Crise politique en Autriche

Entré au gouvernement en tant que secrétaire d’État il y a 10 ans puis devenu ministre des Affaires étrangères, Sebastian Kurz a une première fois accédé à la chancellerie en décembre 2017.
Photo: Herbert Neubauer / APA / AFP Entré au gouvernement en tant que secrétaire d’État il y a 10 ans puis devenu ministre des Affaires étrangères, Sebastian Kurz a une première fois accédé à la chancellerie en décembre 2017.

Le Parti vert autrichien, partenaire minoritaire du gouvernement conservateur du pays, a mis en doute jeudi la capacité de Sebastian Kurz à demeurer au poste de chancelier, au lendemain de l’annonce de son implication dans une affaire de corruption.

Le vice-chancelier et leader des écologistes, Werner Kogler, estime que « la capacité du chancelier à agir efficacement est remise en question » après l’ouverture d’une enquête le visant.

Selon le parquet, entre 2016 et 2018, « des ressources du ministère » des Finances ont été utilisées pour « financer des sondages d’opinion partiellement manipulés qui servaient un intérêt politique exclusivement partisan ». M. Kurz, neuf autres suspects et trois organisations font l’objet d’une enquête pour diverses infractions liées à cette affaire. Des perquisitions ont eu lieu mercredi, notamment au siège du parti conservateur ÖVP et à la chancellerie.

Dans un communiqué, Werner Kogler a jugé qu’« une nouvelle étape avait été franchie » avec ces événements qui laissent une « terrible impression ». Il s’est entretenu avec le président du pays, Alexander Van der Bellen, et consultera vendredi les chefs parlementaires des autres partis sur la marche à suivre. Toutes les formations de l’opposition réclament la démission du chancelier ; le Parlement doit se réunir mardi en séance extraordinaire, et possiblement déposer une motion de censure commune.

Je ne comprends pas pourquoi je devrais être tenu responsable du moindre fait répréhensible

Brandissant des pancartes « contre la corruption », plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dans la soirée devant les locaux de l’ÖVP à Vienne pour réclamer le départ du chancelier, a constaté un photographe de l’AFP.

Sebastian Kurz, qui a été convoqué par le chef de l’État, s’est dit « prêt à poursuivre la coopération avec les verts » et refuse de démissionner. Son parti, l’ÖVP, au pouvoir depuis 1987, lui a réitéré son soutien. Le dirigeant de 35 ans avait dénoncé la veille des « accusations fabriquées » de toutes pièces, soulignant dans un entretien télévisé qu’il resterait « bien évidemment » à la tête du gouvernement.

« Je ne comprends pas pourquoi je devrais être tenu responsable du moindre fait répréhensible », a-t-il déploré.

Entré au gouvernement en tant que secrétaire d’État il y a 10 ans puis devenu ministre des Affaires étrangères, Sebastian Kurz a une première fois accédé à la chancellerie en décembre 2017. Associé au parti d’extrême droite FPÖ, il a vu son gouvernement emporté en mai 2019 par un scandale de corruption, connu sous le nom d’« Ibizagate ». Il est ensuite revenu au pouvoir en janvier 2020, cette fois aux côtés des verts, une coalition qui a déjà été mise à mal plusieurs fois en raison d’autres affaires et de différences de points de vue sur la question des réfugiés.

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