desservent la cause des femmes victimes », a-t-il déclaré.

Mme Toumazoff nie avoir l’intention de dénigrer le travail des policiers. Sa campagne ne vise qu’à convaincre le gouvernement à agir. « En laissant des policiers incompétents et dangereux dans les commissariats, les autorités exposent toute la profession à la honte », dit-elle à l’Associated Press.

La section régionale du puissant syndicat policier Alliance Police défend les agents en disant qu’ils ne font que leur travail. « Si les policiers comprennent le désarroi des victimes, l’établissement de la vérité exige d’eux de poser des questions embarrassantes », commente-t-il.

De mauvaises expériences

Une Parisienne âgée de 37 ans, victime d’une agression commise par un homme vivant près de chez elle, a raconté son expérience. Elle est arrivée au commissariat en pleurant. Les agents l’ont accueillie « avec gentillesse ». Toutefois, le policier qui devait enregistrer sa plainte n’ayant pas écrit la description de l’agression, elle a refusé de la signer.

« J’ai dû répéter ma version. Le policer m’a demandé si j’étais certaine que mon agresseur voulait réellement me toucher les seins, témoigne-t-elle. J’ai dû mimer le geste afin qu’il voie que je ne parlais pas d’une autre partie de mon corps. Refaire cela devant un mur m’a humiliée. J’ai trouvé cela très dégradant. C’est comme si je n’étais qu’une marionnette. »

L’enquête se poursuit. La police a suggéré à la femme de changer d’appartement afin de s’éloigner de son agresseur, ajoute-t-elle.

Une Parisienne âgée de 25 ans dit que le traitement par la police de sa plainte pour viol déposée contre son ancien petit ami en 2016 « l’avait traumatisée ». Quand elle a déposé sa plainte, un policier ayant reçu une formation particulière lui a expliqué les raisons pour lesquelles il lui posait toutes ces questions. « Je me sentais en sécurité et j’avais l’impression qu’il me croyait. »

Quand on est dans une situation urgente, comme une attaque terroriste, les autorités agissent, parce que c’est urgent. C’est la même chose : la vie de femmes est en jeu. Chaque jour, c’est urgent.

Quelques mois plus tard, elle a dû se rendre dans un autre commissariat situé dans la même rue où habite le présumé agresseur. Déjà très inquiète à l’idée de le rencontrer, elle a eu l’impression qu’on la jugeait « stupide et menteuse ». Un policier lui a demandé ce qu’elle portait ce jour-là. On lui a aussi demandé en quoi cela était différent d’avoir une relation sexuelle consentante. Un autre agent lui a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi elle ne s’était pas plus débattue.

L’affaire a été classée en raison d’un manque de preuve. La jeune femme décrit que son expérience avec la police avait grandement influé sa vie privée et l’a presque amenée à abandonner ses études.

L’accueil des victimes et le traitement des plaintes pour violences sexuelles par les policiers sont « perfectibles », a reconnu le ministre Darmanin devant des députés de l’Assemblée nationale française.

Les femmes lancent le signal d’alarme depuis des années, rappelle Mme Toumazoff, qui reproche aux politiciens de faire des annonces sans prendre des mesures réelles. « Quand on est dans une situation urgente, comme une attaque terroriste, les autorités agissent, parce que c’est urgent. C’est la même chose : la vie de femmes est en jeu. Chaque jour, c’est urgent. »

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