Le pape exprime sa «honte» face à la pédocriminalité dans l’Église de France

En 2019, le pape a rendu obligatoire le signalement à la hiérarchie de l’Église de tout soupçon d’agression sexuelle ou de harcèlement.
Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse En 2019, le pape a rendu obligatoire le signalement à la hiérarchie de l’Église de tout soupçon d’agression sexuelle ou de harcèlement.

Le pape François a exprimé mercredi au Vatican « sa honte » au lendemain de la publication d’un rapport accablant sur la pédocriminalité au sein de l’Église de France, qui selon le président Emmanuel Macron démontre qu’il y a « un besoin de vérité et de réparation ».

« Je désire exprimer aux victimes ma tristesse, ma douleur pour les traumatismes subis et aussi ma honte, notre honte, ma honte pour une trop longue incapacité de l’Église à les mettre au centre de ses préoccupations », a martelé le pape lors de son audience générale hebdomadaire. « C’est le moment de la honte », a-t-il insisté. Évoquant « une épreuve dure, mais salutaire », il a appelé « les catholiques français à prendre leurs responsabilités pour que l’Église soit une maison sûre pour tous ».

De son côté, Emmanuel Macron a « salué l’esprit de responsabilité de l’Église française, qui a décidé de regarder ce sujet en face comme l’avaient fait d’autres Églises à travers l’Europe en particulier ». « Je souhaite que ce travail puisse se poursuivre dans la lucidité et l’apaisement. Notre société en a besoin. Il y a un besoin de vérité et de réparation », a-t-il estimé devant la presse en marge d’un sommet européen en Slovénie.

Mercredi au Vatican, quatre évêques français ont prié en silence avec le pape François avant le début de l’audience générale. « Le pape, l’air grave, nous a invités à prier ensemble en silence pour les victimes. Compassion et silence, tels étaient les deux seuls mots du pape », a raconté l’un d’entre eux, l’évêque auxiliaire de Lyon, Emmanuel Gobilliard, cité par l’agence de presse i.media.

Au cours de l’audience, le pape François s’est tourné vers les quatre évêques français au moment d’appeler tous les responsables religieux à « poursuivre tous leurs efforts pour que de tels drames ne se reproduisent plus ».

Je souhaite que ce travail puisse se poursuivre dans la lucidité et l’apaisement. Notre société en a besoin. Il y a un besoin de vérité et de réparation.

 

Une commission indépendante sur les violences dans l’Église catholique de France a rendu publiques mardi les conclusions accablantes de son enquête : quelque 216 000 enfants et adolescents ont été victimes de clercs et de religieux catholiques depuis 1950. Et si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans les institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de la jeunesse, etc.), le chiffre passe à 330 000, a dit le président de la commission, Jean-Marc Sauvé.

Un rapport qui soulève des questionnements ailleurs sur la planète, dont au Québec.

Dès mardi, le porte-parole du Vatican avait réagi à ces informations en évoquant l’« immense chagrin » du pape devant « cette effroyable réalité ». Le président de la Commission pontificale pour la protection desmineurs, le cardinal Sean Patrick O’Malley, a lui aussi exprimé mardi son « profond chagrin » et « demandé pardon » aux victimes.

Réaction en plusieurs étapes

Dans le dossier de la multiplication des scandales d’agressions sexuelles commises par des religieux, le pape François a réagi en plusieurs étapes ces dernières années.

En décembre 2019, le chef de l’Église catholique avait annoncé la levée du secret pontifical sur ces crimes. Les plaintes, les témoignages et les documents des procès internes à l’Église peuvent désormais être livrés aux magistrats de la justice civile. La même année, le pape a rendu obligatoire le signalement à la hiérarchie de l’Église de tout soupçon d’agression sexuelle ou de harcèlement.

Enfin, en 2021, l’Église catholique a en outre remanié son droit en matière de sanctions pénales, qui datait de 1983, avec un article explicite sur les crimes sexuels commis par des prêtres contre des mineurs et des personnes handicapées. Est également puni tout prêtre — mais aussi tout religieux ou laïc ayant un poste dans l’Église — qui conduit un mineur à « participer à des exhibitions pornographiques » ou qui conserve des images pédopornographiques.

Les victimes continuent toutefois à déplorer que le clergé ne soit pas obligé de dénoncer des faits auprès de la justice civile, sauf si les lois du pays l’obligent. Le secret de la confession demeure en outre absolu.

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