Après les législatives, la politique tchèque dans l’incertitude avec l’hospitalisation du président

Le médecin du président tchèque Milos Zeman, Miroslav Zavoral, a annoncé qu’il avait été placé en soins intensifs, sans révéler le diagnostic.
Photo: Michal Cizek Agence France-Presse Le médecin du président tchèque Milos Zeman, Miroslav Zavoral, a annoncé qu’il avait été placé en soins intensifs, sans révéler le diagnostic.

La République tchèque était plongée dans l’incertitude lundi après l’hospitalisation, la veille, du président Milos Zeman, au lendemain des élections législatives qui ont vu la courte défaite de son allié, le premier ministre milliardaire et populiste Andrej Babis.

Le parti populiste ANO (OUI) de M. Babis a perdu de justesse les législatives de vendredi et samedi face à l’alliance de centre droit Ensemble, composée de trois partis et dirigée par Petr Fiala qui s’est positionné dès samedi soir pour former un gouvernement, en déclarant avoir un mandat « fort ».

La défaite de Babis est survenue alors qu’il fait face à des accusations de fraude aux subventions de l’UE et que l’enquête Pandora Papers a révélé ce mois-ci qu’il a acheté des biens à l’étranger, y compris un château sur la Côte d’Azur, via ses sociétés offshore.

Selon la Constitution tchèque, le président Zeman doit convoquer une session du Parlement et designer le futur premier ministre dans les 30 jours suivant les élections. Il doit par ailleurs assurer la médiation des pourparlers sur la création du nouveau gouvernement.

Dimanche, il a eu une brève rencontre avec le premier ministre sortant, mais a ensuite été transporté d’urgence à l’hôpital militaire de Prague.

L’hôpital a déclaré lundi dans un communiqué que M. Zeman avait été hospitalisé en anesthésie-réanimation, le plus haut niveau des soins intensifs.

« Il est pris en charge par une équipe de personnels de santé spécialisés en réanimation », a indiqué sa porte-parole Jitka Zinke.

Selon les médias, M. Zeman souffrirait de sérieux problèmes de foie dus à sa consommation d’alcool.

Des images du chef de l’État de 77 ans sorti d’une ambulance visiblement affaibli ont jeté le doute sur sa capacité à mener des pourparlers sur la formation du prochain gouvernement. « Dites-nous ce qui se passe avec Zeman ! », a lancé le tabloïd Blesk sur son site Internet.

Fiala « doit agir rapidement »

« Je serais content d’avoir des informations de base », a déclaré à l’AFP le politologue Jan Kubacek. « S’ils disent qu’il va rester des semaines, nous saurons à peu près ce qui se passe et la situation se calmera. »

La coalition Ensemble, qui regroupe le Parti démocratique civique (droite), TOP 09 (centre-droit) et l’Union chrétienne démocrate (centre), a obtenu 27,79 % des voix, devançant de justesse le mouvement populiste ANO d’Andrej Babis (27,12 %), que les sondages et les premiers résultats plaçaient en tête.

Ensemble disposerait d’une majorité de 108 sièges au Parlement (qui compte 200 élus) si elle formait une coalition plus large avec le Parti pirate anti-système et le mouvement centriste des Maires et indépendants (STAN).

Le président Zeman a cependant déclaré plus tôt qu’il solliciterait le chef d’un parti, et non d’une alliance, pour former le prochain gouvernement, suggérant que son ancien allié politique Babis passerait en premier.

« Si Fiala veut être perçu comme le premier ministre par le grand public, il doit commencer à agir comme un premier ministre », a commenté M.Kubacek.

« Il doit agir rapidement, constituer l’équipe gouvernementale et rédiger la déclaration de politique générale. Plus il sera prêt lorsqu’il rencontrera le président, plus il aura de chances de réussir », selon l’analyste.

Membre de l’UE et de l’OTAN et pays de 10,7 millions d’habitants, La République tchèque a été durement touchée par la pandémie de coronavirus.

Son économie dépend largement de la production automobile et des exportations vers la zone euro, dont elle n’est pas encore membre.

Âgé de 67 ans, Andrej Babis a fait fortune dans l’agroalimentaire, la chimie et les médias. Il est accusé de fraude aux subventions européennes et l’UE lui reproche un conflit d’intérêts entre ses rôles d’homme d’affaires et d’homme politique.

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