Une victoire à l’arraché pour les sociaux-démocrates en Allemagne

Dès le début de la soirée, Olaf Scholz (en photo) a revendiqué la victoire, puisqu’un sondage de sortie des urnes donnait au SPD une très légère avance. Olaf Scholz et son adversaire Armin Laschet revendiquent le droit de former une coalition gouvernementale.
Photo: Wolfgang Kumm/dpa via Associated Press Dès le début de la soirée, Olaf Scholz (en photo) a revendiqué la victoire, puisqu’un sondage de sortie des urnes donnait au SPD une très légère avance. Olaf Scholz et son adversaire Armin Laschet revendiquent le droit de former une coalition gouvernementale.

On avait prédit une élection serrée, mais pas à ce point. C’est une victoire à l’arraché qu’a décrochée dimanche soir en Allemagne le social-démocrate Olaf Scholz (SPD) sur son adversaire, le chrétien-démocrate Armin Laschet (CDU-CSU). Les deux candidats qui se disputaient la succession d’Angela Merkel sont arrivés dans un mouchoir de poche. Au point que, dimanche soir, pour la première fois dans l’histoire récente du pays, les deux principaux candidats ont revendiqué le droit de former une coalition gouvernementale.

Dès le début de la soirée, Olaf Scholz a revendiqué la victoire puisqu’un sondage de sortie des urnes donnait au SPD une très légère avance et qu’un autre le donnait à égalité avec la CDU-CSU. Arrivé quelques points derrière, Armin Laschet a lui aussi revendiqué le droit d’entamer des négociations. Ce ne serait pas une première puisque le chancelier allemand est élu par une coalition rassemblant une majorité d’élus, quel que soit le parti qui arrive en tête. En 1969, le social-démocrate Willy Brandt avait ainsi accédé au pouvoir, alors que son parti était arrivé derrière les chrétiens-démocrates.

Photo: Martin Meissner Associated Press Armin Laschet (à droite), le candidat chrétien-démocrate soutenu par la chancelière sortante Angela Merkel pour assurer sa succession, a connu de sérieuses difficultés, dimanche, la CDU-CSU ayant enregistré le pire résultat de son histoire.

Si, au quartier général du SPD, on arborait le sourire de la victoire, la déception était perceptible chez les partisans d’Armin Laschet. Son parti a enregistré dimanche le pire résultat de son histoire, perdant plus de 8 points depuis l’élection de 2017. Au contraire, à la surprise générale, le ministre des Finances d’Angela Merkel, Olaf Scholz, a fait gagner plus de 5 points à un parti que l’on disait en déclin depuis au moins 15 ans.

« Les Allemands ont voté pour le changement […] ils veulent plus de respect dans ce pays, une stratégie industrielle et une meilleure protection de l’environnement », a déclaré Olaf Scholz. Quel que soit le résultat des négociations qui s’amorceront cette semaine, cette élection apparaît comme une victoire personnelle pour l’ancien maire de Hambourg mal aimé de son propre parti puisqu’il avait été battu à la présidence de sa formation qui est, il faut le dire, beaucoup plus à gauche que lui.

L’ombre de Merkel

Les observateurs auront noté que, durant toute la campagne, celui qui a délié la bourse pendant l’épidémie de COVID-19 a posé en véritable continuateur d’Angela Merkel. Une stratégie victorieuse puisque, selon les sondeurs, 1,4 million de votes auraient migré de la CDU-CSU vers le SPD. « Nous sommes un parti pragmatique. Nous savons gouverner et avons tout ce qu’il faut pour le faire », a ajouté Olaf Scholz.

Même si, dimanche, son parti était loin de s’avouer battu, cette élection apparaît au contraire comme une amère défaite pour Armin Laschet. Ce candidat de la vieille garde de la CDU, décrit par Der Spiegel comme « l’incarnation de l’ennui en politique », avait arraché la candidature de justesse au très populaire président de la CSU Markus Söder, nettement plus à droite que lui. Laschet aura accumulé les gaffes jusqu’à la dernière minute puisque, avant de déposer son bulletin dans l’urne, par un geste maladroit, il a malencontreusement laissé voir pour qui il votait, ce qui est illégal en Allemagne.

Les Allemands ont voté pour le changement […] ils veulent plus de respect dans ce pays, une stratégie industrielle et une meilleure protection de l’environnement

 

La déception était aussi perceptible chez les verts, dont la candidate Annalena Baerbock menait dans tous les sondages en début de campagne. C’était sans compter son CV gonflé et les accusations de plagiat portées contre elle. Le parti enregistre néanmoins un des meilleurs résultats de son histoire (15 %), même si « ce n’est pas ce que nous avions espéré », a concédé le coprésident du parti, Robert Habeck.

Les libéraux du FPD se félicitaient quant à eux de retrouver enfin un résultat à deux chiffres (11 %). Dès dimanche soir, son leader, Christian Lindner, s’est présenté en faiseur de rois. En 2017, Lindner avait refusé de participer au gouvernement d’Angela Merkel. Dimanche, il ne semblait écarter aucun scénario et a dit vouloir d’abord parler aux verts. Ces deux partis, qui représentent tous deux un électorat issu des quartiers favorisés des grandes villes, pourraient ainsi poser leurs conditions à l’un des deux grands partis.

Avec 11 % des voix, le parti d’extrême droite AfD, qui avait fait une entrée en force au Parlement en 2017 après la crise des migrants, perd quelques points, mais il s’incruste dans le paysage politique. Au contraire, avec 5 % des voix, l’extrême gauche de Die Linke s’effondre littéralement. Dimanche, le parti n’était pas certain d’être représenté au Parlement. À droite, les craintes qu’il participe à une coalition avec le SPD se sont donc aussitôt évaporées.

Une coalition à trois

Avec un vote aussi fractionné, la formation d’un gouvernement de coalition sera plus compliquée que jamais. En 2017, il avait fallu presque six mois pour y parvenir. Après plusieurs tentatives, Angela Merkel avait dû se résoudre à s’allier au SPD et former ce qu’on appelle en Allemagne une « Grosse Koalition ». Cette année, Olaf Scholz a affirmé que le SPD refuserait toute alliance avec la CDU-CSU. Dimanche soir, Armin Laschet a lui aussi déclaré que ce n’était « pas la chose à faire ».

La seule possibilité sera donc une coalition à trois partis. Rien dans la Constitution allemande n’empêche un parti arrivé en seconde position de tenter sa chance. Il n’est donc pas exclu que le SPD et la CDU-CSU se lancent dans des négociations chacun de leur côté. La plupart des observateurs estiment que l’Allemagne n’aura pas de gouvernement avant Noël, même si les candidats se sont engagés dimanche à agir vite.

Alors que le vote par correspondance a atteint un sommet, en cette splendide journée d’automne à Berlin, les files d’attente devant les bureaux de scrutin n’étaient pas rares. Certains bureaux de vote, comme celui de l’école Ustinov à Charlottenburg, ont même manqué de bulletins. Dans certains quartiers, on est allé en chercher à vélo. Il faut dire qu’à Berlin se déroulaient en même temps un référendum et l’élection de l’assemblée de district.

Le dernier Bundestag comptait 709 députés. Personne ne savait exactement dimanche combien en compterait le prochain puisque aux 598 élus représentant des circonscriptions s’ajoute un nombre variable de députés élus au scrutin de liste afin d’équilibrer le vote proportionnel obtenu par chaque parti.

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