Une ex-ministre française de la Santé inculpée pour sa gestion du début de la pandémie

Arrivée peu avant 9 h au siège de la Cour, Agnès Buzyn en est ressortie après plus de neuf heures d’audition sans dire un mot à la presse. «Aujourd’hui, c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits», avait-elle déclaré à son arrivée.
Photo: Lucas Barioulet Agence France-Presse Arrivée peu avant 9 h au siège de la Cour, Agnès Buzyn en est ressortie après plus de neuf heures d’audition sans dire un mot à la presse. «Aujourd’hui, c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits», avait-elle déclaré à son arrivée.

L’ex-ministre française de la Santé Agnès Buzyn, qui avait démissionné mi-février 2020 au début de l’épidémie de COVID-19, a été inculpée vendredi pour « mise en danger de la vie d’autrui » en raison de sa gestion de la pandémie.

Mme Buzyn a été inculpée à l’issue de son audition par des magistrats de la Cour de justice de la République (CJR), qui enquête sur la gestion de l’épidémie.

L’ancienne ministre est la première personnalité à être mise en cause dans ce vaste dossier consacré à la manière dont les autorités françaises ont anticipé puis géré quotidiennement l’épidémie de coronavirus, qui a fait au moins 115 000 morts dans le pays, selon Santé publique France.

Arrivée peu avant 9 h au siège de la Cour, seule habilitée à juger des ministres dans l’exercice de leurs fonctions, elle en est ressortie après plus de neuf heures d’audition sans dire un mot à la presse.

« Aujourd’hui, c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits », avait-elle déclaré à son arrivée.

« Je ne laisserai pas salir l’action du gouvernement, mon action en tant que ministre, alors que nous avons fait tant pour préparer notre pays à une crise sanitaire mondiale qui, je le rappelle, dure encore », avait ajouté Mme Buzyn.

Face au « tsunami »

Au tout début de l’année 2020, Mme Buzyn occupait un rôle central, à la tête du ministère de la Santé.

Alors que le monde commençait à prendre peur face aux informations alarmantes venant de Wuhan, en Chine, cette hématologue de formation avait pris la parole le 24 janvier 2020 pour dire : « les risques de propagation du coronavirus dans la population sont très faibles ». Avant de préciser que cette analyse pouvait « évoluer ».

Mi-février, elle avait quitté le gouvernement pour briguer la mairie de Paris, remplacée par Olivier Véran.

Mais quelques jours après sa défaite électorale, alors que la France se confinait, elle créait un tollé en disant dans le quotidien Le Monde du 17 mars 2020 : « quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous ».

« Depuis le début, je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade », avait-elle encore dit au Monde au sujet des élections municipales.

Des propos confirmés en juin 2020 devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise sanitaire : elle y avait indiqué avoir alerté le président Emmanuel Macron et le premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, dès janvier sur le « danger » potentiel de la COVID-19.

Depuis, la CJR a reçu de nombreuses plaintes liées à la COVID-19, « 14 500 » a dit mercredi le procureur général près la Cour de cassation, François Molins.

Autres ministres visés

Manque d’équipements de protection pour les soignants et la population ou encore errements sur la nécessité ou non de porter des masques : neuf de ces plaintes ont été jugées recevables par la commission des requêtes de la CJR, qui fait office de filtre, et ont permis l’ouverture d’une enquête en juillet 2020.

Depuis, d’autres plaintes ont été jugées recevables et jointes à l’enquête, tandis que des perquisitions ont été menées mi-octobre 2020 aux domiciles et bureaux du ministre de la Santé, Olivier Véran, de l’ex-premier ministre Edouard Philippe, de Mme Buzyn et d’une autre ancienne membre du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

La commission d’instruction de la CJR a ouvert son enquête sur l’infraction « d’abstention de combattre un sinistre ».

Ce développement majeur pourrait être suivi d’autres convocations visant des membres actuels ou passés de l’exécutif, dont MM. Véran et Philippe, et avoir un impact politique pour la majorité alors que le président Emmanuel Macron pourrait briguer sa réélection au printemps 2022.

Interrogé jeudi sur la convocation d’Agnès Buzyn, le premier ministre, Jean Castex, a répondu qu’« un chef de gouvernement ne peut pas commenter un processus judiciaire en cours ».

« Il faut à tout prix éviter […] que la paralysie guette l’action des pouvoirs publics au moment où, au contraire, on a besoin des décisions pour faire face à des crises », a-t-il cependant ajouté.

Sur Twitter, la présidente déléguée du parti au pouvoir, La République en Marche, Aurore Bergé a estimé que l’inculpation de Mme Buzyn créait « un précédent dangereux ».

« Si demain un ministre peut être mis en examen [inculpé] pour ce qu’il n’aurait pas fait, pas assez fait, ou mal fait alors qui qualifie le “mal” fait ? Quand ? Sur quels critères d’appréciation ? », a-t-elle écrit.

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