En Biélorussie, la justice continue à couper les têtes de la contestation

Au terme d’un mois de procès tenu à huis clos, Maria Kalesnikova et son avocat ont été reconnus coupables de «conspiration en vue de prendre le pouvoir», d’«appel à des actions portant atteinte à la sécurité nationale» et de «création d’un groupe extrémiste».
Photo: Ramil Nasibulin / Belta / Agence France-Presse Au terme d’un mois de procès tenu à huis clos, Maria Kalesnikova et son avocat ont été reconnus coupables de «conspiration en vue de prendre le pouvoir», d’«appel à des actions portant atteinte à la sécurité nationale» et de «création d’un groupe extrémiste».

Aux grenades assourdissantes et aux coups de matraque a succédé la répression judiciaire. Avec une régularité de métronome, le régime biélorusse condamne ceux qui ont osé se dresser contre lui ou, pire, prendre la tête des protestations. Les motifs sont plus ou moins assumés. En juin, l’ancien banquier Viktor Babaryka, qui aurait dû être le principal opposant du président Alexandre Loukachenko à la présidentielle de 2020, a pris quatorze ans de prison pour « blanchiment d’argent ». Lundi, c’est Maria Kalesnikava, l’une des figures de l’opposition, et son ancien avocat Maksim Znak qui ont été condamnés respectivement à onze et dix ans d’emprisonnement.

Au terme d’un mois de procès tenu à huis clos, ils ont été reconnus coupables de « conspiration en vue de prendre le pouvoir », d’« appel à des actions portant atteinte à la sécurité nationale » et de « création d’un groupe extrémiste ». Bien évidemment, aucune preuve n’a été rendue publique et, à l’exception de la sentence, presque rien n’a filtré du procès. Il n’existe que quelques vidéos, tournées lors de l’audience inaugurale et du verdict, où Maria Kalesnikava et Maksim Znak sourient et esquissent quelques pas de danse en guise de défiance.

Le verdict n’est là que pour légitimer le fait qu’on les garde enfermés

659 prisonniers politiques

Tous deux sont devenus des visages de l’opposition l’an dernier, quand ils ont commencé à travailler pour Viktor Babaryka, Maria Kalesnikava comme directrice de campagne et Maksim Znak comme conseiller juridique. Après l’arrestation du banquier, leur exposition médiatique a grimpé en flèche. Maria Kalesnikava, une musicienne qui a longtemps vécu entre l’Allemagne et la Biélorussie, est devenue l’une des membres du trio de femmes qui a défié Loukachenko. Comme sa comparse, Maksim Znak est entré après les élections au Présidium du Conseil de transition, un organe chargé de coordonner les opposants. Jeunes (39 et 40 ans), novices dans la vie publique, les deux incarnent bien la vague de révolte qui secoue alors la Biélorussie. Mais très vite, ils passent de l’opposition à la prison. Maria Kalesnikava est arrêtée la première le 7 septembre 2020. Jetée à l’arrière d’une voiture en pleine rue, elle est conduite au KGB puis à la frontière ukrainienne qu’elle refuse de franchir, préférant la prison à l’exil. Znak la suit en cellule deux jours plus tard.

« L’objectif du procès n’a jamais été de résoudre un crime, simplement de mettre deux personnes derrière les barreaux, de les isoler de la société. Le verdict n’est là que pour légitimer le fait qu’on les garde enfermés. C’est pour cette raison que le procès était fermé au public », a dit Uladzimir Pylchanka, l’avocat de Maria Kalesnikava à la sortie de l’audience. La popularité de sa cliente est restée intacte. Malgré les interdictions de manifester, plusieurs dizaines de personnes se sont présentées ce matin devant le tribunal de Minsk pour attendre le verdict et soutenir sa famille.

« Le régime veut que nous voyions Maria et Maksim broyés et épuisés. Mais ils sourient et ils dansent. Ils savent que nous les ferons relâcher bien avant ces onze ans », a affirmé la cheffe de file de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa. Le procès de son mari, un blogueur à succès qui voulait se présenter à l’élection présidentielle de l’an dernier avant d’être arrêté, a lui aussi débuté en juin, à huis clos. Avec Kalesnikava et Znak, il fait partie des 659 prisonniers politiques actuellement en détention. Leurs procès ont moins retenu l’attention, mais ils sont calqués sur le même moule : des inconnus, condamnés à plusieurs années de prison, officiellement pour « participation à des émeutes » ou pour des « actions portant gravement atteinte à l’ordre public », en réalité pour avoir manifesté.

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