Paris estime les besoins du Liban à plus de 350 millions de dollars

Le Liban est sans gouvernement depuis la démission de Hassan Diab et de son équipe le 10 août 2020.
Joseph Eid Agence France-Presse Le Liban est sans gouvernement depuis la démission de Hassan Diab et de son équipe le 10 août 2020.

La conférence internationale sur le Liban organisée mercredi par la France, un an jour pour jour après l’explosion du port de Beyrouth, vise à réunir une aide d’urgence d’au moins 350 millions $US (437 millions $CA) pour la population libanaise, alors que le pays s’enfonce dans la pire crise économique de son histoire.

« Il s’agit de venir de nouveau en aide à la population du Liban », après une levée de près de 332 millions $US (415 millions $CA) lors d’une première conférence en août 2020 peu après l’explosion qui a tué plus de 200 personnes et profondément traumatisé le pays, a souligné la présidence française lundi. « Alors que la situation s’est dégradée […], les Nations unies évaluent à plus de 350 millions $US les nouveaux besoins auxquels il faudra répondre dans les domaines notamment alimentaire, de l’éducation, de la santé, de l’assainissement de l’eau », a-t-elle ajouté.

La conférence réunira en visioconférence, sous l’égide du président Emmanuel Macron et du secrétaire général des Nations unies António Guterres, les représentants d’une quarantaine d’États et d’organisations internationales dont le président américain, Joe Biden — qui s’exprimera via une vidéo —, le président égyptien, Abdel Fatah al-Sissi, le roi de Jordanie Abdallah II et le chef de l’État libanais Michel Aoun. Les premiers ministres irakien et grec, la directrice du FMI, le président du Conseil européen, Charles Michel, ainsi que les ministres des Affaires étrangères d’une dizaine de pays européens, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Italie et l’Espagne, seront également présents, de même que des représentants du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Il s’agit de venir de nouveau en aide à la population du Liban. Alors que la situation s’est dégradée […], les Nations unies évaluent à plus de 350 millions $US les nouveaux besoins auxquels il faudra répondre dans les domaines notamment alimentaire, de l’éducation, de la santé, de l’assainissement de l’eau.

 

Cette troisième conférence internationale organisée sous l’égide de la France, après celles du 9 août 2020 et du 2 décembre 2020, porte uniquement sur une aide d’urgence et non sur l’aide structurelle dont le pays a besoin, mais qui reste conditionnée à la formation d’un gouvernement capable d’engager des réformes de fond.

Le Liban est sans gouvernement depuis la démission de Hassan Diab et de son équipe le 10 août 2020. Le nouveau premier ministre libanais désigné, Najib Mikati, a annoncé lundi qu’un gouvernement ne verrait pas le jour avant la commémoration de l’explosion du port mercredi comme il le « souhaitait », les marchandages politiques obstruant une nouvelle fois sa tâche. Il a insisté toutefois sur sa volonté de former son équipe dans un délai limité.

« La pression va monter »

« Cette conférence sera l’occasion une fois de plus d’envoyer un message politique très clair : en dépit de l’engagement des différents leaders politiques libanais, le Liban n’a toujours pas de gouvernement », a souligné l’Élysée.

Les participants vont « réaffirmer la nécessité de constituer un gouvernement rapidement capable de mettre en œuvre les réformes structurelles attendues par la population libanaise et la communauté internationale et qui permettra d’apporter un soutien qui va au-delà de l’urgence », a souligné la présidence française.

Malgré les menaces de sanctions de l’Union européenne (UE), les avertissements et les accusations « d’obstruction organisée » ces derniers mois, les dirigeants libanais n’ont pas bougé d’un iota, poursuivant leurs marchandages.

La France, dont le président s’est impliqué personnellement dans la recherche d’une solution à la crise, a de son côté déjà restreint l’accès au territoire français de plusieurs personnalités libanaises jugées responsables du blocage politique, sans toutefois dévoiler lesquelles, et promet d’aller plus loin si nécessaire. « La pression va continuer à monter et nous passerons avec nos partenaires européens, si le blocage politique perdure, à des mesures plus importantes, y compris en termes de listes publiques », a martelé l’Élysée.

Un an après l’explosion au port et malgré l’ampleur de la tragédie, aucun responsable n’a été traduit en justice et l’enquête piétine, obstruée par les interventions politiques. « Les autorités libanaises ont passé l’année écoulée à entraver de façon éhontée la quête de vérité et de justice des victimes », a déploré l’ONG Amnesty International lundi dans un communiqué.

« Ça suffit, il faut qu’on ait des résultats rapidement », a insisté la présidence française, tout en précisant que la France ne pourrait fournir des images satellitaires de l’explosion, comme le demandent les enquêteurs libanais, parce qu’elle n’avait pas alors de satellite pointé sur le port.

À voir en vidéo