Le bilan des victimes des inondations s’alourdit en Europe

Des travailleurs constataient mardi les dégâts sur une maison en Rhineland-Palatinate, en Allemagne.
Photo: Christof Stache Agence France-Presse Des travailleurs constataient mardi les dégâts sur une maison en Rhineland-Palatinate, en Allemagne.

La Belgique et son roi ému aux larmes se sont recueillis mardi en hommage aux victimes des inondations dramatiques des 14 et 15 juillet derniers, dont le bilan humain s’est alourdi au point d’atteindre les 200 morts. La grande majorité des décès a été recensée en Allemagne, où la chancelière Angela Merkel a déploré un désastre « inimaginable ».

« Il s’agit d’une inondation qui dépasse déjà notre imagination quand on en voit les effets », a affirmé Mme Merkel, venue soutenir des sinistrés et des secouristes à Bad Münstereifel (Rhénanie du Nord-Westphalie).

La reconstruction sera « un travail de longue haleine […] Nous ne vous oublierons pas de sitôt », a ajouté la chancelière après avoir arpenté les rues boueuses de cette cité médiévale.

Mardi, les autorités allemandes ont annoncé un nouveau bilan de 169 morts, soit 200 au total en Europe, en comptant les 31 comptabilisés en Belgique d’après des chiffres toujours provisoires. Des dizaines de personnes sont par ailleurs encore portées disparues dans les deux pays (53 « disparues ou injoignables » côté belge).

En Belgique, où l’est du pays et la région de Liège ont été particulièrement frappés, un deuil national avait été décrété pour la journée de mardi, un hommage inédit depuis les attentats djihadistes de mars 2016 à Bruxelles. Les drapeaux étaient en berne sur les bâtiments officiels et une minute de silence a été respectée dans tout le pays un peu après 12 h, heure locale (6 h au Québec) après que les sirènes ont retenti dans de nombreuses casernes de pompiers. L’hommage survient à la veille de la fête nationale du 21 juillet, dont les célébrations ont été en partie annulées dans tout le pays, y compris à Bruxelles.

Des corps emportés

Mardi midi, le roi Philippe et la reine Mathilde se sont recueillis à Verviers, une des communes les plus durement touchées, en présence du premier ministre Alexander De Croo et de responsables politiques wallons.

Le souverain a essuyé une larme pendant cette minute de silence. Son émotion était palpable lorsqu’en compagnie de la reine, ils ont parlé avec une femme enceinte qui a raconté en pleurs avoir vu des corps emportés par les flots.

« C’est vraiment l’apocalypse, j’ai 45 ans, je n’ai jamais vu ça », a raconté à l’AFP une autre habitante de la région, venue à Verviers apporter mobilier et jouets d’enfants.

Dans l’arrière-pays de Liège, la vallée de la Vesdre, un affluent de la Meuse sorti de son lit sous l’effet des trombes d’eau et de la saturation d’un barrage, concentre au moins la moitié des victimes belges.

Maisons éventrées, voitures empilées, branchages et détritus amoncelés contre des ponts : la décrue et le retour du soleil ont dévoilé « un décor inouï », selon les mots d’Alexander De Croo dans une lettre aux habitants touchés.

En Belgique, comme en Allemagne, les dirigeants ont promis du soutien et des moyens pendant la longue période de reconstruction.

En Allemagne, Mme Merkel est revenue mardi sur la polémique concernant les présumés manquements du système d’alerte. « Il y a eu des alertes », a-t-elle assuré, alors que le système national est mis en cause depuis plusieurs jours pour avoir en partie échoué à prévenir à temps les populations concernées de la gravité des crues dans l’ouest du pays.

Le service météorologique allemand et l’Office fédéral de la population et de la prévention des catastrophes ont diffusé des avertissements. Ils ont ensuite été transmis aux districts, a-t-elle expliqué. Ces derniers « font alors ce qu’ils peuvent, mais il n’est bien sûr pas facile d’avoir une idée lorsque, comme le dit la mairesse [de Bad Münstereifel], vous n’avez pas eu une telle inondation depuis 700 ans », a-t-elle poursuivi.

« Nous avons un très bon système d’alerte », a-t-elle insisté, provoquant quelques sifflets des habitants venus l’écouter dans une rue du centre historique de la ville, recouverte de boue.

Le président de la protection civile allemande Armin Schuster, particulièrement visé par les critiques, avait affirmé que son institution avait envoyé quelque 150 alertes via les applications, ainsi qu’aux médias.

Mais les crues avaient entraîné des coupures d’électricité massives et fait tomber des antennes de télécommunication, empêchant des habitants de recevoir à temps les alertes.

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