Laissez-passer sanitaire et vaccination des soignants deviennent obligatoires en France

Des agents de sécurité d’une boîte de nuit vérifient le laissez-passer sanitaire d’un client.
Photo: Sylvain Thomas Agence France-Presse Des agents de sécurité d’une boîte de nuit vérifient le laissez-passer sanitaire d’un client.

Dans moins d’un mois, début août, il sera impossible en France de prendre le train ou l’avion, de s’asseoir à la terrasse d’un café, d’aller au restaurant, au cinéma ou dans un centre commercial, ou bien de visiter un proche dans un hôpital ou une résidence pour aînés sans montrer patte blanche et prouver que l’on a été vacciné contre la COVID-19 — ou à tout le moins présenter un test PCR négatif.

Sans décréter la vaccination obligatoire, à laquelle il dit cependant réfléchir sérieusement, le président français Emmanuel Macron a prononcé lundi soir une allocution solennelle dans laquelle il affirme vouloir « faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous », quitte à leur rendre la vie impossible.

Dans cette huitième intervention depuis le début de la crise, le chef de l’État a annoncé des mesures draconiennes pour inciter tous les Français à se faire vacciner contre la COVID-19. Dans une semaine à peine, dès le 21 juillet, seuls les 40 % de Français qui ont eu leurs deux doses de vaccin pourront participer aux rassemblements de plus de 50 personnes et accéder aux lieux culturels, comme les musées et les bibliothèques, sans présenter un test négatif.

Quant aux soignants français, dont la moitié ne seraient toujours pas vaccinés, ils devront l’être dès le 15 septembre prochain. Sinon, comme c’est déjà le cas en Italie, ils ne pourront plus travailler et ne seront plus payés, a précisé le ministre de la Santé, Olivier Véran. Un million et demi de personnes seraient concernées par ces mesures, selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

Pour cette allocution à l’origine prévue afin de tourner la page de la COVID-19 et fixer le cap de la fin du quinquennat, le président avait étrangement déserté le décor de l’Élysée pour celui moins solennel du Grand Palais éphémère, une construction temporaire au pied de la tour Eiffel. Moins de quinze jours après le déconfinement du 30 juin, devant la progression rapide du variant Delta et la perspective d’une quatrième vague épidémique, « c’est une course de vitesse qui est engagée », dit-il. Même si le pays n’enregistre que 3000 nouveaux cas chaque jour et que lundi moins de 1000 personnes étaient en salle de réanimation, la progression du nouveau variant Delta ferait craindre le pire.

Les réfractaires

Il faut dire qu’après avoir débuté tardivement à cause des mauvais approvisionnements de l’Union européenne, la France n’est toujours qu’au 18e rang du continent en matière de vaccination, derrière la Slovénie et la Pologne. Seuls quatre Français sur dix ont reçu leurs deux doses de vaccins. On estime que seulement 50 % des personnes obèses, pourtant particulièrement menacées par la COVID-19, ont été vaccinées. En outre, 20 % des personnes de plus de 80 ans ne le seraient toujours pas.

Pour inciter les réfractaires à sauter le pas, le président supprimera aussi à compter d’octobre la gratuité des tests dits « de confort », sans ordonnance, qui servaient aux non-vaccinés à accéder à certaines activités.

Ces décisions ne sont pourtant pas sans poser de nombreux problèmes pratiques à 48 heures du 14 juillet et des grands départs en vacances. À commencer par la question de savoir comment les millions de Français partis en vacances en train ces jours-ci sans avoir reçu leur première dose pourront revenir chez eux après le début août, moment à partir duquel le « pass sanitaire » sera exigible pour les longs trajets.

Alors qu’ils viennent à peine de retrouver une activité presque normale, les restaurateurs se demandent, eux, comment ils pourront contrôler tous les clients qui s’installent à leurs terrasses, par exemple. « On n’est ni videurs ni policiers », a déclaré sur BFMTV Franck Delvau, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) d’Île-de-France. Selon lui, l’extension du laissez-passer sanitaire aux restaurants « semble difficilement applicable ». Ceux qui craignaient le retour du couvre-feu se disent néanmoins rassurés.

Se pose aussi la question des milliers de bénévoles qui travaillent auprès des personnes âgées qu’il faudra obliger à se faire vacciner.

Les premières réactions à ces mesures semblaient néanmoins plutôt positives. « Contraindre ? Inciter ? Punir ? Le subtil équilibre sur lequel reposent les droits et les devoirs du citoyen n’a pas été rompu », écrit l’éditorialiste du Figaro avant de conclure : « C’est raide, mais indispensable et parfaitement logique. »

L’urgence sanitaire n’a pas empêché le président d’emprunter en fin d’allocution un ton clairement électoral et d’ébaucher, à huit mois de l’élection présidentielle, le programme sur lequel il entend faire campagne dans les mois qui viennent.

Après des élections régionales qui ont démontré une fois de plus l’absence d’implantation du parti présidentiel en France, Emmanuel Macron a profité de l’occasion pour faire la promotion de l’« indépendance industrielle et technologique » de la France qui doit, dit-il, « redevenir une grande nation de recherche, d’innovation, d’agriculture et d’industrie ».

Malgré les rumeurs qu’il avait lui-même alimentées, la réforme des retraites, ajournée à cause de son caractère controversé et de l’émergence de la COVID-19, ne reviendra pas à l’ordre du jour « tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle », a-t-il déclaré. Évoquant « un revenu d’engagement pour les jeunes » et un « nouveau pacte français pour les générations », le président, qui n’a cessé de sillonner le pays ces dernières semaines, a dit vouloir « retrouver le chemin d’une indépendance française et européenne » et « continuer à bousculer le système ».

Dès ce message électoral livré, les plateformes de prise de rendez-vous pour la vaccination ont été prises d’assaut. Le site Doctolib ne répondait plus à la demande. Dans la soirée, à certains moments, la plateforme prenait jusqu’à 17 000 rendez-vous par minute.

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